Alla Lazaréva Rédactrice en chef adjointe, correspondente à Paris du journal Tyzhden

Les drones ukrainiens ferment le robinet du pétrole russe, malgré la colère de Budapest

Économie
22 août 2025, 15:10

L’armée ukrainienne a de nouveau frappé l’oléoduc russe qui alimente l’Europe, provoquant le mécontentement de la Hongrie voisine. Les drones ukrainiens ont visé une station de pompage pour la deuxième fois cet été.

Militaire ukrainien, commandant des forces armées sans pilote ukrainiennes, Robert « Madyar » Brovdi, a annoncé un nouveau bombardement de l’oléoduc « Droujba » qui alimente l’Europe en pétrole russe. Cette fois c’est la station de pompage pétrolière « Unecha », dans la région de Bryansk, qui a été frappée. Cette station assurait le transfert du pétrole vers le port d’Oust-Louga pour être ensuite exporté par pétroliers vers la Biélorussie (notamment vers la raffinerie de Mozyr), ainsi que vers plusieurs pays européens, dont la Hongrie et la Slovaquie.

La vidéo qui a publiée Robert Brovdi montre l’ampleur de l’incendie. Selon lui, le coup a été porté par des opérateurs de drones du 14e régiment des forces sans pilote.

Le jour même, le gouverneur de la région de Briansk, Alexandre Bogomaz, a déclaré une alerte missile dans le district d’Unecha. Au matin du 22 août, deux drones de type avion auraient été détruits dans la région, sans faire, selon lui, « de victimes ni de dégâts ».

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L’oléoduc « Droujba » c’est ainsi fait attaquer pour la troisième fois en quelques semaines. Tout d’abord le 13 août les Ukrainiens ont bombardé la même station de pompage de pétrole à Unecha. Après l’attaque, un violent incendie s’est déclaré. Le ministre des affaires étrangères hongrois, Pétér Szijjártó, a alors appelé l’Ukraine à « ne pas mettre en péril l’approvisionnement énergétique de la Hongrie et à cesser les attaques contre les voies d’approvisionnement énergétique du pays pour une guerre à laquelle les Hongrois ne sont en rien impliqués ».

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sibiga, a rappelé à son homologue que la Hongrie « s’efforçait systématiquement depuis de nombreuses années de maintenir sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie », malgré les avertissements répétés selon lesquels Moscou n’était pas un partenaire fiable. L’incident, ainsi que l’échange entre les deux ministres, ont mis en évidence l’importance géopolitique de l’oléoduc en tant qu’instrument d’influence russe en Europe.

Le 18 août, l’agence de presse Reuters a rapporté que la raffinerie « Nikolskoïe » près de Tambov, à son tour, avait été fermée pour au moins un mois après avoir été touchée par des drones ukrainiens. Un incendie s’est déclaré, trois unités de production ont été mises hors service et le pompage du pétrole par l’oléoduc « Droujba » a été complètement interrompu. Les sources ukrainiennes précisent que la station de pompage de pétrole « Nikolskoïe » approvisionne les troupes d’occupation. Elle est un cible militaire légitime en temps de guerre.

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Le 21 août, l’état-major général ukrainien a confirmé la destruction de la raffinerie de Novoshakhtinsk, l’un des plus grands fournisseurs de produits pétroliers du sud de la Russie. Le jour même Robert « Madyar » Brovdi, a annoncé, lui aussi, le bombardement de la station « Unecha », pour la deuxième fois au mois d’août. Le chef de la diplomatie hongroise s’est de nouveau exprimé via Facebook.

« Dans la nuit, nous avons appris que l’oléoduc « Droujba », à la frontière russo-biélorusse, avait été victime de plusieurs attaques, la troisième en peu de temps. L’approvisionnement en pétrole brut vers la Hongrie a de nouveau été interrompu », a-t-il écrit.

Szijjártó affirme qu’il s’agit là d’une « nouvelle attaque contre la sécurité énergétique » de la Hongrie et d’une « nouvelle tentative de nous entraîner dans la guerre ». L’allié du Kremlin a promis de « continuer à soutenir les efforts visant à instaurer la paix et à défendre les intérêts nationaux par tous les moyens ».

Les stations de pompage et les usines pétrolières russes sont régulièrement prises pour cible par les drones ukrainiens. La partie ukrainienne souligne qu’elle s’efforce d’affaiblir les bases logistiques de l’armée russe afin de réduire le potentiel offensif de l’agresseur.

L’Union soviétique a commencé la construction de l’oléoduc « Droujba » dans les années 1950. L’un des objectifs du projet était clairement politique : rendre les pays d’Europe centrale et orientale dépendants du pétrole russe. La longueur totale de l’oléoduc était d’environ 4 000 km (dont plus de 600 km en Ukraine), avec des ramifications : la branche nord traversait la Biélorussie jusqu’à la Pologne et l’Allemagne, la branche sud traversait l’Ukraine jusqu’à la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque.

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Ces dernières années, l’oléoduc « Droujba » a toujours été au centre des batailles géopolitiques, et cette question s’est particulièrement exacerbée avec le début de la guerre totale. Budapest bloque le renforcement des sanctions de l’UE contre le pétrole russe, invoquant sa dépendance à l’égard des approvisionnements bon marché, et accuse l’Ukraine d’« atteinte à sa souveraineté » en raison du transit. Dans le même temps, les Hongrois ont la possibilité d’acheter du pétrole sur le marché méditerranéen via le terminal croate « Omisal » et l’oléoduc Adria, mais ils ne concluent pas les accords nécessaires, faute de la volonté politique.