La guerre a bouleversé bien des choses et contraint nombre d’Ukrainiens à revoir leurs priorités. Mais a-t-elle également changé leur rapport à la lecture ? Ont-ils délaissé les livres, les remettant « à plus tard », lorsque la paix sera revenue ? Tyzhden en parle avec Lioudmyla Skokova, docteure en sociologie et directrice par intérim du département de sociologie de la culture et de la communication de masse de l’Institut de sociologie de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine.
— Dans quelle mesure les sociologues s’intéressent-ils aux pratiques culturelles et aux loisirs ? Quelle place accordez-vous, dans vos recherches, à la fréquence à laquelle les personnes interrogées vont au théâtre, au cinéma, visitent des expositions, etc. ?
— Ces questions font évidemment l’objet d’une attention constante de notre part. Mais il faut souligner que la participation à ce type de pratiques — les loisirs, la fréquentation des établissements culturels, etc. — dépend de plusieurs facteurs socioculturels.
Il y a d’abord les ressources propres à chacun, ce que l’on appelle le capital culturel : le niveau d’éducation, les goûts, la disposition à apprécier la littérature, l’art, etc. Mais interviennent également des facteurs financiers et liés aux infrastructures : par exemple, la présence ou non d’un cinéma, d’un musée ou d’une bibliothèque à proximité du lieu de résidence.
On peut ainsi distinguer plusieurs groupes au sein de la population, correspondant à différents profils de consommation culturelle. Le premier se caractérise par une faible participation à l’ensemble de ces activités. À la question « Qu’avez-vous fait pendant votre temps libre ? », les personnes concernées répondent alors : « rien », « je me suis simplement reposé », ou encore « j’ai regardé la télévision », « j’ai discuté avec des connaissances ». Entre 54 et 66 % des personnes interrogées appartiennent à cette catégorie.
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Vient ensuite un niveau intermédiaire de consommation culturelle, qui concerne 14 à 24 % des répondants. À ces activités s’ajoutent notamment la lecture de livres et les sorties au cinéma. L’éventail des pratiques s’élargit encore au niveau supérieur de consommation culturelle, qui rassemble 20 à 25 % des personnes interrogées.
Les niveaux intermédiaire et élevé sont davantage représentés parmi les jeunes, ainsi que parmi les personnes les plus diplômées, les plus aisées et celles qui vivent dans les grandes villes.
— La guerre a-t-elle mis ce type de recherches entre parenthèses ?
— Dans une certaine mesure, oui. La culture a toujours été étudiée avec moins d’attention que les perceptions de la situation politique et économique. Mais en temps de guerre, l’intérêt porté à la culture en tant que productrice et vectrice de valeurs devient justement plus manifeste. La société cherche en effet à donner du sens à ce qui se passe, notamment aux transformations de la perception de soi et de l’identité culturelle. C’est précisément pour cette raison que différentes institutions publiques et organisations de la société civile commandent de plus en plus souvent à des instituts de sondage privés des études sur ces sujets.
J’ajouterais que notre Institut de sociologie de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine mène depuis le début des années 1990 une enquête de suivi intitulée « Société ukrainienne ». Nous interrogeons les répondants selon une méthodologie identique et disposons notamment d’un bloc de questions consacrées à la culture. Nous avons donc accumulé une base empirique très intéressante, qui permet de suivre l’évolution des processus culturels. Malheureusement, depuis le début de la guerre, nous n’avons plus la même régularité qu’auparavant, même si nous continuons à recueillir des informations et à les comparer aux données d’avant-guerre.
— Et que montre la comparaison entre les observations d’avant-guerre et celles observées pendant la guerre ?
— Avant la guerre comme aujourd’hui, nous avons posé une question intéressante : « Qu’est-ce qui vous empêche principalement de participer plus activement à la vie culturelle ? » Environ une personne sur trois répondait : « je manque de temps », « les horaires des événements culturels ne me conviennent pas », « il est difficile de se rendre sur les lieux où ils se déroulent ».
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En deuxième position venait le coût trop élevé de la participation aux événements culturels : le prix des billets, notamment. En 2020, le confinement est venu s’ajouter aux facteurs empêchant de participer à la vie culturelle.
Aujourd’hui, en période de guerre, jusqu’à 38 % des personnes interrogées citent les conséquences des guerre parmi les facteurs qui les empêchent de participer à la vie culturelle. C’est désormais le facteur le plus important. Les gens mentionnent les bombardements, les alertes aériennes, le couvre-feu, etc. Les différences régionales jouent ici un rôle très important. Certaines régions étant relativement sûres par rapport aux zones proches du front, il est naturel que les réponses y soient différentes.
