Natalia Lebid Journaliste ukrainienne

Lessia Lytvynenko: « Pour cultiver un esprit critique, nos enfants auront besoin de plus de temps»

Société
11 mai 2026, 07:18

Lessia Lytvynenko est la fondatrice du projet «Vseosvita», spécialiste dans les domaines éducatifs et informationnels. Tyzhden s’est entretenu avec elle au sujet de l’hygiène informationnelle, l’apparition d’un esprit critique chez les enfants et la manière de l’enseigner aux enfants et aux adolescents.

Chez les enfants, la méfiance envers le monde qui les entoure n’est pas innée, mais peut, ainsi que le besoin de vérifier les informations, sauver des vies. C’est pourquoi, c’est à la fois plus difficile et plus facile avec eux. Plus facile, car les enfants ont beaucoup de choses à apprendre, notamment à maîtriser les compétences médiatiques. Les adultes ne veulent parfois rien apprendre, se considérant experts dans de nombreux domaines. Mais aussi plus difficile, car en raison de leur âge, les enfants ne possèdent pas encore l’esprit critique nécessaire pour distinguer les fausses nouvelles et les manipulations.

Le fait d’avoir un regard critique sur l’information signifie que les enfants ont appris à se protéger. Si l’idéal est que les parents et les enseignants collaborent, il s’agit avant tout d’une responsabilité parentale.

– Commençons par les questions de base. À quel moment un enfant développe-t-il son esprit critique ?

– Je pense qu’il n’y a pas d’âge fixe pour cela. Il s’agit d’un progrès graduel qui dépend de nombreux facteurs. Il arrive aussi que les adultes cliquent sur des liens suspects. C’est pourquoi, dans les familles où il y a beaucoup de communication avec l’enfant et où les explications sont suffisantes, un enfant peut repérer un mensonge dès son plus jeune âge.

J’ai lu des études selon lesquelles, dès l’âge de 6 ou 7 ans, un enfant est capable de détecter le mensonge d’un adulte. Mais il ne comprend pas toujours que l’adulte le fait exprès. Mais que l’enfant se rende compte ou non d’une manipulation, il demeure un enfant, par conséquent toujours enclin à faire confiance aux adultes. C’est précisément pour cette raison que l’école continue de rappeler les règles de conduite suivantes :
– ne parle pas à des inconnus,
– ne sors pas sans la permission de tes parents,
– ne monte pas dans la voiture d’un inconnu,
– n’accepte pas de cadeaux de la part de personne que tu ne connais pas.

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En tant qu’adultes, nous ne devons pas compter sur l’enfant pour qu’il reconnaisse une tromperie. Nous comprenons que l’enfant est vulnérable, et donc nous définissons des règles.

À présent, beaucoup d’attention est portée à la culture numérique dans le système éducatif, à la détection des fausses informations et à la reconnaissance des manipulations. Cependant, cela ne sera jamais suffisant, car les arnaques évoluent au fur et à mesure, tout comme le sens critique. Et l’émergence de l’intelligence artificielle est à l’origine de la détérioration de la capacité de réflexion critique des enfants. C’est ce qui ressort des résultats d’un sondage menée parmi les enseignants du secondaire au Royaume-Uni.

– Quelles sont les spécificités du travail auprès des enfants et des adolescents en matière d’éducation médiatique et d’hygiène de l’information ?

– Quand il s’agit d’adultes, nous comprenons qu’ils sont responsables de leurs actions. Mais lorsqu’il s’agit d’un enfant, il est évident que nous ne pouvons pas lui en faire porter la responsabilité. C’est pourquoi, lorsque nous expliquons quelque chose aux enfants, nous sommes conscients qu’il ne suffit pas de leur présenter le sujet une seule fois : il faut trouver différents moyens de leur faire réviser, de fixer et de vérifier leurs connaissances. De plus, les enfants d’aujourd’hui n’aiment pas se contenter d’écouter, ils veulent un spectacle, ce qui demande sans aucun doute beaucoup d’efforts et de temps, contrairement au contact avec un public adulte.

Les enfants sont très doués pour comprendre n’importe quelle interface, mais cela ne signifie qu’ils comprennent comment fonctionne la manipulation. Je suis favorable à l’idée de laisser les enfants réfléchir à la résolution d’un problème, tout en les guidant dans la bonne direction. J’observe souvent cette pratique dans les écoles d’aujourd’hui.

– Comment trouver le juste équilibre pour ne pas briser la confiance qu’un enfant ou un adolescent porte au monde, lorsque l’on lui explique que ce genre d’information est un faux fabriqué par des adultes, et que ce faux peut, à son tour, lui nuire ?

