Olga Vorozhbyt Rédactrice en chef adjointe du journal The Ukrainian Week/ Tyzhden

Comment le tir à l’arc renforce la confiance au sein des petites communautés

Société
15 octobre 2026, 08:06

Le tir à l’arc est devenu pour les vétérans ukrainiens un moyen de se reconstruire et de trouver dans le partage une source de bien-être

Petros est l’une des plus belles montagnes des Carpates ukrainiennes, mais en raison de son relief particulier, il n’est pas toujours facile de l’escalader. Lorsque Natalka Naida, une entrepreneuse d’Ivano-Frankivsk, accompagnée de ses amis artistes Natalka et Yarema Stetsyk, a cherché un nom pour son espace et son organisation, c’est précisément celui-ci qu’ils ont retenu. De plus, en roumain, « petros » signifie « pierre ». Et il semble que ce soit là un cas où le nom traduit à la perfection l’esprit de l’espace et de l’organisation.

« Les gens surmontent les pires épreuves »

Avant le déclenchement de la guerre à grande échelle, Natalka Naida menait activement ses activités commerciales : elle possédait son propre atelier de confection à Ivano-Frankivsk, et ses produits conquéraient les marchés étrangers. Dès le début de la guerre à grande échelle, elle s’est pleinement engagée dans le bénévolat. « Comme je disposais d’un atelier de confection, nous avons d’abord conçu et cousu des sacs de couchage pour les militaires. Pour cela, nous avons cherché des financements à l’étranger. Ensuite, nous avons fabriqué des tenues ignifugées pour l’aviation. Ce projet nous a pris beaucoup de temps », raconte-t-elle à Tyzhden.

Yurko Stetsyk dans l’espace « Petros — vétérans civils »

Près d’un des murs de l’espace « Petros — vétérans civils », situé sur le site de l’ancienne entreprise « Promprylad » d’Ivano-Frankivsk, se trouve la photo d’un jeune homme en uniforme militaire, une « kalach » à la main. Il s’agit de Yurko Stetsyk, le fils aîné de Natalka et Yarema Stetsyk. « C’est notre conseil de surveillance. C’est lui qui veille sur nous », explique Natalka Naida. L’histoire de Yurko Stetsyk est indissociable de celle de « Petros ». Avant le début de la guerre à grande échelle, le jeune homme travaillait dans l’usine de Natalka Naida et c’est de là qu’il est parti au combat dès le premier jour. Le 28 décembre 2022, le sous-lieutenant Yurko Stetsyk a livré son dernier combat.

« En janvier ou février 2023, la mère de Yurko, Natalka Stetsyk, a trouvé dans son carnet une phrase écrite de sa main : “Les gens sortent du plus épais”. Avec ses parents, nous avons décidé de nous faire des t-shirts avec cette inscription », raconte Natalka Naida. « Au départ, nous en avons fabriqué une série pour nous-mêmes, afin de perpétuer ainsi la mémoire de Yurko, mais les gens ont voulu les acheter. Nous nous sommes donc concertés et avons décidé de les commercialiser ».

La vente avait d’emblée un but caritatif. Comme les hôpitaux avaient demandé des vêtements adaptés pour les militaires blessés, pour chaque t-shirt acheté, l’atelier de Nataliia Naida confectionnait un ensemble de vêtements adaptés pour les blessés. C’est ainsi qu’elle a commencé à se rendre dans les hôpitaux et à discuter avec les militaires blessés.