Il arrive aussi que nous proposions aux répondants d’ajouter leur propre réponse dans une rubrique ouverte. Ils écrivent alors souvent — parfois même avec des points d’exclamation ! — que ce n’est pas le moment de penser à la culture puisque des gens meurent. Ou bien ils expliquent qu’ils n’ont pas les moyens de consacrer de l’argent aux loisirs culturels parce qu’ils font des dons en priorité aux Forces armées ukrainiennes. C’est notamment en cela que la situation actuelle diffère de celle d’avant-guerre.
— Et si l’on parle plus précisément des pratiques de lecture, quels chiffres pouvez-vous nous donner et quelles tendances observez-vous ?
— Malheureusement — et cela indépendamment de la guerre —, il faut constater que la lecture suit une tendance à la baisse depuis les années 1990. Je vais vous donner deux chiffres correspondant à deux périodes différentes.
En 1994, 38 % des personnes interrogées déclaraient lire régulièrement. En 2016, seules 17 % disaient lire régulièrement, chaque semaine. Depuis, la proportion de lecteurs actifs se maintient à peu près à ce niveau.
On observe également une tendance contemporaine intéressante : la lecture devient davantage une pratique visible et sociale. Avec le développement des réseaux sociaux, les blogs consacrés aux livres, les critiques des nouveautés littéraires et les clubs de lecture sont devenus à la mode. Les gens se photographient ou tournent des vidéos avec les piles de livres qu’ils ont achetés lors d’évènements littéraires, et mettent en valeur leur conception graphique.
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Très souvent, les livres imprimés sont si beaux qu’il est agréable de les avoir chez soi, presque comme de beaux objets. Le livre peut aussi jouer un rôle de médiateur social. Parmi les lecteurs, près de la moitié disent avoir choisi un livre sur la recommandation d’amis. La culture de la lecture continue donc de vivre sous ces nouvelles formes : la sociabilité, la mise en scène visuelle et la matérialité.
— Mais pendant la guerre, le nombre de lecteurs actifs diminue encore, de toute évidence ?
— Au cours de la dernière décennie, le nombre de personnes qui lisent régulièrement est resté à un niveau relativement stable. En 2023, l’Institut international de sociologie de Kyiv a publié une vaste étude consacrée aux pratiques culturelles. Elle montrait que les lecteurs peu actifs — c’est-à-dire ceux qui ne lisent pas du tout ou ne lisent qu’un ou deux livres par an — représentaient 62 % de l’ensemble des personnes interrogées.
Mais la baisse de l’intérêt pour l’écrit — les journaux et les magazines ayant malheureusement pratiquement disparu de notre quotidien, et le plus souvent sans que les lecteurs y soient pour quelque chose — ne s’explique pas uniquement par la guerre. De nouvelles pratiques culturelles occupent désormais le temps libre des gens. Il s’agit de toutes sortes de réseaux sociaux et de messageries, qui ont fait émerger une nouvelle culture numérique en réseau, ainsi que de nouveaux types de médias dont la popularité augmente chaque année.
Ils remplacent les loisirs de l’époque « analogique ». Même la télévision, que regardaient encore 70 à 75 % des personnes interrogées il y a dix ans, n’est plus regardée aujourd’hui que par environ 25 % d’entre elles, plus souvent des personnes âgées.
— La conception de la lecture a-t-elle changé par rapport à l’avant-guerre ?
— Il y a là un aspect intéressant. Nous avons déjà dit qu’environ 60 % des personnes interrogées ne lisaient pas. Mais une autre étude, réalisée à la demande de l’Institut ukrainien du livre, s’est intéressée au nombre de livres imprimés, numériques ou audio achetés par les personnes interrogées au cours des trois derniers mois. Or 24 % avaient acheté entre un et quatre livres, et 18 % entre cinq et douze livres, voire davantage. C’est un niveau assez élevé. À titre de comparaison, dans une enquête de l’Institut de sociologie réalisée en 2016, seules 16 % des personnes interrogées déclaraient avoir dépensé de l’argent pour acheter des livres.
— En somme, ce n’est pas tant la conception de la lecture qui a changé que sa consommation ?
