L’exposition « La Laure de Kyiv : 975 ans d’histoire — 100 ans de préservation responsable » a ouvert ses portes à Paris au Centre culturel ukrainien Wassyl Slipak. Elle se tiendra jusqu’au 6 octobre.
Une exposition consacrée à la Laure des Grottes de Kyiv, l’un des plus anciens complexes monastiques d’Europe de l’Est, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, retrace un siècle et demi d’histoire à travers des photographies de ses édifices et des personnes qui lui sont liées.
Cette année, la Laure de Kyiv célèbre un double anniversaire : les 975 ans de la première mention écrite du monastère, datant de 1051, ainsi que les 100 ans de la transformation de son territoire, suite à une décision du 29 septembre 1926, en patrimoine historique et culturel d’État.

Le complexe s’étend sur environ 27 hectares et comprend 140 monuments architecturaux, en surface et souterrains, datant de la fin du XIe siècle au début du XXe siècle. En 1990, « Kyiv : Cathédrale Sainte-Sophie et ensemble des bâtiments monastiques et Laure de Kyiv-Petchersk » est devenu le premier site ukrainien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Depuis 2023, il figure également sur la Liste du patrimoine mondial en péril.
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La Laure vue par l’objectif
L’exposition photographique « retrace l’histoire de l’un des monuments les plus importants d’Ukraine à travers des photographies prises sur une période de 150 ans, de la fin du XIXe siècle au début du XXIe. Sur 26 panneaux, on peut voir comment les bâtiments de la Laure ont évolué, ainsi que les personnes liées à ce lieu : moines, restaurateurs, pèlerins et touristes. Certaines photos montrent des monuments endommagés lors des guerres du XXe siècle, puis restaurés par des spécialistes ukrainiens. Dans le contexte de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, cette histoire prend une nouvelle résonance : certains édifices de la Laure ont déjà été endommagés à la suite des attaques russes contre Kyiv », note Svitlana Fomenko, directrice du Centre culturel ukrainien.

Ces anciennes photographies constituent en quelque sorte un témoignage de l’histoire de la Laure. Elles immortalisent non seulement l’architecture, mais aussi les conséquences des bouleversements historiques : guerres, transformations politiques et évolution des rapports au patrimoine culturel. Certaines d’entre elles retiennent l’attention par des détails qui, à première vue, semblent insignifiants. Sur une photo en noir et blanc, on voit, avec la basilique en arrière-plan, des participants à un rassemblement communiste, et derrière eux, un slogan écrit en ukrainien. Cette photo a été prise en 1922, ce qui constitue donc un autre exemple concret de l’utilisation de la langue ukrainienne comme langue officielle.
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De l’UNESCO au Centre culturel ukrainien
L’exposition est arrivée au Centre culturel après avoir été présentée au siège de l’UNESCO, du 17 au 22 septembre. Elle a été inaugurée par le directeur du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, Lazare Eloundou Assomo, la vice-ministre ukrainienne de la Culture, Anastasia Bondar, le représentant de l’Ukraine auprès de l’UNESCO, Mykola Movchan, ainsi que le directeur général du patrimoine national de « La Laure des Grottes de Kyiv », Maxym Ostapenko.
L’inauguration a été accompagnée d’une table ronde d’experts consacrée aux cent ans de préservation de la Laure et aux risques actuels pesant sur les sites du patrimoine mondial et à l’expérience de l’Ukraine en matière de protection du patrimoine culturel en temps de guerre. Selon le ministère de la Culture ukrainien, l’événement a rassemblé plus de 80 représentants de délégations internationales.

Ainsi, la présentation au Centre culturel ukrainien s’inscrit dans la continuité de la présentation internationale de l’exposition, désormais destinée au public français. « Malheureusement, tout le monde ne peut pas visiter l’UNESCO. Nous avons voulu rendre cette exposition plus accessible, afin qu’un plus grand nombre de Français puissent découvrir l’histoire de la Laure et comprendre son importance historique et culturelle, tant pour l’Ukraine que pour le reste du monde », explique Svitlana Fomenko.
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Des photos des destructions passées dans le contexte d’une nouvelle guerre
Aujourd’hui, l’histoire immortalisée sur ces anciennes photos a pris un sens nouveau.
La Laure de Kyiv a déjà subi des dégâts lors des attaques russes contre la capitale ukrainienne. L’UNESCO indique que, le 15 juin 2026, des éléments du complexe ont été directement touchés, notamment la cathédrale de l’Assomption et certaines parties des fortifications. (Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO).
D’après les résultats de la première évaluation technique de l’UNESCO, réalisée en juillet, plus de 80 % du toit de la cathédrale de la Dormition a été endommagé, ainsi qu’une partie des structures supérieures. L’Organisation a mobilisé des experts techniques pour mener des travaux de stabilisation d’urgence et a annoncé l’octroi de 100 000 dollars provenant du Fonds d’urgence pour le patrimoine. Par ailleurs, la Suisse a versé, par l’intermédiaire de l’UNESCO, 732 000 dollars pour la préparation de la documentation nécessaire à la reconstruction d’une toiture permanente et aux travaux d’urgence. (UNESCO)

L’expérience acquise par les experts ukrainiens pendant la guerre peut servir à améliorer les approches internationales en matière de protection du patrimoine culturel dans les situations d’urgence.
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Un site ukrainien inscrit au patrimoine mondial
L’UNESCO souligne que la protection de la Laure ne relève pas uniquement de la responsabilité de l’Ukraine. Le site figure sur la Liste du patrimoine mondial en péril depuis 2023 et bénéficie également d’une protection temporaire renforcée conformément au Deuxième protocole de 1999 à la Convention de La Haye de 1954. (UNESCO)
L’exposition photographique à Paris comporte deux dimensions temporelles. La première, ce sont 150 ans d’histoire immortalisés par l’objectif : l’architecture, les gens, la destruction et la reconstruction. La seconde est contemporaine : la photographie redevient un moyen de documenter l’état d’un monument, d’attirer l’attention internationale sur celui-ci et de conserver des témoignages de ce qu’il advient du patrimoine culturel ukrainien en temps de guerre.
Pour la Laure, qui fête cette année ses 975 ans, la question de sa préservation n’est plus seulement une histoire du passé : la question est de savoir ce qu’elle deviendra au cours des siècles à venir.



