Array ( [0] => WP_Post Object ( [ID] => 3381 [post_author] => 6 [post_date] => 2023-03-27 10:57:50 [post_date_gmt] => 2023-03-27 10:57:50 [post_content] => l y a un an, la bataille pour le village de Mostchoun et la défense de Brovary sont devenues l'une des opérations décisives de la part des défenseurs ukrainiens, grâce auxquelles les envahisseurs russes n'ont pas réussi à capturer Kyiv. La 72ème brigade portant le nom des Zaporogues noirs, qui continue aujourd'hui à combattre sur une autre partie importante de la ligne de front, s'est fait un nom au cours de ces batailles. Cette unité a déjà une histoire aux multiples facettes, qui s'enrichit aujourd'hui de nouvelles pages héroïques. Général soviétique « non conventionnel » L'histoire de la 72ème brigade est assez composée de plusieurs strates successives : on y trouve l' « héritage soviétique » : son numéro d’unité combattante mais aussi les traditions nationales, le nom honorifique, la participation à la guerre en 2014-2021 et même diverses appellations non-officielles, tels que Bila Tserkva (Litt. «Eglise blanche», ville de l’oblast de Kyiv -ndlr), qui font référence à un lieu de leur déploiement. L'ère soviétique de la 72ème division est inextricablement liée à la personnalité de son organisateur et, en fait, le seul commandant pendant la Seconde Guerre mondiale : Anatoly Lossev (1906-1970). C'était un général soviétique tout à fait atypique qui fut deux fois expulsé des rangs du parti communiste. Il était originaire de Kyiv et de racines ukrainiennes. En 1928, Lossev obtient le diplôme de l'école d'artillerie de Kyiv, ou plutôt du département « batterie » où la langue de commandement était l'ukrainien, pour un service ultérieur dans les troupes dites nationales de l'Armée rouge. Ces dernières étaient composées de résidents locaux et la langue de commandement était partiellement ukrainienne. En octobre 1942, alors qu'Anatoly Lossev n'avait que 36 ans, il fut nommé à la tête de ce qu’il restait de la 29ème division de fusiliers, qui subit d'énormes pertes et mena de lourdes batailles sanglantes près de Stalingrad. Le 1er mars 1943, la division, dirigée par Lossev, est réorganisée en 72ème division de la garde pour ses mérites exceptionnels dans les batailles près de Stalingrad. Puis la division a participé à la bataille de Koursk, à l'offensive Belgorod-Kharkiv, au « forcing » du fleuve Dnipro, à la libération de Kirovohrad (aujourd'hui Kropyvnytsky), puis à la campagne de Moldavie, de Hongrie et d'Autriche. Général Anatoly Lossev (1906 - 1970) Lors de la prise de Dnipro, de nombreux renforts ukrainiens ont afflué dans la division et, à l'avenir, il s'agissait principalement d'une unité ukrainienne. Le général Anatoly Lossev a reçu l'étoile de héros de l'Union soviétique pour avoir opéré le forcing du Dnipro. En outre, pour la libération de la ville de Krasnograd, dans la région de Kharkiv, la division a reçu le nom honorifique de Krasnograd. À la fin de la guerre, le général a été nommé commandant du corps des fusiliers, qui comprenait la 72ème division de la Garde, et c'est lui qui l’a conduit à Bila Tserkva. Dans l'après-guerre, la carrière militaire d'Anatoly Lossev a connu des ratés : malgré son talent militaire incontestable et sa bravoure personnelle, il ne correspondait pas à l'image classique d'un général soviétique. Comme tous les commandants de l'Armée rouge, Lossev fut accepté comme membre du parti communiste. Mais en 1941, il a été exclu du parti et n'a été réintégré qu'en 1945 : un fait inouï pour un général et un héros de l'Union soviétique. En 1947, il fut à nouveau exclu du parti : pour avoir acheté une maison « hors d'usage » et pour avoir tenu des « propos hostiles au parti ». En 1955, le général a été nommé professeur du département militaire de l'Université de Kyiv Taras Chevtchenko, et en janvier 1956 (à l'âge de 49 ans), il fut licencié de l'armée, en