— C’est une vaste question, qui dépend de nombreux facteurs. Jusqu’à récemment encore, seuls 2 à 3 % des gens achetaient des livres numériques. Certains les achetaient ensuite pour les mettre en ligne, créant ainsi une sorte de marché gris de la lecture où, du fait des copies piratées, les auteurs et les maisons d’édition étaient privés de leurs droits. Cela suscitait également de l’indignation et des débats dans la société.
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Mais aujourd’hui, alors que les Russes ont commencé à détruire des entrepôts de livres, les maisons d’édition expliquent aux lecteurs qu’elles ne pourront probablement pas réimprimer les exemplaires qui ont brûlé, par exemple. Elles les incitent donc à acheter les versions numériques, ce qui aura sans doute effectivement une incidence sur les ventes.
— J’ai pourtant vu d’autres appels invitant au contraire à acheter davantage de livres imprimés auprès des maisons d’édition touchées afin de les soutenir financièrement dans cette période difficile.
— En effet, mais les stocks de livres imprimés peuvent s’épuiser si les maisons d’édition touchées ne parviennent pas à rétablir leurs processus de production. Dans ce cas, le segment des livres numériques va évidemment se développer.
Mais revenons aux changements dans la conception de la lecture dont vous parliez. Ils existent, bien sûr. Les gens réfléchissent davantage aux significations et aux valeurs qu’ils trouvent dans ce qu’ils lisent aujourd’hui.
D’un côté, nous acquérons des connaissances, nous éprouvons un plaisir esthétique. Autrement dit, la lecture continue à remplir ses fonctions traditionnelles. Mais un autre aspect, que l’on pourrait qualifier de pragmatique, est devenu plus marqué. Il concerne aussi bien l’écoute de musique que la lecture et d’autres activités de loisirs : il s’agit du divertissement.
Se distraire de cette terrible charge que représente la guerre. Rechercher un équilibre intérieur, sortir du stress, des émotions négatives et de la peur. Ce sont les attentes à l’égard de la lecture qu’ont exprimées nos répondants. Pour certains, bien sûr, les échanges avec leurs proches permettent de lutter contre cette tension permanente, mais beaucoup ont précisément cité les livres et la musique parmi les facteurs contribuant à réduire le stress.
— Le livre comme moyen d’évasion et comme antidote au stress, cela se comprend. Mais les destructions d’entrepôts de maisons d’édition, de bibliothèques et de librairies que vous évoquiez ont-elles eu un effet sur le système de valeurs des Ukrainiens ? Ont-elles activé certains mécanismes de défense, un sentiment de menace pesant sur leur identité ?
— Cela fait longtemps que nous observons une tendance à l’intérêt pour le renouveau culturel national. Les questions portant sur ce sujet figuraient donc assez régulièrement dans notre enquête de suivi. Nous demandions par exemple : « Accordez-vous de l’importance à la possibilité d’un renouveau culturel national ? » Avant la guerre, les gens répondaient déjà que oui, mais les réponses variaient notamment selon la région de résidence, la langue utilisée dans les échanges quotidiens et celle dans laquelle les personnes consommaient de l’information. Les produits russophones dominaient alors le marché du livre et l’espace médiatique, ce qui résultait aussi de l’absence d’une politique culturelle publique véritablement structurée.
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Aujourd’hui, en revanche, nous observons un mouvement très net : les gens s’intéressent précisément aux auteurs ukrainiens et aux productions en langue ukrainienne. En d’autres termes, dans ce contexte, la lecture ne constitue plus seulement un acte de lecture : elle devient également un acte symbolique de résistance, le signe que la vie — y compris la vie culturelle — continue et se développe même en temps de guerre.
Prenons le public du festival littéraire « Le Pays des livres ». Il y avait surtout beaucoup de jeunes : ils échangeaient, assistaient à des conférences et à des ateliers, faisaient la queue pour obtenir des autographes des écrivains. C’était très agréable à voir, car ces moments montraient clairement que la culture ukrainienne n’intéresse plus seulement quelques groupes de passionnés : elle devient un mouvement de masse.
— Et si l’on traduit cela en chiffres, pouvez-vous définir la proportion des personnes interrogées qui est passée à la lecture en ukrainien et qui consomme désormais des œuvres littéraires exclusivement dans cette langue ?
— Nous disposons de nouveaux chiffres grâce aux enquêtes réalisées à la demande de l’Institut ukrainien du livre. Les sociologues ont posé la question suivante : « Dans quelle langue vous est-il le plus confortable de lire un livre ? » Mais il faut tenir compte ici de ce que l’on appelle le conformisme social : parler ukrainien et consommer des produits en langue ukrainienne est devenus une nouvelle norme sociale.
