A la veille des commémorations de la 4eme année de guerre à grande échelle menée par la Russie contre l’Ukraine, une marche en soutien à la résistance ukrainienne, en solidarité avec le peuple ukrainien, s’est tenue ce samedi 21 février 2026 à Paris.
A l’initiative de l’Union des Ukrainiens de France, à l’appel d’organisations ukrainiennes, mais aussi d’associations d’aide aux civils Ukrainiens qui œuvrent pour certaines depuis 4 ans. Le 24 février 2022, sur cette même place de la République, s’était déroulé un rassemblement jusque tard dans la nuit, alors que les troupes russes tentaient de prendre jusqu’à la capitale de l’Ukraine, Kyiv, et d’étendre leurs plans de destruction de l’Ukraine sous couvert « d’opération spéciale », appellation aussi glaçante que grotesque.

Photo : Aline Le Bail-Kremer
En vain. Les Russes pensaient détruire l’Ukraine libre et indépendante en quelques jours. 1460 jours plus tard, malgré les souffrances, la sauvagerie des crimes russes, les deuils impossibles, et cette impression épuisante décrite par le président Ukrainien, de jours et nuits sans fin, l’Ukraine, tient. Debout. Digne. Toujours libre. La résistance Ukrainienne continue de se battre. Et dans le froid de ce 5ème hiver de guerre à grande échelle (+8), militarisé par Moscou comme énième épreuve russe contre les villes et les civils déjà plongés sous les bombardements incessants, l’Ukraine poursuit le combat pour libérer ses terres et tous ses enfants.

Photo : Nathalie Chrin
Depuis 4 ans, des marches ont aussi lieu, à travers le monde et bien sûr à Paris, toutes les semaines, à l’appel de la diaspora et d’un noyau dur de fidèles. Samedi dernier, une mobilisation plus large que d’habitude était attendue et plusieurs milliers de personnes, dont beaucoup de marcheurs de la première heure, étaient à nouveau réunis. Émus, en colère, vindicatifs, virulents, tendres, bouleversés, silencieux ou lyriques, tous étaient unis par une solidarité indéfectible envers l’Ukraine.
Parmi eux, Nicolas Tenzer, philosophe, essayiste et enseignant, a laissé s’exprimer une amertume froide et cinglante : « Nous n’aurions jamais dû être ici après 4 ans. Ou plutôt 12 ans. C’est absolument insupportable. Je veux dire par là qu’il est parfaitement évident que nous, les Européens, aurions dû agir depuis longtemps. Je veux dire qu’il y a quelque chose d’absolument indécent dans le fait que nous n’ayons pas tout fait pour arrêter l’agression russe. Et nous savons très bien qu’on ne l’arrêtera pas par des moyens diplomatiques, mais seulement par des moyens militaires. Je suis donc présent, comme tous les ans, pour dire qu’il faut agir, maintenant ! ».
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Armand, grand photographe, a également répondu présent, comme depuis les premiers grands rassemblements de 2022 : « Je soutiens l’Ukraine. Toujours. Et je prends évidemment quelques photos ».

Photo : Nathalie Chrin
Des drapeaux ukrainiens à foison, mais également polonais, lithuaniens, géorgiens, français, sont visibles, et de même aussi, iraniens et leurs lions, particulièrement en nombre cette année. L’un de ces porteurs de « lions », Shauhin, nous dit : « Nous sommes là pour soutenir l’Ukraine, victime de la dictature russe. Comme les Iranien sont tués dans la rue par une autre dictature. Nous soutenons les Ukrainiens dans leur combat pour préserver leur démocratie. Nous cherchons, nous en Iran, une alternative à la république islamique. Récemment, Reza Pahlavi, le fils du Shah d’Iran, a rencontré Volodymyr Zelensky à Munich. Il faut se soutenir les uns les autres. Et c’est ce que nous faisons aujourd’hui. Pour un monde meilleur, une vie meilleure ». Shauhin précise, fier, la signification de son prénom perse : « faucon royal ».

Photo : Aline Le Bail-Kremer
« Poutine Poutine, massacre et assassine », entend-on parmi les slogans repris par la foule.
Un père et sa fille, Margot, une adolescente d’une quinzaine d’années viennent d’arriver. Elle prend la parole la première, à la barbe de son père, à notre “micro” :
« J’espère apporter du courage à tous les habitants en Ukraine, à tout le peuple ukrainien. Dîtes-leur qu’on les embrasse. En France, on est là pour eux, et on les soutiendra et avec tout notre amour, on espère les aider », lance-t-elle d’une traite. « Je ne peux rien ajouter de mieux à ce que vient de dire ma fille », complète Hervé, son père, avec un sourire, et le regard, éperdus de tendresse à l’endroit de cette dernière.

