Cet été, le Conseil des ministres ukrainien a adopté une nouvelle stratégie d’exportation. Nous allons examiner ses principaux objectifs et ses indicateurs clés.
Tant que cette guerre se poursuivra, l’Ukraine subira d’une manière ou d’une autre des pertes économiques (mais n’y en avait-il pas déjà avant la guerre ?). Notre budget dépend pour environ la moitié de l’aide extérieure, les citoyens partent sans cesse à l’étranger, et une part importante des ressources (naturelles, humaines, en capital) se trouve sous le contrôle de l’ennemi dans les territoires occupés.
Dans ce contexte de relative stabilisation de la ligne de front, le rôle de l’économie nationale ne cesse de croître. La guerre se transforme de plus en plus en une lutte sur les arrières, où il faut mobiliser un maximum de ressources sans pour autant compromettre le potentiel de développement futur.
Orientée vers l’exportation ou dépendante ?
L’Ukraine a toujours été qualifiée d’économie orientée vers l’exportation, bien que l’on utilise aussi souvent le terme « dépendante de l’exportation ». Avant la Grande Guerre, nous comptions sur les marchés extérieurs comme principal moteur des recettes en devises et de la croissance globale : jusqu’en 2022, la part des exportations dans la structure du PIB oscillait traditionnellement entre 40 et 50 % (contre environ 30 % en moyenne mondiale). Les « trois piliers » des exportations étaient :
• le secteur agroalimentaire ;
• la métallurgie ;
• les services informatiques.
Cependant, contrairement aux économies classiques orientées vers l’exportation, notamment les « tigres asiatiques », les exportations ukrainiennes étaient traditionnellement axées sur les matières premières. Nous fournissions aux marchés extérieurs des céréales plutôt que des produits alimentaires transformés, du minerai et des métaux plutôt que des machines et des équipements. Le principal inconvénient d’un tel modèle réside dans sa forte dépendance vis-à-vis des fluctuations des cours mondiaux des matières premières.
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L’invasion russe de 2022 a radicalement changé la donne pour les secteurs d’exportation ukrainiens. La part des exportations dans le PIB est tombée à 25 % en 2025, ce qui constitue un plancher historique. Cette évolution s’explique par la perte de territoires et les destructions, ainsi que par la croissance rapide d’autres composantes du PIB, notamment les importations, en particulier d’équipements énergétiques, de carburants et de matériel de défense. Cela a entraîné un déficit commercial record. L’économie ukrainienne s’est recentrée sur la consommation intérieure, les dépenses publiques et l’aide macro-financière internationale, ce qui compense le manque de devises provenant des exportations.
Objectifs stratégiques
Malgré tout, le potentiel d’exportation de l’Ukraine reste élevé, c’est pourquoi l’État se doit tout simplement de favoriser sa concrétisation. La nouvelle stratégie d’exportation contient elle aussi de belles paroles sur ce potentiel, mais l’essentiel réside dans les objectifs stratégiques qui y sont formulés et les indicateurs clés permettant d’en mesurer la réalisation.
Trois objectifs ont été définis :
1. accroître la production de biens destinés à l’exportation, améliorer la structure des exportations et augmenter leur prix moyen ;
2. créer des conditions favorables à l’activité d’exportation ;
3. renforcer les capacités de l’État, les institutions et les outils nécessaires au développement des exportations.
Il faut bien comprendre que l’État ne peut pas simplement décider d’augmenter la production de « bons » produits destinés à l’exportation. Son rôle se résume en substance au point 2 : créer les conditions propices à l’activité des entreprises capables de fabriquer ces produits et de leur trouver des acheteurs à l’étranger. Cependant, en temps de guerre, l’importance du point 3 s’accroît également pour mettre en place une logistique d’exportation. Nous le constatons notamment dans le cas du transport maritime, constamment menacé par les frappes russes.
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Il s’agit en fait d’un document-cadre, qui ne mentionne donc pas les secteurs spécifiques qui doivent être considérés comme prioritaires.
Indicateurs clés
Le deuxième volet important de la stratégie publiée concerne les indicateurs clés de réalisation des objectifs :
1. réduire la part des produits bruts et peu transformés dans les exportations totales à 59 % (87,3 % au cours des neuf premiers mois de 2025)* ;
2. augmenter la part des exportations de biens et de services dans le PIB pour la porter à 33 % (contre 29,4 % en 2024)* ;
3. augmenter la part des exportations de services dans le total des exportations de biens et de services à 25 % (contre 18 % pour les neuf premiers mois de 2025)* ;
4. augmenter le volume total des exportations de biens et de services à 85 milliards de dollars (niveau de 2025 : 48 milliards de dollars)**.
L’élaboration de telles stratégies se heurte souvent à une question conceptuelle : quelle est l’ampleur de l’écart entre, d’une part, la situation réelle du marché et, d’autre part, l’image idéale que se font les responsables gouvernementaux ? On peut parler autant qu’on veut de la nécessité de produire et de vendre des produits technologiques à forte valeur ajoutée. Mais si le marché en décide autrement à l’heure actuelle, l’État doit faire preuve d’une grande prudence dans sa volonté de changer les choses.
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La meilleure approche consiste toujours à créer des conditions équitables pour tous les acteurs du marché, sans exception. Plutôt que d’accorder des subventions à certains acteurs, il vaut mieux réduire les impôts pour tous. Plutôt que d’accorder des financements à quelques privilégiés, il vaut mieux donner accès à des prêts à taux préférentiels à tous ceux qui le souhaitent. Le gouvernement ne doit pas choisir de favoris, mais permettre aux meilleurs d’atteindre eux-mêmes le sommet dans un environnement concurrentiel. Tout comme c’est actuellement notre cas sur le marché des technologies de défense.
Ainsi, les armes ukrainiennes devraient à l’avenir devenir non seulement la clé de notre victoire sur les Russes, mais aussi le garant de la prospérité économique de l’Ukraine. À condition, bien sûr, que l’État respecte les objectifs annoncés de sa stratégie d’exportation : créer des conditions favorables et assurer le bon fonctionnement des institutions. Au final, ce n’est pas seulement le marché de l’armement qui en bénéficiera, mais aussi tous les autres secteurs de l’économie.
*Source : Office national des statistiques
**Source : Office national des statistiques et données opérationnelles quotidiennes du Service national des douanes


