Le plus au sud des trois Etats baltes se sait en première ligne en cas d’attaque de la Russie. C’est pourquoi la Lituanie prépare sa population et investit dans la production de munitions. La Lituanie est soutenue par ses alliés de l’OTAN qui font la police du ciel, tandis que l’Allemagne maintient une brigade de 5000 hommes dans le pays.
Le Département lituanien de la sécurité nationale (VSD) et le Deuxième département des services opérationnels (AOTD) viennent de présenter leur rapport. Ils concluent tous les deux que la Russie est capable, au cours des trois à cinq prochaines années, de développer des capacités suffisantes pour mener des actions militaires limitées contre l’OTAN.
« À moyen terme, la Russie ne sera probablement pas en mesure d’acquérir les capacités nécessaires pour mener une guerre conventionnelle à grande échelle contre l’OTAN. Elle pourrait toutefois développer des ressources militaires suffisantes pour lancer une action militaire limitée contre un ou plusieurs pays de l’OTAN. Cela pourrait inciter les dirigeants russes à recourir à la force militaire s’ils décidaient à tort que l’OTAN serait incapable de réagir à temps et que la Russie pourrait localiser le conflit et y mettre fin rapidement et de manière avantageuse », ont déclaré les experts dans leur évaluation des menaces, citée par la radio-télévision lituanienne LRT.
Ces derniers mois, la sécurité dans la région a été menacée non seulement par les drones russes, mais aussi par des ballons sondes provenant de Biélorussie. Le 24 novembre, l’aéroport de Vilnius a suspendu ses vols à deux reprises, et le Centre national de gestion des crises de Lituanie (NKVC) a enregistré plus de 40 ballons sondes de ce type.
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« Nous avons probablement connu la nuit la plus agitée de tout le mois de novembre, car le lancement des ballons météorologiques a commencé vers 17 heures depuis la Biélorussie et s’est poursuivi jusqu’à deux heures du matin », a déclaré le directeur du NKVC, Vilmentas Vitkauskas, le 24 novembre sur LRT RADIJAS.
Les résultats d’un sondage réalisé par Vilmorus dont les données sont rapportées par LRT, montrent que 38,5 % des personnes interrogées se sentent menacées par ces ballons. Ce sentiment est plus fort chez les écoliers et les étudiants, les professionnels et les fonctionnaires aux revenus élevés, ainsi que chez les habitants de Vilnius et des grandes villes.
Vitauutas Leskavicius, expert lituanien en sécurité et chercheur associé à l’Initiative pour la sécurité transatlantique du Centre pour la stratégie et la sécurité Skowcroft de l’Atlantic Council, juge dans pu entretien à Tyzhden, que les raids de ballons s’inscrivent dans un schéma plus large de pression hybride utilisé pour sonder l’espace aérien, tester les « zones grises », provoquer des réactions politiques et mesurer les temps de réponse.
Selon lui, même si les ballons n’ont pas d’intérêt militaire en soi, leur lancement vise à observer la réaction de l’État.
« Il est important que la Lituanie réagisse de manière décisive, et non symbolique. La fermeture des points de passage montre que la souveraineté est non négociable. Et cela fonctionne dans les deux sens : l’OTAN et l’UE ne constituent pas une menace pour la Biélorussie, mais si des actions hostiles proviennent de son territoire, la Lituanie doit être prête à se défendre immédiatement », dit-il.
Vitautas Leskavičius souligne que grâce à la nouvelle base juridique lituanienne, les forces armées peuvent réagir immédiatement aux violations de l’espace aérien ou aux incidents hybrides, sans laisser de « zones grises ».
« Et cette préparation n’est pas seulement locale : Baltic Sentry, Eastern Sentry et les missions de surveillance renforcées de l’OTAN visent à combler toutes les lacunes régionales, garantissant ainsi que ces coups de sonde seront contrées par une réponse unifiée des alliés. Il s’agit d’une dissuasion par la préparation », explique-t-il à Tyzhden.
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La Lituanie renforce ses capacités en matière de sécurité
Cette préparation s’accompagne de changements au sein de l’OTAN et de l’UE. La défense ne se limite plus à une présence minimale, mais implique désormais un déploiement avancé. La Lituanie renforce ses capacités de combat. Le pays développe la production d’artillerie et de munitions de 155 mm, renforce sa défense anti-aérienne. Il souhaite, comme convenu lors des sommets de l’OTAN, transformer la mission de police aérienne de l’Alliance dans la région baltique en une véritable mission de défense.