vertu de l'article « pour débauche ». Oui, le général aimait les femmes, et elles lui rendaient souvent la pareille, ce que les hauts fonctionnaires ne pouvaient tout simplement pas supporter. Il est intéressant de noter qu'Anatoly Lossev s'est ensuite mis à peindre et qu'il a même été pendant un certain temps le chef adjoint de l'Union régionale des artistes de Kyiv. Quant à la 72ème division de la garde de Krasnohrad, elle était considérée dans les années 1950 et 1980 comme une unité d'élite du district militaire de Kyiv : aucun défilé militaire dans la capitale de la République Socialiste Soviétique d'Ukraine n'était complet sans elle. Parallèlement, de nombreux officiers et sous-officiers de la division ont pris part à la guerre en Afghanistan où ils étaient souvent chargés de déployer et de renforcer les unités mécanisées. Pendant la période d'indépendance de l'Ukraine, la 72ème division a progressivement « disparu », tant en termes de numéro d’identification que de nom. Les anciens équipements militaires ont été désarmés et éliminés, les forces armées ont été réduites, et finalement, en 2002, tous les régiments mécanisés de la division ont été dissous, et la division elle-même a été réorganisée pour devenir la 72ème brigade mécanisée. Au cours des années 1990/2000, la division, et plus tard la brigade, étaient officieusement connues parmi les militaires sous le nom de division Bila Tserkva, d'après sa localisation, et des dizaines de milliers de jeunes hommes de Kyiv et d'autres régions d'Ukraine ont servi dans ses rangs. Un régiment de chars (nom soviétique : 292ème régiment de la bannière rouge des gardes de Novgorod, Bohdan Khmelnytsky, Alexandre Nevski et de l'Étoile rouge) placé sous les ordres du major général Roman Koutouzov (1969-2022) a également survécu à l'ancienne 72ème division. C'est à partir de ce régiment qu'a été créée en 1997 la 1ère brigade de chars ukrainienne, qui défend elle aussi héroïquement l'Ukraine contre l'invasion russe. La brigade « noire » Au début de l'année 2014, la 72ème brigade spéciale mécanisée, comme d'autres unités des forces armées ukrainiennes, comptait à peine quelques centaines d'officiers et de contractuels. La plupart des armes et des équipements militaires étaient désuets, n'avaient pas été utilisés depuis longtemps et étaient stockés dans des entrepôts. Après leur mise hors service, il s'est avéré que la plupart de ces armes (principalement des véhicules de combat d'infanterie et des chars) étaient dans un état technique déplorable et étaient pratiquement inutilisables. Le 8 mars 2014, la brigade a été mise en alerte. Le groupe tactique du 1er bataillon a été créé à partir du personnel disponible et envoyé sur le terrain d'entraînement de Jytomyr. Le 16 mars, le 1er groupe tactique de bataillon s'est dirigé vers l'est : quatre jours plus tard, le personnel et l'équipement militaire ont été déchargés à la gare de Kamych-Zoria dans la région de Zaporijjia. La 72ème brigade a été chargée de prendre le contrôle d'une partie de la frontière entre l'Ukraine et la Russie dans les régions de Donetsk et de Louhansk. Cependant la brigade a rapidement dû faire face à un ennemi, à savoir les troupes régulières russes. Malheureusement, à ce moment-là, la 72ème brigade n'était pas prête à assurer des missions de combat. Néanmoins, de nombreux officiers et soldats de la brigade ont montré des exemples de courage et la volonté de se sacrifier pour l'Ukraine. Le 9 mai 2014, les soldats de la 72ème brigade se sont battus à Marioupol contre des forces russes et des collabos qui ont pris d'assaut le bâtiment du département de la police de la ville. Un « blindé volant » surmonte une barricade séparatiste à Marioupol, 9 mai 2014 Pendant les événements de Marioupol, la 72ème brigade a été appelée la brigade noire. Cette dénomination non officielle a été utilisée par les soldats, la presse et même par les