Vilnius et Varsovie entreprennent des travaux pour construire une ligne de défense sur leur frontière orientale, qui est aussi celle de l’Europe. Les deux pays prévoient de reconstituer les zones marécageuses pour recréer un obstacle naturel.
La Pologne et la Lituanie ont décidé d’appliquer l’expérience ukrainienne consistant à utiliser les marécages comme une arme. La Lituanie étudie déjà la possibilité d’utiliser les sols marécageux comme moyen de défense naturel à la frontière avec la Biélorussie. Selon le média letton Delfi, en Lituanie, la ligne de défense sera organisée en trois échelons et s’étendra profondément à l’intérieur du pays.
« Nous voulons créer des capacités opérationnelles — trois échelons — qui relieront les barrières naturelles, les barrages défensifs, les obstacles techniques et, par conséquent, assureront la cohérence des opérations militaires et la cohérence des actions des institutions » explique le vice-ministre de la Défense lituanien Tomas Godliauskas.
Le vice-ministre a souligné que des efforts seront déployés pour empêcher la déforestation dans les zones frontalières, créer des allées d’arbres à certains endroits et évaluer l’utilisation des marécages et des zones humides à des fins défensives.
Le Fonds pour la restauration et la protection des marais de Lituanie a demandé aux ministères de la Défense et de l’Environnement de la République de restaurer les marais asséchés à la frontière avec la Biélorussie afin de « renforcer la sécurité ». Selon le directeur du Fonds, Nerijus Zabletskis, son établissement a découvert qu’il y avait environ 59 000 hectares de marais à la frontière entre la Lituanie et la Biélorussie, y compris une zone tampon de dix kilomètres. Durant les derniers temps, la moitié de ces marais a été asséchée.
« En rétablissant le niveau d’eau dans ces régions, nous les rendons inaccessibles à toute attaque. <…> En restaurant les marais à la frontière avec la Lituanie, nous réduirons la zone d’attaque potentielle, et une attaque à travers les marais ne sera possible que pendant une très courte période, au milieu de l’hiver, ce qui est prévisible et nous permet de nous y préparer », a-t-il expliqué.
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L’Ukraine a montré que les zones marécageuses sont impraticables pour les équipements militaires. Afin d’arrêter les chars qui se dirigeaient vers Kyiv au début de l’invasion à grande échelle de 2022, le consultant ukrainien en matière de défense Alexandre Dmitriev a conseillé de faire sauter les barrages sur la rivière Irpin. Les photos de chars russes enlisés dans la boue ont fait le tour du monde.
Les pays européens estiment que la restauration des marais à la frontière avec la Russie contribuera à protéger le continent contre une éventuelle attaque de l’État agresseur et favorisera la lutte contre le réchauffement climatique.
De plus, la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie travaillent ensemble pour créer une ligne de défense commune à la frontière extérieure de l’Union européenne avec la Russie et la Biélorussie. A son tour, la Pologne a annoncé qu’elle prévoyait de se joindre à cette ligne de défense. La restauration des marais dans ce pays fait déjà partie du projet de défense « Bouclier oriental », pour lequel les pays concernés pensent investir plus de 2 milliards d’euros.
La technique consistant à utiliser les marais pour protéger les frontières a également suscité l’intérêt de la Finlande. Les pays limitrophes de la Russie et de la Biélorussie ont pris très au sérieux l’avertissement du commandant en chef des forces armées françaises Thierry Burkhard qui a estimé que, d’ici 2030, la Russie pourrait disposer d’un potentiel militaire suffisant pour menacer militairement l’Europe.