– C’est une question compliquée, car cette barrière est différente d’une personne à l’autre. La confiance fondamentale de l’enfant envers le monde se développe dès le plus jeune âge. Si des problèmes sont survenus à cette période, l’enfant peut soit commencer à tout croire, soit ne plus croire en rien.

Voici comment je vois les choses : si un enfant est effrayé par une information, il convient d’examiner la situation sous différents angles. Il n’y a pas de mauvaises personnes, mais il y a des mauvaises actions. Il existe des raisons à ces actions, une responsabilité à assumer, les gens font erreurs… Il faut tenir compte de l’âge de l’enfant et de la situation, c’est pourquoi il est parfois préférable de consulter un psychologue si les parents ont l’impression de ne pas pouvoir s’en sortir seuls. A présent, les écoles emploient souvent de psychologues scolaires avec lesquels il est possible de travailler sur un problème donné.

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– Le bruit médiatique constant, la surabondance d’information et son flux continu constituent-ils un danger pour le développement de l’enfant ou de l’adolescent ? Le smartphone est-il l’ennemi absolu de l’enfant ?

– À mon avis, il faut limiter l’utilisation des smartphones par les enfants. De nombreuses études scientifiques prouvent que la surcharge d’informations est nuisible. Je pense que le smartphone est sans aucun doute un ennemi pour les enfants en âge préscolaire.

J’avais déjà écrit un article sur l’étude ABCD, financée par les Instituts nationaux de la santé des États-Unis (National Institutes of Health – ndlr). Cette étude observe le développement de près de 12 000 enfants nés entre 2005 et 2009, depuis leur naissance jusqu’à l’adolescence. L’analyse des données relatives à plus de 10 500 adolescents a démontré que les enfants qui ont reçu un smartphone à l’âge de 12 ans, étaient exposés à un risque accru de plus de 60% de sommeil insuffisant et un risque accru de plus de 40 % d’obésité. Il ne s’agit pas seulement de changements comportementaux, mais aussi de phénomènes physiologiques et psychologiques qui affectent le développement de l’enfant.

Selon ces scientifiques, les réseaux sociaux ont impact négatif plus significatif que les jeux vidéo. C’est précisément pour cette raison que je suis favorable à la tendance mondiale d’ interdiction des réseaux sociaux aux enfants de moins de 14 ou 15 ans. Par exemple, aux Pays-Bas, le gouvernement entend aller encore plus loin et interdire les réseaux sociaux aux enfants de moins de 16 ans. Selon les représentants officiels, si l’on interdit l’alcool ou les jeux d’argent dans le monde, il faudrait également interdire les réseaux sociaux, comme sources de dépendance.

Il y a également de nombreux exemples montrant que l’interdiction des smartphones à l’école a un effet positif sur la scolarité des enfants et leur permet de rétablir une communication réelle et d’obtenir de meilleurs résultats académiques.

Les enfants ne sont pas capables de gérer leur temps passé devant les écrans. C’est pourquoi le fait de posséder un smartphone à l’âge scolaire détourne leur attention lors de la préparation de leurs cours, pendant la nuit ou pendant leurs promenades. Les enseignants se plaignent de la somnolence des élèves pendant les cours, ainsi que d’une baisse de leur attention et de leur capacité de concentration.

De plus, la possibilité d’utiliser les smartphones à l’école permet aux enfants de porter atteinte à l’espace personnel des autres, et en particulier à celle des enseignants. Cela peut prendre différentes formes : tournage illégal, comportements agressifs dans les discussions en ligne, ou tout simplement le fait de copier les devoirs. Il est évident, que pendant les récréations, les enfants ne se soucient ni de l’actualité ni des activités éducatives. Certains parents ont appris aux enfants à utiliser leur smartphone avec prudence, mais il s’agit plutôt d’une exception. En bref, l’école est un établissement d’enseignement et de formation dont l’objectif est d’apprendre à l’enfant à apprendre, et non un complexe de divertissement. C’est pourquoi tous les participants au processus éducatif devraient soutenir l’interdiction des smartphones pendant les cours.

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La responsabilité de la possession d’un smartphone par un enfant d’âge scolaire incombe aux parents. Ce sont eux qui décident de donner à leur enfant un outil addictif et susceptible de désinformer. Cet outil n’est pas dangereux, mais il peut faire plus de mal que de bien à un enfant si son usage n’est pas raisonnable.