ennemis. C'est ce qui a influencé plus tard la décision du personnel de la brigade de choisir le nom de Zaporogues noirs. La 72ème brigade et d'autres unités des forces armées ukrainiennes destinées à protéger le sud des régions de Donetsk et de Louhansk n'étaient pas suffisantes pour contrôler une zone aussi vaste. Par conséquent, à la fin du mois de juillet, elles étaient toutes encerclées. Unités de la 72ème brigade après avoir brisé l'encerclement dans le sud de la région de Donetsk, 10.08.2014 Début septembre 2014, après que la 72ème brigade a été restaurée et a reçu de nouvelles armes, elle est retournée dans la zone des combats, dans la région de Volnovakha, prenant des positions de Granitne à Olhynka. Au cours des années suivantes, cette zone, ainsi que le territoire autour d'Avdiivka, est devenue le « fief » de la 72ème brigade mécanisée : c'est là que l'unité a été constamment déployée pendant le conflit armé de 2015-2021. Soldats de la 72ème brigade à l'aéroport de Donetsk. Au centre, Dmytro Hryhorenko, 21 ans, décédé des suites de ses blessures lors de la défense de l'aéroport de Donetsk, 17 juillet 2014. Une page héroïque de l'histoire de la brigade a été écrite lors de la bataille dans la zone industrielle d'Avdiivka du 29 janvier au 3 février 2017, qui a abouti à la capture de la position ennemie d'Almaz. Au cours de ces batailles, l'initiateur et le commandant de l'attaque sur Almaz, le capitaine Andriy Kyzylo (Orel : l’aigle, son nom de guerre), âgé de 23 ans, a été tué. Le jeune homme a été désigné Héros de l'Ukraine à titre posthume, et la position fortifiée de l'Almaz qui a été capturée a été renommée Orel en sa mémoire. Capitaine Andriy Kyzylo, héros de l'Ukraine Le 23 août 2017, à l'occasion de la fête de l'indépendance de l'Ukraine, le président ukrainien Petro Porochenko a publié un décret visant à établir un certain nombre de nouveaux noms honorifiques pour des unités militaires. La 72ème brigade spéciale mécanisée a notamment été baptisée en l'honneur des Zaporogues noirs. Le symbole de la brigade (dessin d'un insigne de manche ) est une recréation moderne des traditions historiques. Au centre de l'insigne se trouve un crâne blanc qui, comme l'indique la référence, « dans l'héraldique et le symbolisme, il y a deux significations opposées à la fois. Le crâne est à la fois un symbole de mort et un symbole de résistance à la mort. Pour les unités militaires, le crâne est traditionnellement un rappel de la vie et de la transformation ». Le crâne (tête de mort) avait aussi été utilisé dans la symbolique de l’ancien régiment de cavalerie des Zaporogues noirs en 1918-1923. Il figurait notamment sur le drapeau du régiment, comme le montrent les mémoires du commandant de la batterie d'artillerie des Zaporogues noirs : « Nous nous alignons sur le drapeau du régiment, qui représente un squelette d'un côté et le Trident avec une inscription "l'Ukraine ou la mort" de l'autre ». Insigne de la 72ème brigade dénommée Les Zaporogues noirs Traditions des Zaporogues noirs Historiquement, le régiment de cavalerie des Zaporogues noirs est la formation armée la plus célèbre de l'armée de la République populaire ukrainienne, qui existait en 1918-1923. Il différait des autres unités de l'armée de la République en termes de courage de nombre et d’uniformes. Probablement, la description la plus complète et la plus impartiale du régiment a été donnée par le commandant de l'armée ukrainienne en 1920, Mykhailo Omelianovych-Pavlenko : « Rarement une unité de l'armée pouvait s'enorgueillir de posséder des trophées de bataille aussi importants que les Noirs : des dizaines de canons de gros et de petits calibres, des centaines de mitrailleuses, des milliers de prisonniers, sans parler des wagons. Nulle part ailleurs, il n'y eut plus de morts et de blessés au combat que chez les Chorny (les Noirs). Le colonel Dyachenko lui-même a été blessé