Anastasia Fomitchova, docteure en sciences politiques, née à Kyiv mais ayant grandi en France, s’est engagée dans le corps des Hospitaliers comme infirmière de combat, en 2017, trois ans après l’annexion de la Crimée par la Russie. Son rôle : stabiliser et évacuer les blessés. Elle était alors postée dans le Donbass, à Avdiivka. En 2018 elle rentre en France pour continuer ses études. Mais en février 2022, après le déclenchement de l’invasion à grande échelle par les Russes, elle repart en Ukraine.
Dans ce récit poignant, Anastasia Fomitchova nous raconte son retour à Kyiv alors sous la menace des forces russes ayant pris pied autour de la capitale ukrainienne. C’est pour elle une évidence : elle doit mettre l’expérience acquise dans le Donbass au service de son pays. La peur est permanente, mais la volonté d’aider chevillée au corps aussi. Cette Volia qui sert de titre à l’ouvrage. Volia qui, en ukrainien, signifie tout autant volonté que liberté, et qui résume bien la détermination d’une femme et de tout un peuple face à l’invasion impérialiste russe.
Avec Fomitchova, c’est le récit de civils qui s’engagent sans rien connaître à l’art militaire qui nous est conté lorsqu’elle se remémore son service dans le Donbass en 2017/2018. C’est l’asymétrie des forces en présence, des mitraillettes contre des chars ; la formation sur le tas, les crimes de guerre russes quotidiens, contre les militaires et les civils. Dès 2014 et l’invasion de la Crimée et du Donbass, Fomitchova raconte, par son expérience de cette guerre larvée dans l’est du pays, le formidable engagement des Ukrainiens pour leur liberté et leur dignité, mais aussi les fractures au sein de la population générées par la propagande russe. Elle évoque les relations avec les civils non engagés, la vie à Kyiv et son semblant de normalité contrastant avec celle du front.

Table-ronde sur l’Ukraine à la Maison des Relations Internationales de Montpellier le 13 février 2026 : avec Anastasia Fomitchova (docteure en science politique, infirmière volontaire sur le front ukrainien, autrice du récit Volia, Ed. Grasset, 2025 / Prix André Malraux 2025), Alla Lazareva (rédactrice-en-chef adjointe et correspondante à Paris de The Ukrainian Week / Tyzhden, autrice de Les 5 clés de la résistance ukrainienne, Coll. Rebonds, Ed. Hémisphères, 2026), Lyudmyla Tsivka (présidente de l’association SOS Montpellier-Ukraine). Modération : Alain Guillemoles (journaliste au quotidien La Croix, auteur de Ukraine, le réveil d’une nation (Ed. Les petits matin, 2015). Organisation : Hémisphères Éditions
« Les changements qui s’opèrent quand on va à la guerre sont imperceptibles à l’œil nu. La difficulté vient de la combinaison de cette métamorphose intérieure avec le regard des autres qui pensent nous reconnaître ».
En tant que femme et civile, Anastasia Fomitchova, nom de guerre Janna, est dans une position particulière : rien ne la destinait à se retrouver sur une ligne de front. Elle témoigne ainsi des relations entre civils engagés volontaires et militaires, les blagues parfois misogynes, mais aussi l’admiration et le respect. Elle nous parle de la lutte, vitale, pour garder son humanité au cœur de la bestialité de la guerre, et de la cruauté apparemment sans limite de l’ennemi. Ce dernier accumule les crimes de guerre : utilisation d’armes chimiques, de bombes au phosphore qui brûle la peau jusqu’à l’os et dissout les poumons, enlèvements d’enfants, bombardements de zones résidentielles etc.
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Volia, lauréat du prix André Malraux 2025, témoigne sans concession de l’horreur des combats : les soldats aux membres arrachés, le sang partout, l’épuisement qui rend apathique, indifférent jusqu’à vous mettre en danger. Avec pour seule bouée de sauvetage l’humour noir, la camaraderie et la loyauté. Valeurs cardinales quand votre vie ne tient qu’à un fil. Fomitchova et son unité furent envoyés à Lyssytchansk, puis Bakhmout. L’enfer sur terre.

Et quand elle se retrouve à l’été 2022 au cœur des combats pour l’offensive qui libèrera Kherson et sa région, dans le Land Rover blindé financé par du crowdfunding sur les réseaux sociaux, nous vivons avec elle l’angoisse terrifiante des bombardements sur les tranchées, la certitude de ne pas s’en sortir, mais pour autant la sérénité d’avoir accompli son devoir et ne pas le regretter.
Anastasia Fomitchova sera rapatriée suite à une grave commotion cérébrale, et la perte consécutive de 30% de son audition.
Volia est un récit poignant, éclairant pour comprendre pleinement la réalité que vivent les Ukrainiens et particulièrement ceux qui ont revêtu l’uniforme. Un rappel essentiel sur le prix à payer pour défendre la liberté et la dignité.
Volia, Anastasia Fomitchova, éditions Grasset, 288 p. 22€