La Lituanie crée des terrains d’entraînement pour les forces de l’Alliance, développe sa capacité dans le domaine des drones et des systèmes anti-drones à basse altitude, investit dans les industries militaires de pointe.
« Cela reflète le retour de l’OTAN à la défense collective comme mission principale. Et aussi la croissance des ambitions de l’UE dans le domaine de l’industrie de la défense après des années de sous-financement », note Vitautas Leskavicius.
La Lituanie bénéficie du soutien de ses alliés. L’Allemagne déploie une brigade de cinq mille soldats dans le pays jusqu’en 2027, les États-Unis assurent une présence continue par rotation, et la mission Baltic Air Policing surveille l’espace aérien 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Des exercices de l’OTAN sont également organisés dans les domaines terrestre, maritime, cybernétique et aérien, notamment Baltic Sentry et Eastern Sentry.
En plus de cela, la Lituanie aide activement l’Ukraine. Depuis le 24 février 2022, le montant de cette aide a atteint près de 1,8 milliard d’euros, soit environ 2 % du PIB lituanien. « Selon cet indicateur, la Lituanie fait partie des trois pays au monde qui soutiennent le plus activement l’Ukraine », a déclaré la Première ministre ukrainienne, Yulia Svyrydenko.
« Le soutien à l’Ukraine reste une priorité stratégique absolue. L’Ukraine est la ligne de front de l’Europe. Soutenir l’Ukraine réduit nos risques à long terme, oblige la Russie à s’adapter sous la pression et nous protège d’un avenir plus dangereux », affirme Vitautas Leskavicius.
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Kaliningrad : menace ou fardeau ?
L’enclave russe de Kaliningrad, voisine de la Lituanie, reste une région stratégiquement importante et dangereuse. Elle peut être un point de départ de missiles, une base pour un blocus et des opérations hybrides. Elle est utilisée comme point de départ des incursions de drones dans l’espace aérien de l’OTAN, pour accroître les pressions dans la mer Baltique grâce à la « flotte fantôme » russe, ou pour des actions potentielles contre les infrastructures sous-marines et portuaires.
« L’objectif de l’alliance n’est pas de menacer la Russie de destruction, mais de rendre toute aventure militaire hostile de sa part absurde et suicidaire dès le départ », estime Vitautas Leskavicius.
Selon lui, cet objectif de dissuasion peut être atteint grâce à la présence avancée permanente de l’OTAN, à la présence alliée (dans le cas de la Lituanie, allemande et américaine) de troupes et de blindés sur place, à des capacités communes de production de munitions et à une formation et une adaptation plus rapides que celles des forces armées russes.
« Si l’OTAN maintient un haut niveau de capacité opérationnelle, Kaliningrad devient un fardeau coûteux plutôt qu’un avantage pour Moscou », ajoute l’analyste.
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Défense civile et résilience
Aujourd’hui, la résilience de la population et de l’armée en cas de conflit est aussi importante que les blindés, l’artillerie ou les chasseurs. La défense moderne, ce n’est pas seulement la capacité à encaisser les coups, mais aussi la capacité à rester opérationnel pendant les combats, explique Vitautas Leškiavičius.
C’est pourquoi la Lituanie forme des instructeurs chargés d’apprendre aux citoyens comment se comporter en cas d’urgence ou de guerre, et organise des exercices d’évacuation de la population civile, au cours desquels les participants sont transportés à Kaunas, où des abris, des couvertures et des lieux sûrs dans les cathédrales les attendent.
Pour la Lituanie, la résilience signifie protéger les infrastructures énergétiques et sous-marines, assurer la sécurité des réseaux numériques et des systèmes de traitement des données, garantir la logistique à double usage (routes, ports, chemins de fer) pour la mobilité militaire et civile, l’investissement dans la production de matériel de défense avec les alliés et les partenaires, ainsi que la préparation de la société à fonctionner sous la pression.
« Ce dernier point ne peut être ignoré. Quelle que soit la solidité de notre armure, c’est la volonté de la société de vaincre qui rend une nation forte et capable de remporter la victoire », souligne Vitautas Leškiavičius pour Tyzhden.