Natalka Naida dans l’espace « Petros — vétérans civils »

« Il faut comprendre qu’à l’époque, c’était aussi la première fois que j’étais hospitalisée ; je me suis retrouvée dans une chambre où il y avait beaucoup de jeunes hommes amputés, et cela a été extrêmement difficile », avoue Natalka Naida. Pour elle, il est important que les vêtements confectionnés par son atelier soient confortables et de bonne qualité. Et comme, compte tenu des types de blessures et des méthodes de traitement, il fallait souvent tester différents modèles pour choisir les meilleurs et les plus confortables, une belle amitié s’est finalement nouée entre elle, les garçons, et les filles hospitalisés. « J’ai compris que certains d’entre eux étaient à l’hôpital depuis des mois, voire un an, et qu’il ne s’agissait pas d’un hôpital comme Unbroken ou Superhumans: il n’y avait pas beaucoup de divertissements. Or, l’hôpital est en réalité le point d’entrée dans la vie civile pour les militaires après une blessure. J’ai donc pensé que c’était le moment idéal pour jeter des ponts et instaurer de la confiance entre les personnes qui reviennent de la guerre, et les civils », raconte Natalka Naida.

Le jeudi sacré

Depuis lors, Natalka Naida et ses amis ont commencé à se rendre dans les hôpitaux accompagnés d’artisans. Les domaines abordés étaient variés, comme le travail du cuir ou la modélisation 3D : « Nous avons donc lancé une initiative. Tous les jeudis (que nous appelions le « jeudi sacré »), nous venions à l’hôpital, nous rassemblions les garçons et nous faisions quelque chose. On nous avait réservé une salle à cet effet. Au début, c’était très difficile, car le personnel médical était sceptique. On avait l’impression qu’ils se disaient : “Nous, on sauve des vies ici, et vous, vous risquez de faire du mal.” » Les militaires, quant à eux, se souviennent de ces rencontres comme des premiers moments de joie après leurs blessures. Un de ces jeudis, le tir à l’arc a fait son apparition, précédé d’une série de coïncidences, mais, comme l’a fait remarquer Natalka elle-même au début de notre conversation, « rien n’arrive par hasard ».

Photo de Natalka Naida : Entraînement près de l’hôpital d’Ivano-Frankivsk

Au début de l’invasion à grande échelle, Kateryna Dubrovina, médaillée d’argent aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, a quitté Kharkiv pour s’installer à Ivano-Frankivsk. C’est grâce à elle que le tir à l’arc olympique y a fait son apparition. Kateryna s’est mise à développer activement ce sport au sein de l’une des écoles de la réserve olympique de la ville. Un jour, en passant devant le stade, Natalka Naida aperçut l’athlète en plein entraînement.

Après avoir fait la connaissance de Kateryna, elle a commencé à se rendre à ses entraînements. « Lors d’une de ces séances, j’ai lui ai indiqué avant de partir : “Katya, je dois y aller, je dois apporter des vêtements adaptés à l’hôpital”. Et puis, je ne me souviens plus qui a dit quoi : elle précise dans toutes ses interviews que c’est moi, je dis que c’est elle… Mais bref, nous avons en tous cas décidé d’essayer le tir à l’arc à l’hôpital : apporter des cibles, des arcs et essayer d’amener les garçons à ces entraînements dans le cadre de nos jeudis. C’est ainsi que nous avons commencé », se souvient Natalka.

Kateryna Dubrovina lors des compétitions organisées par « Petros » dans la région de Dnipropetrovsk en septembre 2026.

Les séances avaient lieu tous les jeudis à l’hôpital ou, par beau temps, en plein air. Outre le tir proprement dit, les bénévoles apportaient des friandises, et ces rendez-vous hebdomadaires étaient devenus un moment que les militaires en convalescence attendaient avec impatience. Aujourd’hui, forte de plusieurs années d’expérience auprès des vétérans en convalescence, Natalka Naida affirme que ce sont en réalité les hôpitaux qui constituent le meilleur cadre pour initier les vétérans au sport. En effet, plus tard, lorsqu’ils rentrent chez eux après leur traitement, cela s’avère souvent plus difficile. Certains peuvent ne plus sortir de chez eux, et le sport devient alors une source à la fois de bien-être et d’une meilleure convalescence.

Vétérans civils

« Promprylad » était l’une des plus grandes entreprises d’Ivano-Frankivsk à l’époque de l’URSS. Cependant, l’histoire des installations de production situées précisément à cet endroit remonte à plus d’un siècle. Aujourd’hui, il s’agit d’un complexe réhabilité. L’espace « Petros » côtoie ici des cafés, une librairie, des bureaux et des espaces artistiques, où se déroulent souvent des concerts et d’autres événements grand public.