Un peu plus loin, Stéphanie, bien connue des « services », et sa véritable bande de filles hyperactives sur les réseaux sociaux qu’elles repeignent inlassablement en jaune et bleu sous pseudo depuis 4 ans, est venue, « comme tous les ans soutenir l’Ukraine » : « Et comme tous les jours. On ne la soutient pas que le 24 février, on la soutient 365 jours sur 365. On aide comme on peut, à envoyer des sous, que ce soit pour les générateurs, l’aide médicale ou l’armée. On fait ce qu’on peut, avec nos moyens, et puis on essaye aussi de dire à nos voisins que l’Ukraine est toujours là, qu’elle tient bon, qu’il ne faut pas l’oublier même s’il y a beaucoup d’activités géopolitiques internationales qui essaient de l’écraser… Mais on est là, et on ne lâche rien ».
Sa compagne rebondit : « Je suis là parce que je ressens beaucoup d’injustice, de colère, de tristesse. Ça fait trop longtemps que ça dure, je pense aux enfants déportés, je pense à toutes les souffrances endurées par les Ukrainiens. Je pense à ce pays qui lutte, et j’espère de tout cœur que nous ferons tout pour qu’enfin (enfin !), il puisse retrouver son entière souveraineté. C’est ce que l’on souhaite vraiment, de tout cœur, pour nous, pour les enfants, pour les générations futures, pour l’Ukraine, pour l’Europe. Et puis pour le monde entier même. C’est un combat vraiment prioritaire ».
Le député européen Raphaël Glucksmann, a pris la parole au début de ce cortège, juste avant qu’il ne s’élance de la Place de la République jusqu’à celle de la Bastille. Debout, sur un bloc de béton, il tonne et questionne : « Depuis quatre ans, les Ukrainiens nous donnent une leçon de courage et de dévotion à la liberté. Depuis quatre ans, ils résistent à l’invasion totale déclenchée par Vladimir Poutine et depuis quatre ans, les occidentaux hésitent et tergiversent. Nous sommes ici rassemblés, pour dire de manière claire aux dirigeants de l’Europe démocratique que le moment est venu d’arrêter de tergiverser, d’arrêter d’hésiter et de donner enfin à la résistance Ukrainienne les moyens suffisants pour défaire la machine de guerre de Vladimir Poutine.
Pourquoi au bout de quatre longues années les missiles Taurus ne sont-ils toujours pas livrés par le gouvernement allemand ? Pourquoi au bout de quatre années de résistance, les avoirs publics russes, les 210 milliards russes présents en Europe et gelés, ne sont-ils toujours pas saisis ? Pourquoi n’y a-t-il toujours pas de sanctions contre Rosatom et le nucléaire russe ? Pourquoi nous continuons à contribuer à la machine de guerre russe ? (…) C’est notre sécurité et c’est notre liberté qui se jouent actuellement en Ukraine (…) L’Europe doit se dresser, être fidèle aux idéaux qu’elle prétend défendre, être fidèle aussi aux intérêts de ses populations. L’Europe doit se dresser et être la voix de la résistance contre l’autoritarisme, de la résistance contre la dictature, de la résistance contre Poutine, et contre Trump ».

Photo : Aline Le Bail-Kremer
A l’arrivée, sous l’égide si symbolique de la colonne Bastille, près de la scène où d’autres officiels prendront la parole devant la foule et sur laquelle plusieurs artistes feront vibrer des classiques du répertoire musical ukrainien, une jeune femme iranienne porte le portrait de Volodymyr Zelensky en étendard, souligné d’une citation du président Ukrainien prononcée lors de la dernière conférence sur la sécurité de Munich : « Si le régime (islamiste ) survit, cela envoie un message clair à tous les tyrans : “tuez suffisamment de gens et vous resterez au pouvoir” ». Elle explique : « Nous, peuple d’Iran, cherchons la paix avec tous les pays, contrairement aux membres du gouvernement de la république islamique. Ils sont aussi la source des tensions dans la région. Nous affirmons notre solidarité avec le peuple Ukrainien et notre désir de coexistence pacifique ».