– Comment l’éducation aux médias et la sécurité de l’information est-elle intégrée dans les programmes scolaires? Veuillez nous parler des travaux et des recommandations de « Vseosvitac ».

– L’éducation aux médias est intégrée au curriculum scolaire comme un compétence transdisciplinaire. Ce n’est pas une discipline à part. Lors de cours d’ukrainien, les enfants apprennent à analyser l’actualité ; pendant les cours d’histoire, ils travaillent avec des sources historiques ; lors de cours d’informatique, ils se familiarisent avec la sécurité et les algorithmes. « Vseosvita » ne développe pas de contenu destiné aux élèves. Notre plateforme est destinée aux enseignants. Nous proposons des cours thématiques et des séminaires en ligne dans le cadre de la formation professionnelle continue. Les enseignants échangent librement leurs expériences, ils élaborent des supports pédagogiques, des cours ou des tests. « Vseosvita » propose un large choix d’outils modernes pour la préparation des cours.

Par exemple, un enseignant peut rapidement créer un cours en ligne à l’aide du « Constructeur de cours », y ajouter des évaluations et dispenser ce cours facilement en classe ou à distance. Les élèves conserveront leur accès, tandis que les enseignants disposeront d’un format pratique pour tester leurs connaissances. À ce propos, un point important : les élèves n’ont pas besoin de créer un compte sur « Vseosvita », car tout se fait via un code d’accès et il n’y a aucune publicité pour les élèves.

– D’après vous, les enseignants sont-ils assez bien formés pour apprendre aux enfants à distinguer les « fausses informations », les manipulations, etc. ?

– Les enseignants sont des gens comme vous et moi. Si je ne suis pas capable de démasquer rapidement une manipulation, pourquoi en serait–il autrement avec un enseignant ? Certes, ils perfectionnent constamment leurs compétences et s’informent auprès de ressources pédagogiques. Il est toutefois de plus en plus difficile de s’y retrouver dans la multiplicité et la qualité des contenus. Nous sommes en guerre, et la Moscovie mise beaucoup sur la désinformation de la société ukrainienne, tant à l’intérieur que dans le monde entier. Les réseaux sociaux et leurs algorithmes sont impitoyables. Tout est conçu pour provoquer une réaction immédiate, pour jouer sur la peur et pour inciter à prendre des décisions irréfléchies.

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Je pense que les enseignants sont suffisamment préparés pour comprendre et apprendre aux enfants comment distinguer les faux et la désinformation. Mais il est important que nous apprenions tous « sur le terrain », et avec l’apparition de l’IA, les méthodes de désinformation sont devenues plus complexes et plus difficile à identifier.

En général, l’un des atouts des enseignants est leur capacité à expliquer des concepts complexes avec des mots simples. Les enseignants comprennent mieux comment un enfant raisonne et trouvent donc plus facilement des exemples pertinents. Ils ont beaucoup plus d’expérience avec les enfants. C’est donc à eux d’enseigner la compétence médiatique. Il est très important que les parents, de leur côté, soient des partenaires dans ce domaine.

– Nous recommandons aux adultes de vérifier les faits, mais que peut-on conseiller à un enfant qui a des doutes sur une information ? Faut-il la vérifier ou s’adresser aux enseignants, aux parents, etc. ?

– Un enfant ne doit pas se lancer dans des recherches sur Internet. Les enfants ne savent pas analyser les informations. Il vaut mieux leur proposer des étapes cognitives simples, où ils peuvent poser quelques bonnes questions. Par exemple : est-ce que cette source est familière, s’agit-il d’une personne réelle ou d’une page anonyme, quels sentiments cela suscite-t-il en moi, est-ce que cela me semble étrange… Cette auto-évaluation est appropriée si le sujet est simple et il n’y a aucun risque. D’une manière générale, il vaut mieux apprendre à l’enfant à aborder des questions importantes avec les adultes.

– Dans quelle mesure l’opinion de la communauté dans laquelle évolue un enfant ou un adolescent est-elle importante pour lui ? Dans quelle mesure cette communauté peut-elle prévaloir sur l’autorité d’un adulte ?

– Les parents restent la principale figure d’autorité pour l’enfant. Pour un adolescent, si ses parents ne font pas autorité, c’est la société qui prend le dessus. Tout dépend de votre enfant, mais à l’adolescence, il ne faut pas trop espérer que l’enfant agisse toujours correctement. Pour un adolescent, une protestation est un processus naturel. Mais dans la société actuelle, il y a non seulement les amis réels, mais aussi les algorithmes. C’est pourquoi il est si important de développer l’esprit critique dès le plus jeune âge.

