Alla Lazaréva Rédactrice en chef adjointe, correspondente à Paris du journal Tyzhden

Sans Yermak, Zelensky vient à Paris pour la 10ème fois

Politique
30 novembre 2025, 17:19

Orban va voir Poutine, le polonais Navrotsky annule sa visite à Budapest, prévue pour le 1er décembre, tandis que Zelensky prévoit d’être à Paris ce lundi. Certes, le dirigeant ukrainien a déjà rencontré Macron il y a une semaine à peine, mais peu importe. Les événements évoluent actuellement si rapidement que les entretiens en face à face avec son allié préféré ne sont plus un luxe.

« Cette visite intervient après la dernière réunion de la Coalition des Volontaires du 25 novembre dernier et la visite du Président ukrainien en France, le 17 novembre 2025, qui a permis d’acter un renforcement de la coopération entre la France et l’Ukraine en matière de défense », annonce l’Elysée. Les médias ukrainiens précisent qu’au départ, seule la première dame devait se rendre à Paris pour l’ouverture de la saison ukrainienne en France. Ce n’est que vendredi soir, après l’annonce de la démission du chef de cabinet du président, Andriy Yermak, qu’il a été indiqué qu’Olena Zelenska accompagnerait son mari.

La destitution de cet influent fonctionnaire fait l’objet de nombreux commentaires dans les médias ukrainiens. Selon leurs préférences, les analystes se réjouissent et promettent un renouveau politique, ou bien crient à la catastrophe car « personne d’autre que Yermak ne possède une telle expérience en matière de négociations et un carnet d’adresses aussi fourni ».

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Pendant que les Ukrainiens se disputent à en perdre la voix, essayons de comprendre ce que signifie cette démission pour la situation politique en Ukraine et la diplomatie de Kyiv.

« La démission de Yermak marque la fin d’une époque, celle du monopole du pouvoir en Ukraine. En conséquence, l’ensemble du système de pouvoir va changer, et cela ne concernera pas uniquement le cabinet du Président. La perte du contrôle politique du président sur le parlement sera inévitable, ce qui entraînera un changement dans la majorité parlementaire, jusqu’au remplacement du président du parlement. Cela aura bien sûr également un impact sur la composition du gouvernement », estime le politologue Serhiy Taran.

Un retour à une vie politique, malgré la guerre ? Est-ce possible ? Disons-le ainsi : c’est une hypothèse réaliste, même si cela ne devrait pas se produire dans les prochaines semaines. Andriy Yermak n’était pas seulement le responsable de l’agenda présidentiel, mais aussi le gardien qui décidait de « l’accès au corps », c’est-à-dire de la possibilité d’entrer en contact direct avec le président. Les Ukrainiens ne l’aimaient pas beaucoup pour сe monopole qu’il a conservait jalousement, comme ils n’aimaient pas également les chefs des administrations présidentielles qui ont officié avant lui.

Dans le passé, le pays s’indignait comme un seul homme contre le hautain Dmytro Tabachnik et il détestait le sinistre Viktor Medvedtchouk sous la présidence de Leonid Koutchma. Il se méfiait du pro-russe Serhiy Liovochkine sous Victor Ianoukovitch et se méfiait de distant Borys Lozhkine, dans l’administration du Petro Porochenko. Et ce n’est pas tant parce que chaque président ukrainien, comme par enchantement, nommait à la tête de son cabinet une personnalité polémique.

Le système du pouvoir ukrainien est encore aujourd’hui structuré de telle manière que le chef du bureau devient de facto le deuxième homme de l’État, avec des pouvoirs très étendus qui ne sont pas définis par la loi. En d’autres termes, en plus du leader élu, à chaque élection présidentielle nous avons en surcharge une « surprise » : un chef de l’administration présidentielle pour lequel personne n’a voté, mais qui exerce une influence tangible et puissante sur les événements dans le pays. Faut-il préciser qu’en temps de guerre existentielle, il est très important pour le pouvoir de compter sur celui qui représente l’État sur la scène internationale et de pouvoir révoquer légalement un leader qui aurait perdu la confiance du peuple ?

Évoquons tout de même une bonne nouvelle : l’Ukraine a une opportunité de reconstruire son système gouvernemental. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Volodymyr Ogryzko, appelle à adopter au plus vite une loi sur la présidence, qui définit enfin les pouvoirs de son chef. Pour que le pays tout entier puisse ignorer le nom du fonctionnaire qui dirigera le cabinet du président. Pour que le pouvoir exécutif devienne fonctionnel et transparent, sans un « ministre de tout », comme l’étaient Yermak et ses prédécesseurs.

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Le deuxième sujet important qui fait l’objet de vifs débats est le renforcement probable du rôle du Parlement et la limitation des pouvoirs présidentiels. Oui, en Ukraine, pendant la guerre, les débats politiques sont vifs. Est-ce sans danger ? Peut-être, si la censure est strictement appliquée à certaines questions militaires et de sécurité.

Quant à Yermak, il a déjà annoncé qu’il partait au front. De nombreuses structures militaires ont immédiatement réagi en lui proposant très sérieusement de rejoindre leurs rangs. Et pour cause. L’armée manque de personnel, et une nouvelle recrue avec un tel carnet d’adresses et d’autres possibilités ne peut qu’être utile. Au moins, le régiment qui l’accueillera est sûr de ne jamais manquer d’obus…

Le président Zelensky, lui, arrive demain à Paris. Sans Yermak cette fois, mais avec son épouse. Espérons qu’il s’en sortira. Après presque quatre ans de guerre totale, il a également développé un vaste réseau de contacts et acquis une expérience précieuse. Macron soutient activement l’Ukraine, tant par ses paroles que par ses actes. Soit dit en passant, peu de Français connaissent le nom du chef de son administration. Ceci n’empêche pas la France de disposer d’une diplomatie influente et d’une économie puissante.