Photo : Nathalie Chrin
L’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire d’Ukraine en France, Vadym Omelchenko, entame sur la scène une adresse forte de la résistance ukrainienne à l’assemblée de la Bastille, en Ukrainien : « Les fascistes russes, pardon d’employer ce mot, ne cachent pas leurs intentions. Dans leurs échanges avec les politiques américains et européens, ils avouent que ce qui les satisferait, ce serait encore cinq à six semaines durant lesquelles ils détruiraient toutes les infrastructures énergétiques pour laisser les Ukrainiens dans le froid, sans électricité, dans des conditions insupportables, pour les amener, pensent-ils, à se rebeller, rejeter le pouvoir ukrainien et monter une révolution (…) Des idiots, ils étaient. Des idiots, ils restent. Ils pensent pouvoir nous mettre à genoux. Cela ne se produira jamais ». Il transmet également les résultats phénoménaux, porteurs de beaucoup d’espoir, de l’armée ukrainienne de ces derniers jours : « Sur certaines parties du front, très importantes et stratégiques, nos soldats mènent une contre-attaque. Ce n’est pas par hasard. Je vous assure que vous entendrez d’autres bonnes nouvelles très bientôt ».
Sur cette même scène, se tiennent plusieurs drapeaux d’unités de combat des forces de défense de l’Ukraine. Les drapeaux de la victoire.
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Au bas de l’estrade, Martine, citoyenne française, écoute et nous dit : « Je suis là parce que, depuis le début de l’invasion, je trouve que tout est scandaleux. Je me dis : « Et si c’était nous ? Est-ce que l’on réagirait un peu plus ? » Je me mets à la place des Ukrainiens, je souffre pour eux. Pourtant, je n’ai aucune attache en Ukraine, mais mon cœur est parti là-bas. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que c’est un peuple si combattant, si inspirant ».

Photo : Aline Le Bail-Kremer
Jean-Marc Germain, député européen, prend la parole, pour affirmer, dit-il, la conviction européenne quant aux avoirs gelés russes qui devront financer la reconstruction de l’Ukraine : « Cette reconstruction devra être payée par la Russie, et tant que ce ne sera pas le cas, ces avoirs russes devront rester gelés. L’Europe a les moyens, et toutes les cartes en main. Alors il est temps, chers amis, de répondre à l’appel de l’Histoire. Une première étape a été franchie la semaine dernière au Parlement européen. D’autres devront suivre et notamment celle qui doit fixer une date claire pour l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Et cette date, pour nous, elle est claire : cela doit être avant les prochaines élections européennes qui se tiendront en juin 2029, afin qu’au Parlement européen, nous ayons une délégation de parlementaires qui viendront d’Ukraine. Car l’avenir de l’Ukraine est européen et notre avenir de peuple libre européen se joue sur le front russe en Ukraine. Slava Ukraini ! »

Photo : Aline Le Bail-Kremer
L’un des artisans de l’évènement, Volodymyr Kogutyak, Vice-président du Congrès mondial des Ukrainiens et de l’Union des Ukrainiens de France semble serein, autant que faire se peut en de telles circonstances : « Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, des ukrainiens bien évidemment, mais aussi des amis de l’Ukraine, des Géorgiens, des Iraniens, et des personnalités qui ont fait le déplacement : des personnalités politiques, des ambassadeurs, des associations et tous ensemble, nous sommes venus aujourd’hui à l’occasion de ce triste quatrième anniversaire de la guerre russe sur l’ensemble du territoire ukrainien pour parler de plusieurs choses. Tout d’abord, des enfants Ukrainiens.
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Je rappelle ces chiffres tragiques : 1 600 000 enfants demeurent dans les territoires provisoirement occupés et en Russie, ont été kidnappés. Ensuite, pour parler de la fermeture du ciel ukrainien contre le terrorisme russe. Mais nous sommes toujours très contents de voir cette belle et grande mobilisation alors que la guerre à grande échelle se poursuit depuis quatre ans. Et nous le rappelons encore : au tout début, les Russes disaient qu’en deux semaines, il n’y aurait plus d’Ukraine, qu’au bout de trois semaines, plus personne ne parlerait de l’Ukraine. Quatre ans plus tard, nous sommes toujours là, nous sommes toujours mobilisés pour l’Ukraine, pour l’Europe, et pour la fin de cette guerre. Merci ».