– Où se trouve le compromis idéal entre le devoir des parents et le respect de ses limites ? Par exemple, les parents doivent s’intéresser aux publications de l’enfant sur les réseaux sociaux. Et puis, entre le contrôle extérieur et la capacité de l’enfant à prendre ses propres décisions ?

– En tant que parents, nous nous soucions toujours de nos enfants. À mon avis, les parents ont toujours de bonnes raisons de vérifier les messages de leur enfant, peu importe son âge, car ils ont le droit d’exercer ce contrôle. En temps de guerre, des choses horribles se produisent. La communauté éducative n’a pas encore réussi à se remettre de l’assassinat de la linguiste Iryna Farion… Je pense que si des parents ont des soupçons, par exemple que leur enfant puisse être recruté par les services secrets russes, ils ont le droit de vérifier leur correspondance.

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C’est une question propre à chaque famille. Il est également important de s’adresser à des spécialistes compétents, par exemple à un psychologue. Mais il se peut aussi que les craintes des parents soient infondées et qu’on puisse en réalité faire beaucoup plus de mal que de bien à l’enfant. C’est un sujet délicat, qui dépend de l’éducation en général. Je pense que le contrôle parental demeure toujours, même si au fil des ans, le format peut évoluer simplement, et l’enfant peut se voir accorder progressivement davantage de responsabilités.

– Il existe plusieurs scénarios d’utilisation d’un enfant ou d’un adolescent par le mensonge : a) un pédophile, qui se fait passer pour un enfant et gagne la confiance de l’enfant ; b) l’enfant ou l’adolescent est incité à essayer des drogues ou à se faire du mal d’une autre manière, comme une simple expérimentation ; c) il s’agit de actes illégaux, jusqu’à un incendie criminel ou à la dissimulation d’un engin explosif, c’est-à-dire à la réalisation d’un attentat terroriste. Comment éviter tous ces scénarios et aider l’enfant à vérifier tout ce qu’il rencontre ? Existe-t-il des conseils généraux à ce propos ?

₋ Ce phénomène est bien décrit dans les études de la National Society for the Prevention of Cruelty to Children et de l’UNICEF, comme un modèle typique de grooming et de manipulation. L’idée est d’apprendre à l’enfant à repérer les « drapeaux rouges ». Voici quelques exemples : des phrases telles que « n’en parle à personne », « c’est notre secret », « il faut le faire tout de suite », « tu es mon meilleur ami, bien que nous venons de juste se rencontrer », « tout le monde fait ça », « prends une photo de toi », « à demain »…

Dans le milieu des éducateurs, j’ai entendu la règle suivante : si un enfant n’est pas disposé à montrer quelque chose à ses parents, cela représente un danger. La manipulation joue sur les émotions, nous sommes donc tous en danger, et il est important d’apprendre à prendre le temps de réfléchir avant d’agir. L’idéal est de parvenir à instaurer un lien de confiance au sein de la famille, afin que les enfants osent parler de tout ce qui leur arrive.

– En général, quelle est la menace la plus grave liée à la manipulation d’un enfant ?

– En tant que mère, je pense que c’est la tendance de l’enfant à se soumettre à l’influence par les autres. Un enfant a accès au monde entier et se laisse facilement influencer par de faux experts. Le blogueur Spartak Subbota en est un bon exemple. Il se faisait passer comme un expert en psychologie, bien qu’il a ensuite été accusé d’avoir falsifié ses certificats d’études et d’un comportement inapproprié envers les clientes.

La propagation d’opinions extérieures se fait par l’intermédiaire de pseudo-blogueurs, pouvant nuire au développement de l’enfant. Une information peut être nocive pour un enfant de douze ans et utile pour un adulte. Les enfants peuvent facilement supporter des situations à risque si elles se produisent dans leur « bulle ».

Les blogueurs ne sont pas toujours conscients de leur influence sur les adolescents. Par exemple, en janvier, le lycée «Obolon » de Kyiv a invité la blogueuse Alina Lipnytska. Elle est d’une maigreur excessive, car pour une taille de 170 cm, elle ne pèse qu’environ 30 kg. Cela peut conduire à de graves conséquences, en renforçant la romantisation de l’anorexie chez les enfants.