plus d'une fois. Tout le monde se souvient de l'entrée du colonel Dyachenko blessé et de trois cosaques blessés à Stanislaviv ; toute la ville admirait cette honorable procession : les blessés, pipes aux dents, allongés sur des brancards, étaient magnifiques, et l'escorte de cosaques en costume national typique avec de puissantes franges (toupets sur la tête) avec la couleur générale des combattants qui venaient de quitter le champ de bataille, était encore plus belle. Je me souviens des récits des médecins et des infirmières de Stanislaviv qui s'étonnaient de la résistance inouïe des Noirs : ‘Nous n'avions jamais vu de tels hommes de fer’, m'a dit la sœur ». Le régiment des Zaporogues noirs avait été créé à Jytomyr le 11 février 1918, d'abord comme une petite unité de reconnaissance attachée à l'un des kouregns (bataillons) de la brigade de Zaporijjia, l'unité la plus performante de la Rada centrale, c’est-à-dire le Parlement révolutionnaire de l'Ukraine à cette époque. Ces premiers cavaliers ont participé aux batailles contre les Bolcheviks russes pour la libération de l'Ukraine dans la région de Jytomyr, sur la rivière Irpin près de Kyiv, ils ont libéré Poltava, Kharkiv, Oleksandrivsk (aujourd'hui Zaporijjia), Marioupol, et même la Crimée. Au cours de ces batailles, l'unité s’est muée en une centaine de cavaliers. Le 3 mai 1918, cette centaine fut déplacée dans la ville de Svatova Loutchka, dans la province de Voronej, pour surveiller la frontière avec la Russie soviétique. À partir de la fin septembre 1918, le régiment défendit la frontière de l'État dans l'oblast de Tchernihiv, où elle prit une part active aux batailles contre les unités partisanes russo-bolcheviques. Le régiment des Zaporogues noirs est devenu largement connu parmi les citoyens et les soldats de la République populaire ukrainienne lors de l'offensive contre l'Armée rouge en juillet-août 1919. À cette époque, l'armée de la République s'est concentrée sur une petite parcelle de terrain près de la rivière Zbroutch, entourée d'ennemis de tous côtés. Deux officiers du régiment de cavalerie des cosaques noirs parmi les membres de leur famille, 1919 Des batailles épuisantes se déroulèrent ensuite sur deux fronts : celui de la Russie rouge et celui de la Russie blanche. Finalement, une partie de l'armée de la République populaire ukrainienne, prête au combat, passa derrière les lignes des gardes blancs, puis des rouges, et mena la première campagne d'hiver, qui dura six mois (6 décembre 1919/6 mai 1920). L'armée victorieuse s'allia à ses nouveaux alliés, les troupes polonaises, qui luttèrent pour l'indépendance de leur patrie contre la Russie soviétique. L'armée ukrainienne occupa l'extrême droite du front polonais à Podillia. À l'occasion de la fin de la campagne et de la réunification avec les alliés polonais, un défilé solennel eut lieu, filmé à l'époque. Viktor Dyachenko, centurion du 1er régiment de cavalerie des Zaporogues noirs, portant l'un iniforme de son unité, avec des insignes miniatures sur ses bretelles - une tête de mort et des tibias La guerre contre les Bolcheviks russes, qui ont commencé à recruter massivement dans leurs rangs des gardes blancs capturés, a vidé la Pologne de son sang. Elle fut contrainte de signer un traité de paix avec Moscou. Au même moment, les États baltes, Lituanie, Lettonie et Estonie, acquirent leur indépendance vis-à-vis de la Russie. Malheureusement, le prix à payer fut que les Alliés durent retirer leur soutien à l'Ukraine. L'armée de la République populaire ukrainienne s'est retrouvée face à l'ensemble de l'Armée rouge. À l'issue des batailles héroïques et sanglantes qui se déroulèrent du 10 au 21 novembre 1920, les troupes ukrainiennes furent contraintes de se retirer sur le territoire occupé par les Polonais. Le régiment de cavalerie des Zaporogues noirs fut aussi interné en Pologne. Les militaires de cette unité furent