Olga Vorozhbyt Rédactrice en chef adjointe du journal The Ukrainian Week/ Tyzhden

L’Ukraine, thème principal de la conférence de Munich sur la sécurité

Politique
16 février 2026, 12:38

Olga Vorozhbyt, rédactrice en chef adjointe du Tyzhden, a travaillé comme correspondante lors de la conférence sur la sécurité à Munich (13-15 février). Dans ce texte, elle partage ses observations et réflexions.

« Je pense que la guerre ne se terminera pas cette année. Peut-être en 2027 ».

« Les Ukrainiens ne survivront pas à l’hiver 2027 ».

Deux collègues journalistes étrangers font la queue derrière moi pour obtenir leur accréditation à la conférence de Munich sur la sécurité et discutent pour savoir si mes amis, ma famille et moi-même survivrons à l’hiver prochain. C’est étrange d’entendre parler de vous dans votre dos en toute innocence. Je reste là à écouter. Avant de se lancer dans des prédictions, ils discutaient des moyens possibles de débloquer enfin les avoirs russes gelés. Comme pour la première question, l’un était sceptique quant à la possibilité d’une telle évolution, tandis que l’autre proposait au contraire de nouvelles solutions qui, selon lui, pourraient résoudre définitivement le problème.

« D’où venez-vous ? » m’a finalement demandé l’un de mes collègues.

« D’Ukraine », ai-je répondu.

« Alors, peut-être pourriez-vous nous dire quand la guerre prendra fin ? »

Heureusement, à ce moment-là, la porte s’est ouverte et nous avons tous les trois été invités à venir remplir notre demande d’accréditation.

C’était un vendredi 13. Une matinée un peu glaciale. Même si, comparé au temps qu’il faisait en Ukraine, il faisait plutôt chaud à Munich, j’avais déjà bien froid. Et je n’avais pas envie de répondre à ce genre de questions. « Sismographe de la situation politique », c’est ainsi que le chancelier allemand Friedrich Merz a qualifié la conférence dans son discours. Pour les journalistes, c’est l’occasion de ressentir les « changements tectoniques » non seulement dans les discours publics, mais aussi dans les marges de ce « sismographe ».

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Depuis plus de 60 ans, la conférence de Munich permet d’évaluer les défis les plus urgents. À la veille de l’événement, les analystes de l’organisation préparent le Rapport de Munich sur la sécurité [Munich security report – ndlr]. Si l’année dernière, il était consacré à la « multipolarisation » ou à la modification de l’ordre international formé après la Seconde Guerre mondiale vers la multipolarité, cette année, il porte un titre sans fioritures : « Under destruction » (« En cours de destruction »). Les auteurs du rapport estiment que le monde est entré dans une période de politique de destruction. Plus personne ne souhaite de réformes, le monde se dirige vers la destruction totale de l’ordre mondial d’après-guerre.

Certes, le rapport donne une vision pessimiste de notre avenir, mais d’un autre côté, au moins dans les discours des dirigeants européens ici à Munich, on sent qu’il y a une prise de conscience de ce changement irréversible, qui était déjà visible à l’œil nu en 2022. « Cet ordre [mondial], qui était imparfait même à son apogée, n’existe plus », a souligné M. Merz au début de son discours. Aujourd’hui, la politique des grands acteurs prend de l’ampleur et, comme le reconnaît le chancelier allemand, les États-Unis s’y adaptent. Les Européens et les Allemands doivent donc enfin accepter cette réalité. Pour cela, il faut changer de mentalité et prendre conscience de ses propres forces. Emmanuel Macron, qui a prononcé son discours tard dans la soirée du 13 février, s’est adressé à l’auditoire avec, semble-t-il, le même message : les Européens doivent prendre conscience de leurs propres forces. « Nous devons être fiers de nos réalisations européennes », a déclaré le président français.

En effet, les Européens ont grand besoin d’un changement de paradigme dans leur façon de penser. Les derniers sondages réalisés auprès de plus de 11 000 habitants des pays de l’UE par la société de communication stratégique FGS Global montrent que les Européens envisagent leur avenir avec un pessimisme extrême. 63 % affirment que « les meilleures années sont derrière nous ». Les années d’insouciance sont peut-être derrière nous, mais cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas de changements positifs à l’avenir. Les Ukrainiens, qui vivent sous les attaques constantes de la Russie, pensent tout le contraire, selon les derniers sondages du KIIS [principal institut de sondages ukrainien – ndlr]. La majorité d’entre eux voient l’Ukraine comme un pays prospère de l’UE dans dix ans.

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« Le PIB de la Russie s’élève actuellement à environ 2 000 milliards d’euros. Le PIB de l’Union européenne est près de 10 fois supérieur. Mais aujourd’hui, l’Europe n’est pas 10 fois plus puissante que la Russie. Notre potentiel militaire, politique et technologique est énorme. Mais cela fait très longtemps que nous ne l’utilisons pas à sa juste mesure », a souligné M. Merz dans son discours.

La Russie veut que les Européens se sentent faibles. Peter Pomerantsev, journaliste et chercheur britannique d’origine ukrainienne, spécialiste de la désinformation, a récemment expliqué à quel point la propagande russe visait à faire croire aux Européens qu’ils sont faibles. « Là où la Russie a vraiment réussi, c’est dans la guerre cognitive contre nos peuples », a déclaré le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, lors d’un débat. Il semble que les discours des dirigeants des pays moteurs de l’UE (l’Allemagne et la France) visaient à convaincre leurs citoyens du contraire. Et des propositions telles que la création d’un parapluie nucléaire européen montrent que l’Europe a enfin compris qu’elle devra survivre dans un monde nouveau où il faut être fort.

L’Ukraine est le thème central de la conférence de Munich sur la sécurité cette année. « C’est l’éléphant dans la pièce », comme l’a dit Wolfgang Ischinger, son président. Nous vivons dans ce « nouveau monde » depuis près de 12 ans. Il reste à espérer que les paroles seront suivies d’actes. L’Ukraine peut nous apprendre lesquels.