Olga Vorozhbyt Rédactrice en chef adjointe du journal The Ukrainian Week/ Tyzhden

Intelligence artificielle, l’insolente domination des Etats-Unis

Économie
6 octobre 2025, 09:00

Alors que l’IA envahit notre quotidien, les États-Unis ont plusieurs longueurs d’avance sur l’Europe, ayant construit un plus grand nombre de datacenter. Les Européens, en comparaison, sont loin derrière, notamment du fait qu’ils risquent de manquer d’électricité.

C’est peut-être la phrase la plus banale pour commencer ce texte, mais c’est comme ça : ces derniers temps, on parle beaucoup d’intelligence artificielle (IA). Parfois ces deux lettres magiques sont ajoutées aux titres des présentations ou à des textes pour leur donner un aspect « tendance ». Cependant, si l’on parle beaucoup du danger pour les capacités cognitives de l’humanité ou de la disparition probable de certaines professions, on réfléchit moins aux défis énergétiques liés à l’utilisation des outils d’IA. Et c’est dommage.

2,9 watts-heure : c’est la quantité d’énergie nécessaire, selon l’organisation non gouvernementale américaine Electric Power Research Institute (EPRI), pour que Chat-GPT réponde à votre question. À titre de comparaison, cette énergie suffirait pour faire fonctionner une ampoule LED standard dans votre chambre pendant au moins 20 minutes. C’est également 10 fois plus que le « coût » d’une requête sur Google. Selon des chercheurs américains, une requête nécessite 0,3 wattheure d’énergie.

Pourquoi c’est ainsi ? Pour que nous puissions obtenir une image générée à notre demande ou un texte édité, les grands modèles linguistiques sont entraînés pendant des mois. Pour cela, ils ont besoin d’une quantité incroyable d’informations, dont le stockage et le traitement nécessitent des centres de données — d’immenses espaces équipés de serveurs. Et ceux-ci « consomment » des quantités d’électricité sans précédent.

Selon MIT Technology Review, l’entraînement de la quatrième version de Chat-GPT a coûté plus de 100 millions de dollars à OpenAI et a consommé 50 gigawattheures d’énergie. Selon les estimations du magazine, cela aurait suffi à alimenter San Francisco en électricité pendant trois jours.

Les auteurs de l’article publié dans MIT Technology Review citent également des scientifiques qui soulignent qu’à l’heure actuelle, nous ne sommes pas en mesure de calculer avec précision la quantité d’électricité consommée par les outils d’IA pour une seule requête. Le calcul que j’ai présenté au début de cet article est donc très relatif. Ils supposent que différentes ressources, ainsi que des requêtes à différents moments de la journée ou à partir de différents gadgets, peuvent utiliser différentes quantités d’électricité. Ils appellent plutôt à faire pression sur les géants technologiques afin qu’ils publient toutes les données qui permettraient de les calculer. Pour l’instant, ces informations sont considérées comme un secret commercial et les géants technologiques les protègent farouchement.

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Ce dont nous pouvons parler, c’est du développement actif de l’infrastructure IA, en particulier des centres de données. Selon diverses estimations, il existe aujourd’hui plus de 11 000 centres de données dans le monde. La majeure partie d’entre eux se trouve aux États-Unis (plus de 45 %), puis au Royaume-Uni et en Allemagne (respectivement 514 et 521). Au total, l’Europe en compte moins de 20 %. Début 2025, Donald Trump a annoncé la Stargate Initiative, un projet d’investissements privés dans l’infrastructure IA d’un montant de 500 milliards de dollars. Il s’agit avant tout de la construction de nouveaux centres de données. Ainsi, dans le cadre de la première phase du projet, il est prévu de construire 20 nouveaux sites de plus de 46 000 m² chacun. La Stargate Initiative est dirigée par des entreprises privées : OpenAI, SoftBank et Oracle. Pour elles, ce projet est une occasion de remporter la course à l’IA.

Donald Trump, quant à lui, selon Forbes, espère que le développement rapide de l’infrastructure IA aura également un impact sur le développement du secteur énergétique américain. Ainsi, selon les estimations de Goldman Sachs Research, les besoins en électricité des centres de données augmenteront de 160 % d’ici 2030, ce qui sera difficilement réalisable sans un renforcement du secteur énergétique.

L’UE souhaite également rivaliser dans la course mondiale à l’IA, mais, comme le soulignent les analystes, pour cela, les Européens doivent renforcer et améliorer leur propre réseau électrique.
La panne générale qui a touché la péninsule ibérique au printemps dernier, privant d’électricité la majeure partie de l’Espagne et du Portugal pendant plus de 10 heures, ainsi que la coupure de courant à grande échelle en République tchèque début juillet, questionnent sur les capacités du réseau électrique européen. Ainsi, les experts du centre d’analyse Ember, qui étudie le réseau électrique européen, soulignent qu’en 2033, les centres de données consommeront entre 33 % et 42 % de l’électricité à Amsterdam, Londres et Francfort, et près de 80 % à Dublin. Ces villes sont les plus grands hubs européens, où se trouvent le plus grand nombre de ces installations.

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Un facteur qui influe sur la possibilité de prendre la tête dans la course mondiale à l’IA est la disponibilité d’électricité. Or, pour l’instant, les chiffres sont peu encourageants. En 2023, l’Allemagne (où se trouvent la plupart des centres de données en Europe) est devenue pour la première fois en 20 ans importatrice d’électricité. Les données pour 2025 montrent que Berlin a également importé de l’électricité pendant la majeure partie de cette période. L’une des principales raisons est la décision de fermer les centrales nucléaires, prise par l’Allemagne dans le cadre de sa transition énergétique.

Alors, quel est le « prix » d’une question posée à Chat-GPT ? Outre la consommation d’électricité proprement dite, le coût variera en fonction de la place que nous occuperons dans la course mondiale à l’IA. Et une seule chose est sûre : pour l’instant, il semble difficile pour quiconque de dépasser les États-Unis.