engagés à travailler à Varsovie à diverses tâches d’intérêt public : ils participèrent ainsi à l'aménagement des rues de la ville, des parcs, etc. L'unité fut finalement dissoute en 1923. Néanmoins, près d'un siècle plus tard, la tradition de cette formation militaire de la République populaire ukrainienne a été restaurée. Au total, 169 soldats de la 72ème brigade mécanisée portant le nom des Zaporogues noirs sont morts entre 2014 et 2021. La guerre totale déclenché par l'armée russe en février 2022 a frappé la 72ème brigade sur son lieu de déploiement à Bila Tserkva. Après l'attaque interventionniste sur Kyiv, des parties de la brigade sont revenues à la défense de la capitale. La guerre continue, et les nouveaux Zaporogues noirs auront encore beaucoup d'offensives réussies, de victoires et, malheureusement, de pertes devant eux. [post_title] => La 72ème Brigade spéciale mécanisée dénommée Les Zaporogues noirs : la tradition ukrainienne du combat [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => closed [ping_status] => closed [post_password] => [post_name] => la-72eme-brigade-speciale-mecanisee-denommee-les-zaporogues-noirs-la-tradition-ukrainienne-du-combat [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2023-03-27 10:57:50 [post_modified_gmt] => 2023-03-27 10:57:50 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://tyzhden.fr/?p=3381 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw ) [1] => WP_Post Object ( [ID] => 1160 [post_author] => 4 [post_date] => 2022-10-18 12:48:08 [post_date_gmt] => 2022-10-18 12:48:08 [post_content] => Comment, il y a cent ans, l’armée de la République populaire ukrainienne, avec les Polonais, a défendu la ville de Zamość contre les soldats de Siemon Boudenny et a sauvé Varsovie La défense de la forteresse de Zamość, attaquée par la première armée de cavalerie rouge de Boudenny, est devenu emblématique de l’histoire polonaise: les pointes des épées et les sabres de cavaliers rouges visaient le cœur de la Pologne – la ville de Varsovie. L’échec les a contraints à renoncer à ses plans pour encourager une conflit mondiale ou soi-disant une «révolution mondiale» de Lénine. La première armée de cavalerie de Boudenny a été délocalisée du Caucase du Nord vers l’Ukraine à la fin du mois de mai 1920 pour renforcer le camp soviétique du Sud-Ouest contre les forces polonaises et l’armée de la République populaire ukrainienne. C’est à cause de l’avancée de la première armée de cavalerie rouge que les forces alliées (polonaises et ukrainiennes) ont été forcées d’abandonner Kyiv dans la nuit du 8 au 9 juin 1920. Cette fois, l’attaque des Rouges visait les villes de Jytomyr et de Berdytchiv (au nord de l’Ukraine). Ils ont réussi à prendre Jytomyr, mais à Berdytchiv, ils ont rencontré une résistance farouche des unités ukrainiennes. C’était la 6e brigade de réserve du colonel Gnat Porokhivsky. Les forces en présence étaient inégales. Ainsi, une division entière des Rouges – la 11e division de cavalerie, qui rassemblait 3000 soldats, n’a pu surmonter la résistance acharnée des militaires ukrainiens et d’un groupe de soldats polonais. Après avoir pénétré dans Berdytchiv par Jytomyr, les cavaliers soviétiques ont rencontré la résistance d’un avant-poste ukrainien accompagné de tirs d’appui. La supériorité quantitative n’a pas donné un grand avantage aux soldats rouges, car les rues de la ville étaient étroites, ainsi ils ont été obligés de descendre de leurs chevaux. Pendant ce temps, les officiers et les militaires ukrainiens, qui étaient dans la ville, ont rejoint le groupe. Peu à peu, sous la pression des Rouges, ils s’enfuyaient sur «Lysa gora» (le Mont Chauve). Là-bas, les forces principales de la 6e brigade de réserve ont été basées dans des casernes. La batterie ukrainienne a ouvert le feu sur les soldats de l’armée rouge qui attaquaient, et la bataille s’est engagée entre les adversaires. Le