Natalia Pouzyreff, députée française et Secrétaire de la Commission de la Défense à l’Assemblée nationale, était présente au rassemblement à proximité des locaux de Cnews, pour protester contre la présence massive dans les médias du groupe Bolloré, de Xenia Fedorova, voix et arme informationnelle du Kremlin. En amont de cette manifestation, un groupe d’eurodéputés, à l’initiative de la députée française au parlement européen, Nathalie Loiseau, ont annoncé demander à l’Union européenne qu’elle soit placée sous sanctions européennes. Mme Pouzyreff s’est rendu à la manifestation au lendemain de son retour de Vilnius où elle a conduit la délégation française de l’assemblée parlementaire de l’OTAN. Madame la députée demande au ministère de l’Intérieur de revoir l’attribution du titre de séjour de la propagandiste russe : « Xénia Fedorova nuit à l’intérêt de la nation, c’est une question de sécurité nationale ».
En 2025, elle avait déjà saisi l’Arcom (l’autorité de régulation des médias en France) au sujet de l’ancienne patronne de la chaîne d’État russe RT France interdite en Europe en 2022, et proche de la propagandiste en chef russe Margarita Simonian. Tyzhden a posé quelques questions à Mme Pouzyreff en marge de ce rassemblement.
– Avez-vous des nouvelles de cette saisie de l’Arcom, engagée il y a maintenant un an ? Pouvez-vous nous expliquer ce processus ?
– J’ai eu entretien avec le président et je vois bien les limites. En France, il y a une véritable liberté d’expression, et on ne peut pas s’en prendre si facilement que ça aux médias d’opinions, qui peuvent dire ce qu’ils veulent. Mais il doit y avoir des garanties en matière de pluralisme, et ces derniers ont beaucoup de façons de les contourner. Il suffit parfois d’inviter un intervenant la nuit… Il est donc très difficile de peser un discours par rapport à un autre. C’est pour cela que je me suis orientée ensuite vers le ministère de l’Intérieur. Il doit y avoir une action à cet endroit. Il faut caractériser le comportement délétère de Xenia Fédorova par rapport à nos propres intérêts nationaux, à la sécurité nationale. Je mets l’accent sur ce point.
J’ai confiance dans leur capacité à le faire, mais il faut vraiment qu’on se mobilise tous, et ce qu’il se passe en ce moment, c’est très bien. Moi, j’avais prévenu, il y a longtemps, que ce n’était pas acceptable. Maintenant, on y est. Et puis finalement, il y a cette solution européenne, qui sera, à mon avis, et c’est aussi cela qui est intéressant, soutenue par d’autres pays comme les Pays-Bas, la Pologne, le Royaume-Uni, etc. Tous les parlements sont solidaires avec l’Ukraine contre la guerre hybride menée par la Russie, et contre la manipulation d’informations. Tous les pays européens sont concernés. Chaque pays a son propagandiste bénéficiant d’audience comparable. Il s’agit de désinformation caractérisée et organisée.

– Concrètement, que peut l’Arcom ? Les gens ont du mal, notamment, à se représenter le calendrier, pourquoi est-ce si long ?
– J’ai eu une réponse rapide, mais j’ai compris les difficultés et si vous voulez, je ne peux pas, à moi toute seule, passer tout mon temps sur Europe1 et CNews, à décompter et minuter les séquences diffusées. Je ne peux malheureusement pas faire cela, et je respecte le rôle de chacun. Mais je pense aussi qu’au regard de la bronca qu’il y a autour de Xenia Fedorova, il y aura peut-être une diligence plus grande mise par les services de l’Arcom sur ce cas. In fine, je pense qu’il faut véritablement la qualifier d’influenceuse et de propagandiste nuisible aux intérêts de la nation.
– Vous avez demandé au ministère de l’Intérieur la révision de son titre de séjour, avez eu un retour, un signe, une réaction ?
– La réaction est qu’ils sont bien au courant et qu’ils examinent la situation. Je leur fais confiance, mais tout ce que l’on fait aujourd’hui va aider. Le gouvernement monte petit à petit sur cette question de la guerre menée par la Russie. Ce qui est important de dire est que, concernant tous les récents bombardements de la Russie sur l’Ukraine, le Président l’a dit, le Premier ministre l’a dit, le quai d’Orsay l’a dit : on voit bien que la Russie ne cherche pas la paix mais la guerre, et il n’y a pas de cessez- le feu. Il va donc falloir que l’on continue à soutenir l’Ukraine dans la durée, et à mon avis, de façon plus efficace. Je prône davantage de coopération. Notre voix politique compte en Ukraine. J’étais avec des députés ukrainiens à Vilnius. Notre soutien est bien connu et reconnu par tous.
Lire aussi: Manifestation à Paris contre Xénia Fédorova : la propagande russe dans le viseur
– Avez-vous un message à adresser aux Ukrainiens aujourd’hui ?
– Je leur dis toujours : on est là. Ils le savent. Il y a des aides que l’on apporte, sans s’en vanter forcément. Et quand on fournit des armes, c’est vraiment un pack complet : soutien formation, logistique. Nous n’avons pas les moyens financiers de l’Allemagne actuellement, mais dans les 60 milliards d’aide militaire (90 milliards de prêt européen dont 60 milliards d’aide militaire), que l’Union européenne va accorder à l’Ukraine, il y a bien 17% de contribution française quelque part. Nous sommes aux côtés de l’Ukraine et ils en sont convaincus. J’aimerais que l’on coopère un peu plus sur le plan industriel, sur les drones par exemple, bien sûr, au sein d’une vraie plateforme organisée et structurée. Ce serait une Brave France, que je souhaite.

