Pour la première fois un atelier 100% féminin organisé par l’association « Citoyennes pour l’Europe » dans le cadre des journées de conférences du Think Tank « EuropaNova » à Strasbourg. La situation des Ukrainiennes en Europe et particulièrement en France a été évoquée en détail.
Cette édition a réuni le 21 octobre des personnes influentes de toute l’Union Européenne : des responsables politiques, des chefs d’entreprises ou des chercheurs dans des domaines très variés comme la santé, l’écologie ou l’économie. Six réseaux distincts de femmes : de la jeunesse, de la recherche, de la technologie, de l’investissement et l’économie sociale avaient pour objectif de travailler sur le thème de « Europe’s moment for courage » (Le moment de l’Europe pour le courage). Un après-midi studieux qui avait pour finalité de produire des propositions concrètes à présenter au Parlement européen.
Les femmes européennes revendiquent plus de visibilité
Les échanges consacrés aux groupes de travail axés sur les femmes se sont déroulés dans une de grandes salles attenantes au magnifique hôtel de la ville au cœur de Strasbourg. Une trentaine de femmes de tous les âges, venues des quatre coins de l’Europe se sont rencontrées pour la plupart pour la première fois.

La présidente de l’association « Citoyennes pour l’Europe », Véronique Auger, journaliste connue et reconnue dans sa profession, explique dans le communiqué de presse : « Les trois plus grandes institutions européennes sont dirigées par une femme. Ce n’est que justice puisque les femmes représentent plus de la moitié de la population européenne. Il faut maintenant que nous fassions entendre notre différence concernant la conduite des affaires en Europe ».
On peut citer Mme Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne et Mme Kaja Kallas, Vice-Présidente et Haut-Responsable de l’Union pour les AE et la politique de sécurité.

Silvia Arto, Présidente fondatrice du club de femmes dirigeantes espagnoles à Paris fut la première à prendre la parole. Elle fixa par son intervention le cadre de l’atelier. Moins de 40% des femmes sont représentés au Parlement européen et ce chiffre tend à baisser. Selon son point de vue, des solutions concrètes pourraient permettre aux femmes de gravir les échelons et accéder à des postes de décisions. Ses propositions pratiques, au nombre de trois consistent d’une part à augmenter la collaboration des femmes européennes entre elles, d’autres part à créer un observatoire du leadership féminin en Europe et enfin à se réunir au moins une fois par an.
La coopération féminine au service de l’Europe
Isabelle Montoya, présidente de « Women in international Security » a rappelé que l’Europe était en proie à une menace hybride et qu’il était important pour représenter et incarner les valeurs de l’Europe que les femmes soient plus visibles dans les processus de négociations car elles possèdent des compétences complémentaires à celles des hommes. L’exemple énoncé par Teona Lavrelashvili à propos de la Présidente de la Moldavie, Maia Sandu, illustre grandement ce savoir-faire. Elle a rappelé que la cheffe de l’Etat moldave avait réalisé l’intégration de son pays à l’Union Européenne et que les citoyennes des Etats candidats étaient loin de rester inactives, prenant notamment l’exemple des Géorgiennes engagées dans le combat en faveur du ralliement à l’Europe.