À l’époque où cet espace n’existait pas encore, alors qu’elle rendait visite à des vétérans à l’hôpital, Natalka a un jour décidé de les emmener à un concert de ce genre. « Des jeunes du Sud, de l’Est et du Nord de l’Ukraine viennent se faire soigner chez nous. Et je me souviens de leur réaction face à « Promprylad ». C’est vraiment un lieu hors du commun, tant sur le plan architectural que par son caractère novateur. Il donne le sentiment que l’avenir existe… En plus, tout y est accessible. On peut circuler partout en fauteuil roulant, les toilettes sont adaptées à tous. Je me suis donc dit que ce serait génial de les amener ici de temps en temps », explique la bénévole.

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De plus, selon elle, ce type d’échange a également un impact sur les civils. « C’est là que j’ai compris : c’est bien d’aller à l’hôpital, mais les jeunes blessés n’ont aucun contact avec les civils, et inversement », raconte Natalka. Or, c’est précisément cette interaction qui, selon elle, jette les bases de la confiance entre les gens au sein de la société, et cette confiance doit être construite. « D’après mon expérience, les gens ne parviennent pas à se rassembler spontanément, mais grâce à une activité commune — un entraînement, un atelier —, ils commencent à communiquer, à interagir, à nouer des liens d’amitié et à mieux se comprendre », estime-t-elle.

C’est à ce moment-là qu’est née l’idée de l’espace « Petros » à « Promprylad » : « Nous avons délibérément évité de l’appeler un espace dédié aux vétérans. Il s’agit d’un espace d’interaction entre militaires, vétérans et civils. Nous avons compris qu’il fallait instaurer cette confiance et offrir aux gens des lieux où ils peuvent échanger. En effet, les civils ne sont pas très enclins à se rendre dans les hôpitaux, et il n’est pas toujours possible d’amener les soldats ici ».

Photo d’Olga Vorozhbyt : Salle de sport inclusive du « Club de combat » de l’espace « Vétérans civils Petros ».

Plus de deux ans se sont écoulés depuis la création de cet espace. Aujourd’hui, des rencontres y sont organisées régulièrement, comme les ateliers du mardi où les vétérans hospitalisés sont amenés à « Petros ». Il y a également le « Club de combat », une salle de sport inclusive dotée de tout le nécessaire, où les anciens combattants comme les civils peuvent s’entraîner. L’espace accueille des événements très variés, à condition qu’ils favorisent la collaboration entre anciens combattants, militaires et civils.

« X10 »

Ivan Roman s’est engagé dans l’armée dès 2014. Originaire de Mykolaïv, il a choisi de servir au sein de la 79e brigade de Tavrie. C’est vers cette même brigade qu’il est retourné en 2022, après le début de l’invasion à grande échelle.

Le 21 janvier 2024, un drone russe a touché la voiture dans laquelle se trouvait le soldat. À la suite de cet impact, Ivan a perdu un bras et une jambe, et a également perdu presque entièrement la vue. Nous nous entretenons avec le vétéran Ivan Roman à Lviv, dans les locaux du club de tir à l’arc inclusif « X10 », qu’il a ouvert dans cette ville au début de cette année avec son épouse, Larisa Vasyliuk.

Photo d’Olga Vorozhbyt : Ivan Roman et Larisa Vasyliuk lors d’un entraînement au club inclusif « X10 » à Lviv.

