Même si la guerre est loin d’être terminée, le gouvernement ukrainien a adopté plusieurs mesures en faveur des anciens combattants, afin de faciliter leur retour à la vie civile. En comptant les familles et proches des morts pour l’Ukraine, 5 à 6 millions d’Ukrainiens pourraient en effet être concernés d’ici quelques années. Mais ces programmes gouvernementaux ne sont pas toujours bien adaptés.
Début de 2026, le gouvernement ukrainien a annoncé de nouveaux programmes destinés aux anciens combattants. Quelle que soit la durée de la guerre, l’Ukraine est en effet déjà devenue un pays de vétérans. Selon les données du Registre national unifié des anciens combattants, en octobre 2025, il y avait déjà plus de 1,3 million de personnes ayant ce statut.
Le ministère des Anciens combattants prévoit qu’à la fin de la guerre, après la démobilisation, il pourrait y avoir 5 à 6 millions d’Ukrainiens bénéficiant d’aides diverses. Le chiffre comprend les familles et les proches de militaires tués au combat. Au fil des ans, ce nombre ne fait qu’augmenter.
Les innovations de 2026
La politique en faveur des vétérans comporte trois volets: l’aide à la réadaptation (aide médicale, psychologique, etc.), l’aide à la recherche d’emploi (y compris le soutien aux entreprises dirigées par des anciens combattants) et la mise en place d’espaces publics et privés adaptés (par exemple, pour faciliter les déplacements des anciens combattants en fauteuil roulant). Des efforts sont également déployés pour simplifier les procédures administratives nécessaires à la perception des aides.
La dynamique des dépenses publiques liées à cette politique est révélatrice. En 2025, elle a représenté une dépense de 12,6 milliards de hryvnias (240 millions d’euros), et environ 18,9 milliards (366 millions d’euros) sont prévus pour 2026, ce qui veut dire une augmentation de 50%. Cependant, comparé aux autres dépenses, ce montant demeure relativement modeste (par exemple, 265 milliards sont consacrés à l’éducation, soit 5,1 milliards d’euros).
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Lors d’une réunion du Cabinet des ministres en février 2026, la Première ministre Yulia Svyrydenko a expliqué: « Nous travaillons pour que le plus grand nombre possible d’anciens combattants puissent trouver leur place dans la vie civile. Ces gens ont consacré leur temps, leurs forces et leur santé à la défense du pays. Il faut qu’ils bénéficient non seulement de privilèges, mais aussi d’un choix de trajectoire professionnelle, que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé ». Effectivement, depuis le début de l’année, le gouvernement a lancé une série de programmes destinés à venir en aide aux vétérans :
1. Programme « Vétéran.Travail » sur la période 2026-2027
Ce programme prévoit un soutien à la formation professionnelle des vétérans, leur réorientation, l’accompagnement vers l’emploi et le soutien au développement de carrière après leur service. Une plateforme en ligne nommée «Carrière pour les vétérans» a été lancée. Actuellement, elle compte plus de 65 000 offres d’emplois, plus de 3 000 vétérans enregistrés et près d’un millier d’employeurs.
2. Prolongation du programme d’aide aux logement
Les vétérans qui ont perdu leur logement ou qui ont subi des dommages au logement dans les territoires temporairement occupés, les vétérans déplacés qui ne possèdent pas de logement ou qui vivaient dans des logements qui ne leur appartenaient pas, ainsi que ceux qui revenus de captivité et dont la domicile demeure toujours sur un territoire occupé par la Fédération de Russie, peuvent prétendre à une aide financière pour le paiement de leur loyer.
3. Subvention aux collectivités locales pour la création d’espaces dédiés aux vétérans
En 2026, 15 collectivités recevront un financement pour créer des espaces dédiés aux vétérans. Dans ces centres, eux et leurs familles auront accès à des conseils, des services et au soutien pour retrouver une vie sociale active.
4. Un statut spécial a été institué pour les entrepreneurs qui sont des vétérans.
Ces derniers vont bénéficier d’aides financières, d’avantages fiscaux et d’autres instruments destinés à soutenir le développement de leur entreprise.