Maria-Chiara Prodi, Directrice de « la Maison de l’Italie » à la Cité Internationale Universitaire de Paris et Secrétaire générale du Conseil général des Italiens de l’étranger a souligné très justement :« Quand on tissait des liens d’amitié, on vivait mieux », elle recommande de se reposer sur les diasporas pour mobiliser les femmes européennes. Surtout comme l’a ajouté Ekaterina Siradze Delaunay, Directrice du « National Democratic Institute » au Maroc et ancienne Ambassadrice de Géorgie en France, « la démocratie ne doit jamais être prise pour acquise, nous avons besoin de nous battre pour la préserver ». Elle a, de plus, ajouté que les femmes en Géorgie faisaient partie des groupes les plus vulnérables lors de la guerre de défense contre la Russie… ce qui est souvent le cas en cas de conflit.
Un des moments les plus émouvants et criants de vérité fut le témoignage de Tamara Demuria, de l’association « Géorgie vue de France » et Directrice de l’Assistance Humanitaire pour « Corus ». Elle a voulu sans aucun doute en racontant sa propre histoire, remettre nos discussions dans la froide réalité de la guerre. Se replongeant dans ses souvenirs douloureux, elle a évoqué son exil et les bombardements qu’elle a connus en Géorgie à l’âge de 13 ans puis en tant que maman avec sa petite fille de quelques mois dans les bras. Elle dira plus tard en aparté qu’elle n’avait pas eu le temps de révéler le fond sa pensée et voulait ajouter devant toutes que le risque de l’escalade de la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine pesait désormais de plus en plus fort sur toute l’Europe.
Point chiffré sur les réfugiées ukrainiennes en France
Le poids des Ukrainiennes depuis le début de la guerre d’agression à grande intensité de la Russie contre l’Ukraine est assez particulier en France. En effet, le pays a accueilli en 2022, 118 800 réfugiés ukrainiens adultes bénéficiaires de la protection temporaire, essentiellement des femmes avec leurs enfants. Aujourd’hui, les chiffres révèlent une forte baisse et les bénéficiaires de l’aide de l’Etat se situent autour 50 000. Cette population se concentre davantage dans les grandes villes où les perspectives de travail sont meilleures.
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La tranche d’âge des 30 à 40 ans est la plus important avec 44 % de la population féminine. On observe également une présence non négligeable des 20-25 ans avec 10 % et enfin 6% des 60-65 ans
En 2025, les Ukrainiennes représentaient les trois-quarts de la population ukrainienne des réfugiés adultes en France, soit une proportion nettement supérieure à celle observée pour l’ensemble de la population étrangère adulte, où les femmes ne représentent que la moitié. Cette forte féminisation de la population ukrainienne en France est un phénomène général dans les autres pays d’accueil européens.
Au-delà de ce constat chiffré, il a été dit par la représentante franco-ukrainienne que les Ukrainiennes natives ou d’origines ukrainiennes sont bien formées, travailleuses, sérieuses et ont une capacité d’adaptation certaine.
Les associations ukrainiennes en France
Selon Monseigneur Borys Gudziak, ancien évêque de l’Église gréco-catholique ukrainienne de Paris, et de la diaspora elle-même, la communauté ukrainienne en France comptait entre 80 000 et 100 000 personnes en 2021, dont environ 30 000 en Île-de-France. A cela, il faut ajouter les réfugiés qui pour environ 30% d’entre eux sont repartis en Ukraine ou dans un autre pays européen dans les trois à six moins, soit environ 80 000 personnes dont les trois-quarts sont des femmes.

Les vagues successives de l’immigration ukrainienne du XXème siècle ont donné naissance à de nombreuses associations qui existent encore aujourd’hui. Et notamment, « l’Association des femmes ukrainiennes de France » créée en 1953 ayant pour but initial de réunir les réfugiées souvent très cultivées voulant entretenir la culture et l’histoire de l’Ukraine qu’elles avaient quittée. Aujourd’hui, l’association s’est diversifiée et contribue aux actions humanitaires de la diaspora.

Lors de la conférence, il a été souligné que les associations ukrainiennes de France étaient et sont encore aujourd’hui pour la plupart gérées par des femmes. L’école ukrainienne de Paris, la bibliothèque ukrainienne Symon Petlura de Paris, les clubs de danse, les colonies de vacances, les groupes de musique, les associations humanitaires… ou tout simplement l’organisation des fêtes de Pâques ou du Nouvel an.
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Il n’est plus à démontrer que le matriarcat régnait jadis aux pays des cosaques. Les hommes souvent partis défendre le pays ou en casernement à la Sitch (campement militaire cosaque – ndlr) ne pouvaient pas s’occuper de la ferme. La femme était très souvent seule à gérer la famille, le domaine, et même à le défendre avec des armes. Il en reste toujours quelque chose au fond de l’âme des Ukrainiennes. Une capacité à organiser, à travailler dur et à s’adapter. Autant de compétences à mettre à la disposition de l’Europe.
Les femmes réfugiées en France depuis 2022, ont dû apprendre une nouvelle langue, de nouvelles règles sociales, occuper de nouveaux postes ou voire reprendre leurs études tout en s’occupant seules de leurs enfants ou de leurs parents et soigner leurs blessures psychologiques… Des parcours difficiles qui montrent leur force de caractère, mais aussi autant de liens tissés par ces réfugiées devenues européennes avec leur Ukraine d’origine.
Les femmes, un nouveau souffle pour l’Europe

L’atelier des femmes européennes a été sans aucun doute un succès pour avoir réuni autant de femmes brillantes de secteurs si différents dans un cadre majestueux et emblématique qu’est la ville du Parlement européen.
Prendre en compte les voix des femmes géorgiennes et ukrainiennes alors que leur pays ne font pas encore partie de l’Union européenne est un signal fort de la part des citoyennes européennes. Elles veulent former une coalition solide pour peser de tout leur poids sur les décisions du Parlement afin d’améliorer la vie de toutes les Européennes. Elles ont toutes dans leurs branches respectives des idées originales, concrètes et innovantes. Ce qui leur manque c’est un socle pour échanger leurs informations, analyser les données et réfléchir ensemble aux solutions les plus adaptées.
Pragmatique, volontaire et bienveillant seraient les trois mots qui décriraient le mieux cet atelier. L’union des femmes européennes n’est peut-être pas la solution à tous les problèmes de l’Europe mais sans doute le lien qui manque entre les Etats membres. Gardons à l’esprit cette initiative citoyenne qui promet de belles avancées.