Ivan s’est mis au tir à l’arc alors qu’il était encore hospitalisé à Ivano-Frankivsk, grâce précisément à l’initiative de Natalka Naida et de Kateryna Dubrovina. « Les garçons me disaient : “Viens avec nous, on te présentera nos copines. On discutera un peu, on prendra un café”. Et elles venaient avec des friandises et du café. Et je me disais que le tir à l’arc, c’était une bonne chose. J’aimerais bien essayer, mais comment ? Il faut au moins deux mains », raconte Ivan à Tyzhden en se souvenant comment Kateryna Dubrovina lui avait proposé de tirer : « Vers la fin de la séance, Kateryna s’est approchée de moi et m’a dit : “Ivan, tu ne veux pas tirer ?”. Au début, j’ai été surpris et je lui ai répondu : “Comment tu t’imagines ça ? C’est une blague, ou quoi ?”. Elle me dit que non, qu’on allait bien essayer ».

C’est alors que Kateryna a dit à Ivan une phrase toute simple : « Rien n’est impossible », justement les mots, selon Ivan, qu’il cite désormais le plus souvent. Car c’est exactement ce qui s’est passé. « Nous nous sommes approchés au plus près de la cible, à environ deux ou trois mètres, pour que je puisse au moins voir cette cible et ses couleurs, et c’est ainsi que nous avons commencé. Kateryna m’a dit : « Je serai ton autre main. » Elle m’aidait : elle chargeait les flèches, tendait la corde, tandis que je me contentais de tenir l’arc et, sous ses instructions, je visais à droite, à gauche, vers le haut, vers le bas », raconte Ivan Roman.

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Finalement, l’une des flèches a atteint « la cible en plein centre ». « Et voilà. C’est comme ça que je suis tombé amoureux de ce sport, et il ne me lâche toujours pas », ajoute-t-il. Après une grave blessure et de nombreuses opérations, ce furent les premières émotions positives que cet homme ressentit ; il a donc commencé à s’entraîner de plus en plus activement. Une séance par semaine à l’hôpital ne lui suffisant pas, il a donc commencé, avec un camarade, à se rendre de l’hôpital au stade de Kateryna pour s’entraîner. Constatant l’enthousiasme d’Ivan, Natalka Naida a lancé une collecte de fonds afin de lui offrir un arc personnel.

« En fait, c’est ce qui m’a définitivement donné l’envie de continuer le tir à l’arc. Peut-être que sans ce cadeau, avec tous ces allers-retours dans différents hôpitaux, je n’aurais pas continué à pratiquer ce sport », raconte Ivan en se souvenant que, lorsqu’il était en traitement au service de chirurgie de Lviv, sa femme et lui traversaient toute la ville pour aller s’entraîner. À l’époque, il devait encore convaincre les médecins de l’autoriser à assister aux entraînements.

Aujourd’hui, il est champion d’Ukraine dans sa catégorie, fait partie de la réserve de l’équipe paralympique et tente, par l’exemple, d’inciter ses camarades vétérans à pratiquer un sport. Quelques jours avant notre rencontre, Ivan et Larisa sont revenus d’Ivano-Frankivsk, où ils avaient participé à un stage intensif d’une journée consacré au réglage de l’arc olympique dans l’espace « Petros ». La formation était animée par le champion olympique Viktor Ruban.

« Pour ce stage à Ivano-Frankivsk, nous avons également emmené une vétérane qui s’entraîne avec nous et se prépare progressivement aux compétitions. Nous avons apporté son arc, et c’est Viktor Ruban qui l’a réglé. Il l’a observée tirer après le réglage. Et ainsi de suite pour chacun », raconte Larysa. Tout au long de son traitement et de sa rééducation, elle se tient aux côtés de son mari, l’aide à s’entraîner, mais encadre également d’autres membres du club de tir.

Le couple a réussi à concrétiser son rêve de créer un club grâce à une formation spéciale destinée aux anciens combattants, dispensée par le centre Unbroken. À l’issue de cette formation, ils ont postulé à une subvention d’une organisation non gouvernementale et l’ont obtenue. Cela leur a permis d’acheter du matériel pour le club. La municipalité de Lviv a accepté de financer le loyer pendant un an. Ivan Roman et Larisa Vasyliuk sont également diplômés de l’École des instructeurs « Petros » — un projet né de séances hebdomadaires de tir à l’arc organisées pour les anciens combattants dans les hôpitaux.