commandant de la brigade Ignat Porokhivsky a décrit le déroulement comme suit: «Le bataillon d’officiers, cette perle de l’armée ukrainienne, totalement conscients de leur dignité et de leur devoir, s’est avancée calmement et résolument vers la ville pour manœuvrer vers l’arrière en groupes et chasser l’ennemi de la ville. Leur action a été au-delà de toute louange. Ukrainiens conscients, militaires expérimentés, ils ont surmonté les obstacles qui leur barraient la route. Leur offensive était si décisive et courageuse que les Moscovites n’ont pas eu le temps de causer des dommages aux personnes». Bien que l’avancée de la première armée de cavalerie ait été contrée, la situation générale sur le front sud-ouest n’a pas été une réussite pour les forces ukrainiennes et polonaises. Ils ont persévéré vers la Galicie (région historique et géographique du sud-ouest de l’Ukraine et du sud-est de la Pologne – ndlr). Les soldats soviétiques ont suivi. D’abord, la première armée de cavalerie de Boudenny a combattu en Volhynie et s’est tournée vers Lviv à la fin du mois de juillet.

De Lublin à Varsovie

Il est intéressant de noter qu'en raison de la stratégie militaire générale et de la direction de l'offensive de la première armée de cavalerie, un malentendu est apparu entre Lénine et un membre du Conseil militaire révolutionnaire du front du Sud-Ouest, Staline. Lénine a exigé de renforcer le front occidental soviétique qui avançait sur Varsovie et après la conquête, comme le voulait le chef du prolétariat mondial, ils se dirigeaient vers Berlin. A l’époque, les feux de leur propre révolution brûlaient encore en Allemagne, à partir desquels Lénine espérait allumer un «feu mondial». Joseph Staline, ainsi que Siemon Boudenny et Kliment Voroshilov, membre du Conseil militaire de l’armée, ont été en désaccord avec la stratégie de Lénine. Ils étaient persuadés qu’après la prise de Lviv par la première armée de cavalerie, ils pourraient former deux divisions soviétiques galiciennes à partir de la population ukrainienne locale en cinq à sept jours. Ils ont été encouragés par le fait qu’en quelques jours, dans l’ouest de l’Ukraine, plusieurs bataillons avaient déjà été formés à partir de volontaires locaux. Les bolcheviks ont réussi à exploiter à leur avantage les contradictions nationales entre les Polonais et les Ukrainiens de l’ouest. Le 16 août 1920, la première armée de cavalerie s’est lancée à l’assaut des fortifications que les Polonais ont établies autour de Lviv, et ce jour-là, les forces polonaises lançaient une contre-offensive contre le front occidentale soviétique au nord. Les Rouges n'ont pas réussi à prendre Lviv dans la précipitation. Staline et Budenny pensaient que la prise de Lviv était une question de jours. Mais Lénine exige catégoriquement d'envoyer la première armée de cavalerie dans un raid au nord pour frapper les troupes polonaises par le flanc et percer vers Lublin, puis - avec de la chance – vers Varsovie. Plus tard, le chef d’état-major de la première armée de cavalerie, Leonid Kliuyev, s’est excusé de l’échec du raid et expliquait: «La cavalerie était sur l’arrière de l’ennemi pour la deuxième fois sur le front polonais, mais il y avait une grande différence entre l’avancée de mai (vers Jytomyr et Berdytchiv) et en août. Là, le front ennemi a été percé, et là, l’armée s’est retrouvée au milieu d’unités ennemies qui avançaient. L’adversaire était bien équipé en matériel et en munitions. De plus, les pluies continues des 30 et 31 août ont rendu toute la zone boisée et marécageuse infranchissable à cause de la boue. Le raid de l’armée a été mené dans le feu de l’orage ce qui avait rendu les manœuvres de l’armée plus difficiles. L’armée a utilisé presque toutes ses munitions dans les combats. Des escadrons d’avions ont opéré contre l’ennemi, bombardant les unités de cavalerie avec des bombes et tirant à la mitrailleuse».