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Un autre mauvaise exemple a eu lieu quand l’université de Hryhorii Skovoroda de Pereiaslav a invité l’actrice porno Josephine Jackson à faire une conférence. Je suis heureuse que la communauté éducative ne soit pas demeurée indifférente et ait condamné la promotion de blogueurs aussi potentiellement dangereux pour les jeunes. La tendance excessive des enfants à se laisser influencer par ce genre de blogueurs m’inquiète. Dans ce genre de situation, les « drapeaux rouges » dont nous avons parlé précédemment ne sont plus efficaces.

– Le bullying scolaire est-il lié à un manque de culture médiatique ? Par exemple, quelles conséquences – tant juridiques que morales – pour ceux qui organisent le harcèlement d’un élève ?

– Le harcèlement est un ensemble d’actes systématiques. Il n’est pas possible de qualifier tout conflit comme un bullying. En Ukraine, si le harcèlement est avéré, il entraine une responsabilité administrative. Si la personne responsable a moins de 16 ans, la responsabilité est assumée par ses parents. Le manque de culture médiatique peut aggraver le harcèlement, mais n’en est pas la cause. Le numérique amplifie l’ampleur du harcèlement, le rend ingérable et parfois anonyme.

Il convient de noter que les enseignants sont eux aussi victimes de bullying de la part de leurs élèves. C’est l’un des problèmes les plus sous-estimés dans le milieu scolaire. Selon la responsable des droits dans le domaine de l’éducation, Nadiya Leshchuk, il faut responsabiliser davantage les parents dans l’éducation de leurs enfants, en durcissant les sanctions en matière de harcèlement, notamment envers les enseignants. Par exemple, il y a une nouvelle tendance à harceler les enseignants parmi les élèves ukrainiens. Les enfants filment des vidéos ou publient des photos de leurs professeurs accompagnées de cris vulgaires. Je pense qu’il s’agit d’un manque d’éducation au sein de la famille, et non d’un déficit de culture médiatique à l’école. En effet, les enseignants accordent suffisamment de temps aux programmes de lutte contre le harcèlement, mais cela ne suffit pas pour rivaliser avec les valeurs de chaque famille.

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– Selon vous, quelle génération a le plus de chances de devenir plus informée en matière de gestion de la communication et de vérification des faits : les enfants et adolescents d’aujourd’hui ou la génération de leurs parents, qui a grandi dans un contexte de l’accès limité à l’information ?

– Je fais partie de la génération de milléniaux. Nous avons assisté à un bond technologique, des téléviseurs à tube à l’intelligence artificielle. Nous avons participé à la création de toutes les technologies modernes. Selon Jared Cooney Horvath, les « zoomers » constituent la première génération depuis plus d’un siècle dont le niveau intellectuel et les capacités cognitives se sont avérés inférieurs à ceux de leurs parents. De nombreux élèves rencontrent aujourd’hui des difficultés à analyser les informations, à faire preuve d’esprit critique et à rester concentrés pendant longtemps sur leurs études ou sur un projet de longue durée.

C’est pourquoi j’hésite à répondre, car l’avenir effraie par son imprévisibilité. Il existe des études sur les effets nocifs des smartphones sur le cerveau des enfants, sur la hausse du nombre d’enfants souffrant d’une dépendance aux jeux vidéo ou à la dopamine, sur l’impact négatif de l’intelligence artificielle sur leur capacité à penser de manière critique, etc. J’espère que notre génération de milléniaux trouvera une solution.

– Les enfants et adolescents d’aujourd’hui deviendront adultes à l’ère de l’intelligence artificielle. Est-ce que cela avantage ou nuit à leur esprit critique ?

– Le fait que l’IA permette d’accéder rapidement à diverses sources est excellent, car il est plus facile de vérifier toute information suspecte. Mais pour utiliser efficacement l’IA, il faut disposer d’un certain esprit critique propre. À l’école, les enfants n’ont pas besoin de l’IA, car ce n’est qu’un outil pour faire leurs devoirs. Je pense que l’enfant doit apprendre à acquérir des connaissances, à se développer de manière naturelle et à s’intégrer socialement.

L’IA donne aux enfants l’illusion d’un certain savoir et d’une fausse autorité. Selon un récent rapport analytique de l’Organisation de coopération et de développement économiques, les experts mettent en garde : les outils d’IA générative sont en mesure de créer l’illusion d’un apprentissage réussi, qui n’est souvent pas fondé sur une réelle compréhension de la matière.

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Il est possible que nos enfants aient besoin d’un peu plus de temps pour développer leur propre esprit critique.

Avant tout, l’IA est un outil, et le problème réside dans la manière dont elle est utilisée. Je pense qu’en général, le développement de l’IA sera avantageux, car la technologie continue d’évoluer et son accès est limité aux abonnements.