École des moniteurs

Ce n’est pas un hasard si le tir à l’arc est devenu un élément si important dans le rétablissement d’Ivan et de nombreux anciens combattants. En effet, les Jeux paralympiques ont pour « précurseur » les compétitions de tir à l’arc organisées dès 1948 par le neurochirurgien Ludwig Guttmann, auprès d’anciens combattants atteints de lésions médullaires dans le village britannique de Stoke Mandeville. Le docteur Guttmann était convaincu que le sport pouvait jouer un rôle important tant dans le rétablissement physique, que dans la réadaptation émotionnelle des anciens combattants. En 1973, avec un collègue, il a même publié un article à ce sujet dans la revue Nature.

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Natalka Naida a également découvert les bienfaits du tir à l’arc sur les anciens combattants en convalescence après leurs blessures, une fois que l’initiative des séances du jeudi à l’hôpital pour anciens combattants s’est transformée en un projet de plus grande envergure. L’un de ses volets a été l’École des instructeurs : une formation spéciale mise au point par l’équipe de « Petros » et ses partenaires, afin que les anciens combattants puissent enseigner ce sport tant à leurs camarades qu’aux civils, et créer leurs propres groupes. « Il s’avère qu’après la Seconde Guerre mondiale, le tir à l’arc était également utilisé pour la rééducation des militaires blessés en Pologne et en Allemagne. Nous ne le savions pas lorsque nous avons commencé, car nous faisions simplement ce qui nous plaisait », raconte Natalka Naida.

Le 10 mai 2025, la première promotion de l’École des formateurs « Petros » a pris fin. Sur les 24 vétérans qui s’étaient inscrits à la formation, 19 y ont participé et 9 ont créé leurs propres antennes. En septembre 2026, la troisième édition de l’École des instructeurs s’est achevée, et ces sections sont désormais au nombre de 24. Elles sont actives dans les régions d’Ivano-Frankivsk, de Mykolaïv, de Dnipropetrovsk, de Kherson, de Tchernihiv et de Kirovohrad.

Photo fournie par l’équipe « Petros — vétérans civils » : Rencontre de la communauté « Petros » avec le champion olympique Viktor Ruban.

Comme l’explique Natalka Naida, la première formation d’instructeurs a duré trois mois et demi ; les vétérans des communes de la région d’Ivano-Frankivsk se rendaient sur place deux fois par semaine. Ils ont appris non seulement le tir à l’arc, mais aussi les outils nécessaires au bon fonctionnement des groupes créés : comment communiquer avec la communauté, où trouver des financements, comment gérer les réseaux sociaux, comment interagir avec les entreprises et rédiger des lettres de soutien. Certains bénéficiaient déjà, pendant la formation, du soutien des maires locaux, et à l’issue de celle-ci, ils ont été embauchés dans des établissements municipaux ou des écoles de sport.

Les « Apaches » de Kalush

Marian Svitlychny, un vétéran originaire de Kalush, est l’un des participants et anciens élèves de la première École d’instructeurs. Son parcours dans le tir à l’arc est quelque peu différent de celui d’Ivan. Marian Svitlychny s’est engagé dans l’armée en tant que volontaire dès le début de l’invasion à grande échelle. Il a servi dans les rangs de la 81e brigade aéroportée indépendante de Slobozhanshchyna. Il a mené des missions de combat dans la région de Luhansk, où, le 9 mai 2023, il a été blessé à deux reprises, dont une fois gravement. Son traitement a duré environ un an. Alors qu’il était encore en convalescence, Marian a commencé à participer à diverses compétitions.

C’est lors de la compétition « La volonté de vivre » à Kolomyia qu’il a découvert le tir à l’arc et fait la connaissance de la championne olympique Kateryna Dubrovina. « Environ deux mois après cette rencontre, ils sont venus organiser une compétition à Kalush, et c’est là que j’ai remporté la première place chez les amateurs. C’était la deuxième fois de ma vie que je tenais un arc », se souvient Mar’yan Svitlychny. Plus tard, il a intégré l’école d’instructeurs « Petros », où il a de nouveau croisé Kateryna Dubrovina et pu faire plus ample connaissance avec elle. À la fin de sa formation, il a reçu du matériel avec lequel il est rentré dans sa ville natale. Là-bas, il a commencé à animer des ateliers pour les vétérans et a finalement fondé son propre club de tir, « Apache ».