Le rééquilibrage du pouvoir

Avec les chemins effacés et l’absence de communications alternatives, la route qui passait par Zamość vers Lublin était la seule possible. Les premiers soldats de Budenny sont apparus au pied de la forteresse le 28 août, mais la force principale, la 6e division de cavalerie, qui comportait 5.500 sabres, est parue dans la nuit du 29 au 30 du mois d’août. Le reste de leurs troupes a fait le tour de la forteresse. Les forces de défense de Zamość ont été alors formées de diverses unités polonaises, des combattants du groupe «Balachowicz», les militaires de l’armée de Stanislaw Bulak-Balachowicz, composés de gardes blancs et des partisans biélorusses, et des unités de la 6e division de l’armée de la République populaire ukrainienne. Nombre total de défenseurs était plus de 3.000 baïonnettes, 350 sabres, 11 canons et 3 trains blindé. Les troupes ukrainiennes à Zamość ont été formées de quartier général de la 6ème division, le 6ème baraquement technique de trois cents hommes et cent cavaliers. Les forces principales de la division se trouvaient à proximité des villes de Krasnostav et Grubieszew au nord de Zamość, où elles préparaient la deuxième ligne de défense. Le 6e détachement technique de l’armée de la République populaire ukrainienne a joué un rôle de premier plan dans les événements. Voici ce que se rappelle leur chef, le célèbre peintre Mikola Bitinsky: «En quatre jours incomplets, du 25 au 28 août, l’équipe de démineur avait érigé une ligne de fil tactique et supplémentaire, en certains endroits de 3 à 4 rangées. Derrière eux, ils ont construit une chaîne de points de nidification solides avec des petites fenêtres avantageusement placées, à partir desquelles, il était possible d’effectuer l’enfilade de mitrailleuses et de fusils. Un tel système de fortifications en tranchées, ainsi qu’une solide ligne de barrières en fil de fer achevée à temps, s’est avérée brillante lors des batailles. Presque toute la population locale a travaillé sur les fortifications – de 3.000 à 5.000 personnes par jour, dirigées par des sous-officiers et de cosaques du 6e détachement technique. Ce n’est que vers la fin de ces travaux, alors que le cercle de défense était presque terminé, qu’une petite équipe polonaise de démineurs est arrivée pour aider». Juste avant les combats avec les soldats de Budenny, deux canons de la 6e division d’infanterie, dirigés par le commandant d’une centaine de soldats, Viktor Filipowicz, ont réussi à entrer dans la forteresse. L’un des soldats d'unité «Balachowicz» l’a décrit comme suit: «Nos forces à étaient modestes, alors, tout le monde s’est réjoui en apprenant que le centurion Filipowicz avait fait une percée sous Izbica avec deux canons et qu’il avançait vers Zamość... à Izbica, il a été rejoint par un patrouille bolchevique (environ 60-80 cavaliers). Il voulait s’enfuir, car les chevaux de la batterie étaient magnifiques, mais les bolcheviks l’ont rattrapé. Sans réfléchir longtemps, Filipowicz a arrangé la batterie et a commencé à tirer de plus près. Les Rouges ont reculé et la batterie a continué son chemin. Le déplacement a pris environ huit heures, ils avançaient, en tirant en arrière, mais finalement, ils ont atteint Zamość avec succès».

