L’Ukrainien soupçonné d’avoir fait sauter le Nord Stream reste en détention en Pologne

Politique
6 octobre 2025, 18:40

Arrêté en Pologne, Volodymyr Zh., un instructeur de plongée ukrainien, est réclamé par la justice allemande. Varsovie n’a pas encore décidé de son extradition, mais le maintient en prison.

Ce lundi 6 octobre, le tribunal de Varsovie a prolongé la détention provisoire de l’Ukrainien Volodymyr Zh., accusé par le parquet allemand d’avoir fait sauter les gazoducs « Nord Stream 1 » et « Nord Stream 2 » en 2022.

La justice allemande demande son extradition mais la Pologne n’a pas encore statué sur cette demande. Le média polonais Onet News cite les propos de l’avocat du détenu : « La décision de prolonger la détention provisoire de M. Volodymyr Zh. n’a malheureusement pas été une surprise pour nous ».

L’avocat a également qualifié les actions des autorités judiciaires polonaises de « très conservatrices ». « Il s’agit d’une situation dans laquelle le système judiciaire est confronté au problème de l’équilibre entre les droits de l’homme et les pressions extérieures », a déclaré l’avocat dans un communiqué.

Volodymyr Zh. a été arrêté en Pologne le 30 septembre. Selon l’enquête allemande, cet instructeur de plongée, en septembre 2022, s’est rendu en mer Baltique à bord d’un yacht depuis Rostock, puis a plongé et installé des charges explosives sur un pipeline sous-marin.

Le 26 septembre 2022, trois explosions se sont produites sur les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2, qui traversent le fond de la mer Baltique entre la Russie et l’Allemagne, provoquant des fuites de gaz massives. Seul l’un des quatre conduits est resté intact.

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La Russie estime que les États-Unis et leurs alliés ont intérêt à ces explosions. Les médias occidentaux et russes ont avancé différentes hypothèses, évoquant un acte de sabotage commis par les Russes eux-mêmes ou bien avec l’implication de l’Ukraine. Le président Volodymyr Zelensky a nié toute responsabilité de l’Ukraine.

L’Allemagne enquête sur le rôle de l’ancien commandant en chef des forces armées ukrainiennes Valery Zaloujny dans sabotage, selon le journal américain selon le journal américain The Wall Street Journal.

Le 26 août 2025, les enquêteurs allemands ont émis des mandats d’arrêt contre six Ukrainiens soupçonnés d’avoir fait sauter ces gazoducs. L’un d’eux, Sergueï Kuznetsov, a été arrêté en Italie, mais nie toute participation. Un tribunal italien a autorisé son extradition vers l’Allemagne.

En novembre 2024, le journal allemand Der Spiegel a publié une enquête selon laquelle les saboteurs avaient également prévu de faire sauter le pipeline Turkish Stream dans la mer Noire, mais avaient échoué.

Der Spiegel écrit que les services secrets occidentaux ont eu connaissance des plans visant à saboter les gazoducs environ trois mois avant que cela ne se produise. Toujours selon ce média, le représentant de la CIA à Kyiv aurait exigé l’arrêt de l’opération. Mais il n’a pas été écouté. L’Allemagne aurait reçu des informations de ses alliés sur la préparation d’un acte de sabotage, mais n’a pas considéré cela comme une menace sérieuse.

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Début février 2024, la Suède a clos l’enquête sur l’explosion, estimant que cela ne relevait pas de sa juridiction. Le Danemark a fait de même. En revanche, l’Allemagne ne souhaite pas accepter les pertes financières liées à la mise hors-service de trois branches du gazoduc. L’État allemand, ainsi que la France, la Belgique, l’Espagne et les Pays-Bas continuent d’acheter du gaz liquéfié russe. L’UE se prépare à abandonner le gaz russe, mais seulement en 2027.

Selon les analystes du Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA), l’Europe reste le plus gros acheteur de gaz naturel liquéfié (GNL) russe. Le rapport indique que ce secteur rapporte au Kremlin un total de 564 millions d’euros par jour.

En attendant que les Européens arrêtent de financer ainsi la guerre russe contre l’Ukraine, Kyiv procède à ses propres sanctions. Des drones ukrainiens endommagent régulièrement les terminaux par lesquels Moscou exporte ses énergies fossiles. Dans ce contexte, le procès intenté contre les Ukrainiens qui auraient fait sauter le gazoduc russe semble quelque peu anecdotique, pour ne pas dire grotesque.