Photo provenant de la page Facebook d’Andriy Naida, maire de Kalush : Marian Svitlychny lors d’un événement caritatif à Kalush.

« Je m’occupe désormais, à Kalush, de l’adaptation des vétérans à la vie civile. Une fois par semaine, je me rends à l’hôpital pour y travailler. Là-bas, je passe quelques heures avec les militaires. Ensuite, je me rends dans les centres de rééducation « 4.5.0 » et « Dzherelo » », raconte-t-il à Tyzhden. Un peu plus d’un an après la première École des instructeurs, Marian Svitlychny a également fondé sa propre association, et la pétanque est venue s’ajouter au tir à l’arc olympique. « C’est un sport prometteur, car il convient à tout le monde. Le tir à l’arc n’est pas toujours facile à maîtriser », estime Marian. Récemment, il est revenu avec son équipe d’une compétition de pétanque à Oujhorod, à laquelle ont participé des joueurs non seulement d’Ukraine, mais aussi de Slovaquie, du Danemark et d’autres pays. Mar’yan participe également à l’encadrement des nouveaux participants à l’École des moniteurs.

Pour de nombreuses communautés, ce sont précisément ces centres, créés par les diplômés de l’École des instructeurs « Petros », qui deviennent des lieux où les vétérans, les civils et les militaires peuvent se rencontrer. Les enfants viennent aussi souvent aux entraînements, car dans certaines communautés, ces centres constituent pratiquement le seul espace dédié à des loisirs collectifs. Il s’agit souvent d’enfants de militaires, et certains d’entre eux ont perdu des proches à la guerre. C’est pourquoi l’un des prochains projets que « Petros » prévoit de lancer est une formation des instructeurs à la communication avec les enfants des héros tombés au combat.

Photo fournie par l’équipe « Petros — vétérans civils : »Compétition dans la région de Dnipropetrovsk, septembre 2026.

En septembre dernier, à l’issue de l’École des moniteurs dans la région de Dnipropetrovsk, l’équipe de « Petros » a organisé un festival de sports adaptés avec la participation de représentants non seulement des communes de cette région, mais aussi de celles de Tchernihiv, Kherson et Mykolaïv. De tels événements constituent un élément important du processus de reconstruction, et offrent une occasion de se changer les idées aux communautés qui vivent dans une tension permanente en raison de la guerre menée par la Russie et des attaques de l’ennemi.

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« Pour moi, la plus grande souffrance, c’est quand nous perdons des gens à l’arrière. Quand ils sont déjà rentrés chez eux, qu’ils ont traversé tout cet enfer, surtout après avoir été blessés, mais que nous les perdons parce qu’ils se mettent à boire, à se droguer, à s’enfermer chez eux », raconte Natalka Naida.

Le sport et la vie associative sont justement ce qui redonne de l’énergie aux anciens combattants, tandis que les communautés y trouvent une occasion de se rencontrer et d’échanger.

Photo fournie par l’équipe « Petros — vétérans civils » : Festival des sports adaptés dans la région de Dnipropetrovsk.

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Du sommet du Petros s’offre l’une des plus belles vues sur les Carpates ukrainiennes. On peut y admirer toute la chaîne des Tchornogory, ainsi que tous les sommets ukrainiens de plus de 2 000 mètres d’altitude ; le randonneur est donc largement récompensé pour cette ascension difficile. Natalka Naida et l’équipe « Vétérans civils du Petros » se sont attaqués à l’un des aspects les plus complexes de la reconstruction de notre société, et même les résultats intermédiaires de leur travail ressemblent beaucoup au sentiment d’un randonneur qui a enfin atteint un sommet important.