En Ukraine, on reste prudent suite au changement de pouvoir en Hongrie. En effet, Péter Magyar n’est pas un ami déclaré de Poutine, sa position politique est plutôt modérée. Malgré tout, il n’a pas l’intention de renoncer immédiatement au pétrole russe, mais plutôt de diversifier progressivement ses sources d’approvisionnement en énergie. De plus, il espère que les sanctions seront levées une fois la guerre terminée, ce qui permettra à l’Europe de continuer à acheter de l’énergie à bas prix.
La catastrophe financière est-elle évitée ?
L’investiture de Péter Magyar est prévu pour le 9 mai prochain. Conformément à la procédure, la première séance du parlement nouvellement élu doit avoir lieu dans les 30 jours suivant les élections (au plus tard le 12 mai). Lors de cette première séance, le président hongrois Tamás Szujók doit proposer aux députés la candidature du nouveau Premier ministre.
Bien que le veto de Budapest a été levé le 22 avril, il faudra toutefois compter un certain temps pour mener à bien une série de procédures administratives et signer le protocole d’accord pour l’octroi de prêts entre l’UE et l’Ukraine.
La Commission européenne prévoit officiellement que, dans le meilleur des cas, les premiers versements devraient intervenir d’ici la fin du deuxième trimestre 2026, c’est-à-dire vers la fin du mois de juin. L’Ukraine pourrait donc se retrouver pendant quelques semaines dans une situation difficile, marquée par une grave pénurie de liquidités.
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Il ne faut pas non plus oublier le facteur slovaque. En mars, le Premier ministre, Robert Fico, avait déclaré que les Slovaques bloqueraient le prêt destiné à l’Ukraine si Orbán perdait les élections. Bien que le 16 avril son ministre des Affaires étrangères, Juraj Blanár, est revenu sur ces propos, il a toutefois menacé de bloquer le 20e train de sanctions de l’UE contre la Russie jusqu’à l’obtention de garanties quant à la remise en service de l’oléoduc « Droujba ».
Peter Magyar n’est pas encore officiellement au pouvoir, mais il apparaît déjà clairement que sa position concernant les sanctions contre le pétrole russe ne diffère guère de celle de son prédécesseur, Viktor Orbán. Les dirigeants slovaques ne se pressent pas non plus de diversifier leur approvisionnement énergétique. Cela signifie que la diplomatie ukrainienne devra déployer des efforts considérables pour convaincre Bruxelles de la nécessité de mettre en œuvre une politique de sanctions véritablement cohérente à l’encontre de Moscou, sans contraindre l’Ukraine, en rétablissant le fonctionnement sans heurts de l’oléoduc Druzhba, ce qui aiderait l’agresseur à gagner de l’argent.
Le renoncement au pétrole russe aura lieu, mais pas tout de suite
Péter Magyar est plus que lent concernant le pétrole russe. Le 15 avril, il a même déclaré son intention d’empêcher Kyiv d’obtenir l’aide de l’UE. Puis il a insisté sur la réparation de l’oléoduc « Droujba ». Bien sûr, le style de Magyar diffère de celui d’Orbán : il met l’accent sur la volonté de protéger la Hongrie contre la pénurie et les prix élevés du carburant, et non sur une confrontation idéologique. Mais pour l’Ukraine, le problématique reste le même.
Il faut dire que la Hongrie n’a, en réalité, pas d’autre choix, car la politique menée depuis des années par Orbán a conduit le pays à dépendre fortement des approvisionnements russes. Il faudra un certain temps pour se passer complètement des ressources énergétiques de Moscou. Grâce au gazoduc « Droujba », la Hongrie couvrait jusqu’à récemment 90 % de ses besoins en pétrole (la Slovaquie, 87 %).
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De plus, il ne faut pas oublier le facteur du prix des carburants : grâce au transit direct de pétrole bon marché en provenance de Russie, le gouvernement Orbán a réussi à le maintenir à un niveau relativement bas, et P. Magyar ne souhaite certainement pas se forger d’emblée la réputation d’un homme politique sous le mandat duquel l’essence est devenue chère.
Heureusement, le changement de stratégie énergétique figure parmi les points clés de son programme. La diversification des sources d’approvisionnement est la seule mesure raisonnable, car une dépendance totale à l’égard d’un fournisseur tel que la Russie est tout simplement dangereuse. Les Russes ont démontré à maintes reprises leur volonté d’utiliser le levier énergétique pour atteindre leurs objectifs politiques, ce dont l’Ukraine et l’Europe ont constamment souffert.
Le nouveau Premier ministre prévoit de relancer les négociations avec la Croatie en vue d’étendre le transit de pétrole via l’oléoduc « Adria ». En 2025, la Hongrie a reçu 1,2 million de tonnes de pétrole par ce biais. L’opérateur d’« Adria » est prêt à augmenter le volume des livraisons vers la Hongrie et la Slovaquie jusqu’à 12 millions de tonnes, ce qui couvrirait les besoins de leurs raffineries.
En ce qui concerne le gaz naturel, la situation est plus complexe. Péter Magyar cherche à revoir la date butoir fixée par l’UE pour l’abandon total du gaz russe : il estime que l’objectif de 2027 n’est pas réaliste pour la Hongrie et qu’il faudrait plutôt viser 2035.
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Dans le domaine de l’énergie nucléaire, il prévoit de faire réaliser un audit du projet « Paks II » (construction d’une centrale nucléaire près de Budapest). Il ne souhaite pas résilier le contrat en cours avec Rosatom, mais exige que des partenaires occidentaux soient associés au contrôle de la sécurité et des technologies.
Il ne faut donc pas s’attendre à une rupture énergétique rapide entre la Hongrie et la Russie. Au mieux, le pays s’orientera progressivement vers d’autres sources d’approvisionnement, mais la Russie continuera de représenter une part importante de ses importations pendant encore longtemps. Il est possible que P. Magyar ne se montre pas aussi agressif qu’Orbán à l’égard de Bruxelles, mais il ne renoncera certainement pas à utiliser la carte énergétique pour négocier avec l’UE.
Faire preuve de patience
La victoire de Péter Magyar est sans aucun doute l’occasion d’oublier durablement la Hongrie en tant que perturbatrice de l’unité européenne dans le conflit avec la Russie. Tout de même, Bruxelles et Kyiv doivent garder en tête que le nouveau gouvernement de Budapest, même s’il est débarrassé des excès d’Orbán, ne jouera pas dans « le camp de la liberté » sans contrepartie. Il ne le fera que dans le cadre de ses intérêts nationaux.
Si tout est fait comme il se doit, les Hongrois nous aideront à obtenir des financements dans les délais prévus et réduiront progressivement leurs achats de pétrole auprès de la Russie. Il suffit de faire preuve de patience et d’aider nos voisins à s’engager sur la bonne voie, celle de l’Europe.

