Carnets d’Ukraine, adaptation théâtrale du livre de Michel Hazanavicius, se joue au Théâtre Marigny à Paris jusqu’au 24 janvier.
Novembre 2023. Michel Hazanavicius, réalisateur et scénariste français, retourne en Ukraine, où il s’est déjà rendu plusieurs fois depuis le début de l’invasion à grande échelle du pays, à l’invitation d’un ami ukrainien, qui lui propose d’aller à la rencontre d’hommes et de femmes en première ligne de la résistance ukrainienne. De Kyiv à Kramatorsk, de Pokrovsk aux abris, des bunkers aux endroits improbables et secrets des abords du front, il en reviendra avec 6 carnets Moleskine remplis de notes. Elles deviendront un livre, puis une adaptation théâtrale, Carnets d’Ukraine, qui se joue au Théâtre Marigny jusqu’au 24 janvier.

Photo : Carnets d’Ukraine- Hugo Becker
Un seul en scène porté par l’acteur Hugo Becker, grâce auquel le périple prend vie. Au milieu des chevrons, d’une guitare, d’une arme et des dessins de l’auteur, nous rencontrons Tolya, Vira, Dyma, Oleksyi, Angela, Vadym, Roman, Olga, et bien d’autres au gré des réflexions personnelles de Michel Hazanavicius. Des types bien, des héros, des héroïnes, un colibri, un chaman, un homme tranquille, la statue de Mykola Léontovytch, un comique, un marionnettiste, ou encore une violoniste-karatéka, racontent la guerre, celle que ces soldats et soldates font pour ne pas que leurs enfants aient un jour à faire, sa tragédie, leur quotidien, leur vie d’avant qui n’existe parfois plus, ou peu, leurs cicatrices, leurs émotions sans pathos, leurs façons de rire malgré tout, pour tenter de mettre la violence et le désespoir au loin, leurs faits d’armes, la mort tout près, tout le temps.

Photo : Aline Le Bail-Kremer
Avec délicatesse, l’auteur s’approche de ceux qui sont en train d’écrire l’Histoire, « celle avec une grande hache », et une majuscule, de notre continent et dont ils sont l’honneur absolu. Grâce à Kolya, l’ami de Kyiv, nous rejoignons également les unités des Forces culturelles de la Défense ukrainienne, dont il est le fondateur, et qui réunissent des artistes, dont beaucoup de musiciens, organisés pour apporter un peu de beau là où il n’y en a plus, pour ne pas que les soldats « deviennent fous », pour reconnecter les âmes à elles-mêmes, à l’humanité, et les emporter, ne serait-ce qu’un moment, en un lieu symbolique qui n’est pas la guerre.

Avec toute la sobriété et la finesse du texte, « à bonne distance » pour éviter « le spectacle de la guerre », la pièce offre une mosaïque de visages et de mots inoubliables, soit une réalité majeure des combats, loin de certains débats absurdes qui tournent en rond sur les plateaux de télévision. Comment survivre dans le chaos ? Comment vaincre un ennemi multiséculaire ? Comment défendre l’essentiel contre la barbarie ? Comment David lutte contre Goliath ? Ce sont bien sûr les premiers concernés qui détiennent les réponses. De l’importance immense de la musique, de Shchedryk, du son de la bandoura qui « semble venir du plus profond de l’Histoire ». Il faut écouter les Ukrainiens qui ont tout sacrifié, entendre ces récits, partagés avec élégance. C’est tout simplement fondamental si l’on veut approcher, ne serait-ce qu’une partie, de la vérité de ce pourquoi l’Ukraine se bat. Et gagnera.
Carnets d’Ukraine, de Michel Hazanavivius, au Théâtre Marigny (Studio Marigny), Paris.
À voir jusqu’au 24 janvier, avec Hugo Becker. Mise en scène : Julien Gelas.