— Autrement dit, certains répondants ne donnaient pas forcément de réponses tout à fait sincères ?
— Ce n’est pas aussi simple. Cela dépend très souvent de la langue dans laquelle ils ont été scolarisés, de celle dans laquelle ils ont suivi leur formation professionnelle, ainsi que de la langue des médias et de leur environnement.
Les changements sont bien réels, mais ils ne sont pas linéaires. Selon une enquête menée auprès des jeunes par Info Sapiens en 2024, les répondants indiquaient les évolutions suivantes au cours des deux années précédentes : consommation de contenus ukrainiens — par exemple l’achat de livres ou le visionnage de films — pour 52 % d’entre eux, et usage de la langue officielle dans leurs échanges pour 47 %. Dans le même temps, les produits russophones de culture populaire provenant de l’État agresseur continuent de trouver leur public en Ukraine, comme le montrent notamment les classements des contenus regardés ou écoutés sur Internet.
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Concernant la lecture, en 2024, lorsque les sociologues ont demandé dans quelle langue il était le plus confortable de lire un livre, 53 % des répondants ont choisi l’ukrainien, 8 % le russe, tandis que 39 % ont répondu qu’ils étaient aussi à l’aise pour lire en ukrainien qu’en russe. Cela témoigne d’habitudes bien ancrées, qui ne sont pas si faciles à modifier, même lorsqu’on le souhaite vivement.
Dans le même temps, lorsque les sociologues demandaient ce que lisaient précisément les répondants, les classiques ukrainiens arrivaient en tête avec 40 %, suivis, à égalité, des auteurs ukrainiens contemporains et des classiques de la littérature mondiale, avec 34 %, puis des auteurs étrangers contemporains, avec 32 %. Le segment ukrainien et ukrainophone reste donc malgré tout en tête.
— Dans quelle mesure la destruction délibérée de la culture et du monde intellectuel ukrainiens influence-t-elle les comportements de solidarité des Ukrainiens ? Cela les incite-t-il également à faire des dons aux maisons d’édition et aux librairies ?
— Dans une enquête réalisée par Info Sapiens en 2024, une question était formulée ainsi : « À quelle fréquence participez-vous à la vie de la société pendant votre temps libre ? » Un nombre assez important de personnes interrogées, 15 %, ont répondu qu’elles le faisaient régulièrement, tandis que plus de la moitié ont indiqué qu’elles le faisaient lorsque le besoin s’en faisait sentir, quand elles estimaient leur participation nécessaire.
La question suivante portait sur les formes que prenait cette aide. Les répondants choisissaient notamment les réponses suivantes : « Je soutiens financièrement ceux que j’estime devoir soutenir » — 43 % ; « aide au sein de la communauté religieuse » — 15 % ; « participation personnelle à l’organisation de différents événements » — 8 % ; « participation aux activités d’une organisation de la société civile » — 6 %. Si l’on part donc du principe qu’une part importante des personnes interrogées apporte un soutien financier aux causes qu’elle juge importantes, on peut considérer que les initiatives culturelles bénéficient elles aussi de ce soutien.
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Je voudrais toutefois souligner qu’il existe des besoins fondamentaux auxquels les gens répondent en priorité. Lorsqu’on leur demandait de citer trois domaines prioritaires auxquels ils seraient personnellement prêts à consacrer leur temps libre, les réponses étaient les suivantes :
• aide à l’armée : 51 % ;
• aide aux personnes déplacées à l’intérieur du pays : 23 % ;
• lutte contre la corruption : 15 % ;
• développement de la jeunesse locale : 8 % ;
• protection sociale de la population : 7 % ;
• soutien aux entreprises : 6 % ;
• enjeux culturels : 5 %.
— Comment le rapport de la société au livre a-t-il évolué depuis l’époque soviétique ?
— L’évolution tient au fait que de nouvelles manières d’accéder à l’information sont apparues. Il ne faut donc pas dramatiser le fait que les gens lisaient davantage à l’époque soviétique. Nous assistons aujourd’hui à une reconfiguration des modes de transmission de l’information. Pour certaines personnes, regarder des vidéos sur YouTube est plus adapté ; or, celles-ci ne sont pas nécessairement uniquement divertissantes, elles peuvent aussi être instructives et éducatives.
