La première formation militaire de l’Ukraine moderne a vu le jour en 1917. Aujourd’hui, l’Ukraine redécouvre son existence. L’historien Yaroslav Tynchenko, spécialiste d’histoire militaire, nous raconte l’histoire de ce régiment et de son drapeau, qui se confond avec l’histoire de la nation ukrainienne.
En 2017, pour le centenaire de la révolution ukrainienne, le défilé militaire lors de la fête de l’indépendance a été solennellement ouvert par un groupe portant le drapeau du 1er régiment cosaque ukrainien Bohdan Khmelnytsky. Plus précisément, с’était une réplique de bonne qualité. Heureusement, dans les archives, on a réussi à trouver des photos du recto et du verso du drapeau du régiment. Aujourd’hui, il est conservé au Musée national d’histoire militaire de l’Ukraine.
Le 1er régiment cosaque ukrainien Bohdan Khmelnytsky a été la première formation militaire de l’Ukraine. Il a d’abord été composé de troupes de la Rada centrale, puis de l’Armée de la République populaire ukrainienne. Il a été créé en mars 1917 à l’initiative des membres du Club militaire ukrainien ayant pris le nom du hetman Pavlo Polubotok (1660 — 29 décembre 1724).
Les membres du club ont convaincu les recrues de poser comme condition aux autorités russes qu’elles ne partiraient au front de la Première Guerre mondiale qu’en tant qu’unité militaire ukrainienne distincte. Le 1er avril (19 mars selon l’ancien calendrier), à Kyiv, le drapeau du futur régiment a été béni. Le régiment fut envoyé au front en août 1917. Auparavant, le 24 juillet, un défilé eut lieu à Kiev et le régiment reçut un deuxième drapeau en cadeau.

Les militaires du régiment présentent le recto du drapeau, place Sainte-Sophie, 24 juillet 1917
La presse kyivienne de l’époque a conservé une description détaillée du défilé du 1er régiment cosaque ukrainien. « Le 24 juillet, le régiment nommé en hommage au hetman Bohdan Khmelnytsky a reçu l’ordre de se mettre immédiatement en position. À cinq heures de l’après-midi, le 25 juillet, les gens ont commencé à se rassembler sur la place Sainte-Sophie, près du monument à Bohdan Khmelnytsky. La cavalerie s’est mise en formation et s’est alignée devant la cathédrale.
À droite de la cavalerie, Bohdan Khmelnytsky observait depuis un haut rocher. Il se tenait debout et regardait les arrière-petits-enfants des cosaques qui étaient venus le voir en ces moments difficiles pour lui jurer qu’ils mourraient pour la liberté de l’Ukraine… À six heures, les cloches de la cathédrale Sainte-Sophie se mirent à sonner. Le clergé sortit de la cathédrale, avec à sa tête l’évêque Dmitri Umansky… L’évêque a aspergé les bannières d’eau bénite, puis est revenu vers les soldats avec ce discours : « Tout comme une mère envoie ses enfants pour un long voyage, nous vous envoyons, cosaques, le cœur lourd, au combat. Nous ne sommes pas heureux de vous dire adieu, mais les tristes événements sur le front vous appellent à partir pour défendre l’Ukraine contre ses ennemis. Que ces bannières sacrées vous rappellent vos devoirs dans les jours difficiles de la lutte contre l’ennemi ; qu’elles soutiennent toujours votre esprit cosaque »…
Après tous les discours, un ordre a été donné et tous les cosaques ont pris leurs fusils pour se mettre au garde à vous. La musique a joué « L’Ukraine n’est pas encore morte » [l’hymne de l’Ukraine moderne – ndlr]. À la fin du défilé, le régiment a rendu hommage aux membres du Comité général et du Conseil central, puis s’est mis en marche en rangs serrés vers ses casernes, afin de se lancer dès le lendemain matin dans la lutte pour un avenir meilleur pour le peuple ukrainien ».

Le major Oleksiy Salivon avec une réplique du drapeau au même endroit, sur la place Sainte-Sophie à Kyiv, août 2025.
Comme on peut le voir sur les photos, le recto du drapeau comporte le portrait de Bohdan Khmelnytsky (d’après une gravure de V. Gondius, contemporain du hetman) ainsi que l’inscription du nom du régiment. Au verso figurent une croix, un croissant de lune et des étoiles à six branches (symbole des différentes religions existant en Ukraine).

Les militaires du régiment présentent le recto du drapeau, place Sainte-Sophie, 24 juillet 1917

Le revers du drapeau. Sous le drapeau, on devine les contours de la cathédrale Saint-Michel-au-Dôme-d’Or.
Jusqu’en 1924, ce drapeau appartenait à l’armée de la République populaire ukrainienne et était utilisé lors de cérémonies officielles. À deux reprises, les cosaques l’ont sauvé de leurs ennemis, l’ont caché, puis l’ont rendu à l’armée.
De 1924 à 1945, le drapeau du 1er régiment cosaque ukrainien Bohdan Khmelnytsky, ainsi que plusieurs autres reliques militaires similaires, ont été conservés au Musée de la lutte pour la libération de l’Ukraine à Prague. En 1945, toutes ces reliques ont été saisies par les troupes soviétiques. Des documents ont été conservés, selon lesquels ce drapeau, ainsi qu’un autre — celui du régiment de Zaporijia de 1917 — devaient être transférés au Musée historique d’État de la RSS d’Ukraine (aujourd’hui Musée national d’histoire de l’Ukraine) en 1946-1947. Mais en 1947, seul un drapeau est arrivé au musée, celui du régiment de Zaporijia, qui y est actuellement exposé. On ne sait toujours pas où se trouve le drapeau des Bogdanovistes.
Ces derniers jours, avec les employés du Musée national d’histoire militaire de l’Ukraine, qui servent actuellement dans les rangs des forces armées, nous avons décidé de réaliser une nouvelle reconstitution. Nous avons fait une séance photo avec le drapeau sur la place Bohdan Khmelnytsky, exactement à l’endroit où le drapeau original avait été photographié en 1917. C’est précisément à partir de ces photos qu’une minutieuse reconstitution a été réalisée en 2000.