Une résistance imprévue

La première attaque de la première armée de cavalerie rouge, à cheval, a eu lieu dans la soirée du 29 août 1920. Mais les cavaliers sont soudain tombés sur une ligne de barrières bien faite, que les chevaux n’ont pas pu franchir. La cavalerie soviétique à rapidement reculé sous les tirs. Dans la nuit du 29 au 30 août, les Rouges ont tenté de prendre la ville sans leurs chevaux. Ils ont été immobilisés par des tirs de mitrailleuse et des fusillades de canon. De longues lignes de Rouges se sont restés devant les barrières et ont tenté d’attaquer à nouveau le matin, mais ils avaient de nouveau le même résultat. L’artillerie et les trains blindés se sont joigne à la bataille. Il y en avait trois de la part des défenseurs de Zamość (deux polonais et un, de «Balachowicz», plus tard, il a été transféré à l’armée de la République populaire ukrainienne). Les Rouges ont été soutenue par deux «tortues sur roues». A la fin de la journée, deux trains polonais et deux bolcheviques ont été neutralisés. L’artillerie soviétique, bien plus nombreuse que les défenseurs, frappait les tranchées où se trouvait l’infanterie. Parmi eux se trouvaient les gens indécis, les défenseurs devaient désarmer un groupe de «Balachowicz». Parmi les troupes polonaises était un bataillon d’étape (de réserve). Il était composé de jeunes soldats qui avaient commencé à paniquer. Leurs troupes ont été renforcées par des militaires du 6e détachement technique de l’armée de la République populaire ukrainienne. Dans l’après-midi, le 30 août, un avion polonais a survolé Zamość. Un paquet contenant des informations a été déposé, où il était dit que l’aide approchait la ville de plusieurs endroits. Cela a beaucoup encouragé les défenseurs. Dans la nuit du 30 au 31 août ils ont réalisé deux sorties contre les Rouges, qui restaient près de fil de barrière. Le commandement soviétique devenait conscient qu’avec la cavalerie, sans les renforts des autres formations du front du Sud-Ouest, il n’y avait aucun moyen d’avancer. Et l’arrivée de l’aide polonaise mènera à l’encerclement de la première armée de cavalerie. La 6e division de cavalerie a commencé à se retirer des alentours de Zamość. Selon les mémoires: «Enfin, à partir de midi le 31 août, toutes les attaques ennemies ont commencé à faiblir sensiblement. Les rangs ennemis se sont retirés des positions de combat, se sont retournés et ont disparu dans les forêts et les villages de banlieue environnants, où ils avaient probablement des positions initiales et des points d’accumulation. Après quelques heures, les dernières brigades d’exécution (les troupes qui suivaient les forces principales et tuaient ceux qui voulaient s’échapper – ndlr) ont quitté le champ de bataille. La canonnade et les tirs des tranchées ont cessé. Et puis encore, plus tard, vers le soir d’une journée de combats acharnés, la cavalerie rouge a commencé à se déplacer avec le bruit dans les forêts et sur les horizons des champs». Le 31 août, la cavalerie polonaise près de Komarowcie a croisé une partie des Rouges. C’était une brillante bataille de cavalerie, avec des divisions entières dans un combat à l’épée. C’était comme à l’époque de Napoléon. Les Rouges ont perdu... Dès lors, la retraite complète a commencé. La première armée de cavalerie était démoralisée par la défaite – pour la première fois de son histoire, ils ne parvenaient pas à vaincre la résistance ennemie et étaient rejetés. Ils ont fait ressortir de la frustration en population locale, en particulier sur la population juive, traversant la Volhynie comme une tornade et volant et violant les habitants des villes juives pauvres. Les Rouges ont également poursuivi leur désordre en tout genre près de Jytomyr et Berdychiv, où ils se trouvaient pendant la réorganisation à la mi-septembre. Ce n’est qu’après l’envoi de ces soldats sur le front Sud, contre les forces de la Garde Blanche de Wrangel que la population juive locale soupirait de soulagement. Selon les rapports de Budenny et Voroshilov au Kremlin pour le 26 août au 1er septembre 1920: «La cavalerie pendant le raid de cinq jours dans les conditions décrites et la persistance jusqu’alors inconnue de l’ennemi qui essayer d’encercler et de détruire l’armée, a subi de lourdes pertes parmi le commandement, les soldats de l’Armée rouge, les chevaux et du matériel. En raison des batailles incessantes et des déplacements sous des pluies sur les routes boueuses, les soldats et les chevaux de l’armée sont épuisés et nécessitent de longues périodes de repos pour réapprovisionner les unités en matériel de lutte et la reconstitution des ressources». 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Author: Yaroslav Tynchenko