D’autres trouvent des informations qui leur sont utiles sur les réseaux sociaux, car tout n’y est pas que bruit informationnel. Après tout, les livres sont eux aussi très différents les uns des autres et certains sont franchement mauvais. Il n’est donc pas toujours pertinent de comparer les différentes manières de s’informer et d’affirmer catégoriquement qu’il vaut mieux lire un livre.
— D’accord, mais la valeur accordée au savoir évolue-t-elle dans le contexte de la guerre ? Le rapport des Ukrainiens à l’éducation de leurs enfants et à leur propre formation a-t-il changé ?
— Le savoir et l’éducation sont deux choses différentes. Mais si nous assimilons ici le savoir à l’éducation, il faut souligner que l’enseignement supérieur est très valorisé dans notre société.
Une très grande partie des jeunes poursuivent des études supérieures et leurs parents les encouragent et les orientent activement dans cette voie. Pourtant, même les études réalisées avant la guerre montraient l’existence chez nous d’un phénomène de « sur-éducation » : des jeunes obtiennent un diplôme, mais ne parviennent pas ensuite à trouver un emploi correspondant à leur qualification. Ils acceptent des postes moins qualifiés ou travaillent dans un autre domaine, mais l’enseignement supérieur conserve son statut et son prestige au sein de la société.
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Il y a cependant un phénomène intéressant : l’éducation évolue et les universités ne sont plus les seuls prestataires, uniques en leur genre, de services éducatifs. De nombreuses autres sources et ressources sont apparues, qui permettent notamment d’améliorer gratuitement son niveau de formation.
En 2026, à l’Institut de sociologie, nous avons posé à nos répondants la question suivante : « Quelles sont les principales mesures que vous avez prises pour vous adapter à la vie dans les conditions de la guerre à grande échelle ? » 46 % ont répondu : « Nous avons prévu un endroit où nous mettre à l’abri ». 29 % : « Nous avons trouvé un emploi ou une source de revenus complémentaire ». Et 29 % également : « Nous avons suivi une autre formation ou amélioré nos qualifications ».
— Une personne sur trois…
— Oui, mais la répartition par âge est également intéressante. Parmi les jeunes de 18 à 29 ans, une personne sur deux a déclaré avoir amélioré ses qualifications ou s’être préoccupée de sa formation.
Une autre question, posée spécifiquement aux jeunes dans le cadre d’une enquête menée en 2026 par l’Association nationale ukrainienne de la jeunesse, portait elle aussi sur la formation : « Souhaitez-vous acquérir de nouvelles compétences professionnelles et de nouvelles connaissances ? » Seuls 15 % ont répondu par la négative ; tous les autres ont choisi une nouvelle compétence qu’ils souhaitaient acquérir. Par exemple, 31 % des personnes interrogées souhaitaient apprendre une langue étrangère ; d’autres voulaient améliorer leurs connaissances dans le domaine informatique. Beaucoup ont également choisi la psychologie, la gestion des finances, etc.
Les sociologues leur ont ensuite demandé comment ils comptaient acquérir ces nouvelles compétences. Parmi les possibilités proposées figuraient les établissements d’enseignement supérieur, comme les universités, etc. Or, pour l’apprentissage d’une langue étrangère, par exemple, 43 % ont justement choisi l’enseignement non formel : apprentissage individuel, formations, participation à des organisations de la société civile, cours en ligne. Seuls 28 % ont déclaré être prêts à poursuivre leur formation dans un établissement d’enseignement supérieur. Il s’agit donc d’une tendance intéressante et importante.
Une autre question portait sur ce qui compte le plus pour obtenir un bon emploi. Et, figurez-vous, seuls 18 % des répondants ont choisi le diplôme sanctionnant une formation formelle, tandis que 72 % ont estimé que les compétences pratiques et les connaissances acquises grâce à l’enseignement non formel, aux formations et autres dispositifs de ce type étaient plus importantes. Mais dans tous les cas, comme on le voit, le savoir reste valorisé et les jeunes cherchent des moyens de l’acquérir.
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Plus généralement, une tendance se dessine aujourd’hui : l’acquisition des connaissances ne se limite plus à l’enfance ou à la jeunesse. Les adultes apprennent eux aussi, y compris à un âge avancé. L’idée de la formation tout au long de la vie gagne également les universités : elles cherchent elles aussi à attirer des personnes souhaitant étudier, quel que soit leur âge. Nous assistons donc à une véritable transformation dans ce domaine.