Ces mesures et celles mises en place auparavant pour les vétérans, sont disponibles sur la plateforme « Veteran.Pro ».
Konstantyn Denysov, vétéran de la guerre russo-ukrainienne et ancien chef du département du ministère ukrainien des Affaires des anciens combattants dans la région de Zaporijia (2020-2023), commente ainsi pour Tyzhden ces nouvelles mesures:
« Il y a aujourd’hui plusieurs programmes visant à faciliter le retour à la vie civile et professionnelle des vétérans après leur service (apprentissage, réorientation professionnelle, etc.). Mais ils ne prennent pas en compte l’expérience acquise au combat. Notamment en ce qui concerne le guidage des drones et de systèmes robotiques terrestres. Ils ne permettent pas non plus de valider l’expérience acquise dans la conduite de camions, d’autobus ou de minibus et d’acquérir les certifications pour se spécialiser ensuite dans des métiers liés à ces compétences. Il y a une pénurie de conducteurs sur le marché (d’où les salaires élevés pour ces offres d’emploi), mais il est très peu probable qu’un vétéran puisse obtenir une formation à tarif réduit pour aller vers ces postes ».
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Selon Konstantyn Denysov, le versement d’aide pour les frais de location est également mal adapté: « Une telle indemnisation n’est possible qu’en ayant un contrat de location officiel, ce qui est actuellement rare. Il est donc peu probable que ce programme soit efficace. Il serait mieux d’accorder des avantages fiscaux sur les revenus des vétérans (et de leur famille) quand ils se construisent un logement avec leurs propres moyens ».
Il est également assez critique sur les subventions accordées aux collectivités locales pour la création d’espaces pour les vétérans: « Le budget de l’Etat prévoit 1 milliard de hryvnias pour ce service en 2026 (22 millions d’euros). En conséquence, 326 centres de résilience ont été ouverts en Ukraine en septembre 2025. En 2026, il est prévu de porter leur nombre à plus de 400. Il est possible de fournir ces services de soutien psychosocial proposés aux vétérans sur cette base sans financement supplémentaire ».
Selon Konstantyn Denysov, il est enfin nécessaire d’améliorer l’aide aux entrepreneurs: « Actuellement, ce statut n’apporte aucun bénéfice, en dépit de la loi du 31 juillet 2025. Les vétérans ne disposent d’aucun avantage fiscal ou de crédit pour leur entreprise. Le soutien financier se limite aux subventions provenant du centre pour l’emploi et de la « Fondation ukrainienne des vétérans », relevant du ministère. En passant, la loi ukrainienne « sur le statut des vétérans et les garanties de leur protection sociale », en vigueur depuis 1993, envisage déjà des avantages fiscaux pour les entreprises dirigées par des vétérans. Cependant, à l’heure actuelle, cela n’est pas pris en compte dans le Code fiscal et ne peut donc pas s’appliquer ».
Les vétérans, acteurs de la prospérité nationale
Quelle que soit la date de fin de la guerre, la réintégration des vétérans aura une influence sur la vie d’après-guerre. Compte tenu de la migration constante des Ukrainiens qui ne sont pas soumis aux obligations militaires, la part des vétérans et de leurs familles deviendra dominante dans la structure démographique. Il est important qu’à leur retour, les vétérans aient la possibilité de participer à la restauration de l’Ukraine, que ce soit en tant qu’ entrepreneurs ou en tant que professionnels dans leur domaine.
Une politique de réintégration mal réfléchie risque de provoquer l’émigration des vétérans car ces derniers n’auront aucune perspective d’avenir dans leur pays. Il est hors de question qu’après la guerre, ils aient à « se battre » également contre l’Etat pour obtenir de l’aide. Les procédures administratives doivent être simplifiées au maximum et être transparentes, afin d’éviter tout risque de corruption.
L’Etat doit considérer les vétérans comme des moteurs du développement économique, des contributeurs fiscaux, et des acteurs de la réussite future de l’Ukraine.
Cet article a été rédigé dans le cadre d’un projet mené par l’Institut des mass-médias, avec le soutien du ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas.

