En dépit des bombardements que subit l’Ukraine, une large majorité de la population ne veut pas abdiquer face à la Russie. Et la population de la capitale est particulièrement opposée à toute forme de capitulation. A l’est du pays, ce sentiment est moins fort mais une majorité de la population souhaite toutefois continuer à résister à l’envahisseur.
Selon un sondage réalisé en août de cette année par l’Institut international de sociologie de Kyiv, 77 % des Ukrainiens estiment que l’Ukraine doit poursuivre sa résistance armée face aux forces d’occupation russes, même si les attaques violentes contre les infrastructures se poursuivent cet hiver. Ces mêmes 77 % des personnes sont convaincues que l’Ukraine est capable de poursuivre la lutte de façon efficace. Seuls 12 % des personnes interrogées estiment que la situation est sans espoir.
Selon un autre sondage, effectué par le même institut en juillet, 60 % des Ukrainiens jugent absolument inacceptable de céder le Donbass occupé à la Russie. Les habitants de Kiev affichent une position particulièrement intransigeante : dans un contexte de tirs de missiles réguliers, la proportion de ceux qui s’opposent à de telles concessions a grimpé à 69 %.
Que signifient ces chiffres concrètement ? Une inscription sur les portes vitrées d’un café, endommagées par un bombardement, apporte une réponse : « Ce n’est pas nous qui avons craqué, mais seulement le verre ». Cette inscription a été écrite sur la feuille d’un cahier d’écolier, à l’aide d’un simple stylo à bille. Hier encore, ce petit établissement sans prétention, situé près d’une station de métro, dans un quartier résidentiel de la capitale, était intact et en bon état. Hélas, la matinée n’était pas bonne, et la nuit terrible. Mais quoi qu’il en soit, la barista est arrivée à l’heure et a souri aux clients.
Lire aussi: L’école et la santé mentale des enfants en temps de guerre
« Un café ? Avec quel lait ? Au lait d’avoine, d’amande ou de vache ? », précise-t-elle comme si rien ne s’était passé. S’habituer aux bombardements nocturnes ? On ne peut pas s’y habituer. Une force d’endurance exceptionnelle ? On ne saurait le dire d’emblée. Cependant, si l’on considère les choses à travers les siècles, les guerres sont monnaie courante sur cette terre, et seuls survivent ceux qui gardent la tête haute.
La grande majorité des Ukrainiens comprend que céder aux Russes est un mauvais calcul. L’expérience des territoires occupés et l’état de nos prisonniers qui reviennent de captivité en Russie en sont la preuve. Il y en a bien sûr qui espèrent se plier aux exigences de l’envahisseur, si besoin est. Ils sont minoritaires, mais ils existent. Il y a aussi des traîtres, que les services de sécurité arrêtent régulièrement. Eux aussi, heureusement, sont minoritaires.
Le dernier sondage de l’Institut international de sociologie de Kyiv indique que le niveau de soutien à la résistance armée varie d’une région à l’autre. Le pourcentage le plus élevé a été enregistré à Kyiv (83 %), tandis que le plus faible a été observé dans l’est du pays (68 %).
Par ailleurs, 85 % des personnes qui effectuent actuellement leur service militaire ou qui sont des anciens combattants estiment que l’Ukraine doit poursuivre la résistance. Parmi les personnes interrogées n’ayant pas effectué de service militaire, ce chiffre s’élève à 77 %.
Combien de temps la guerre va-t-elle durer ? 45 % des Ukrainiens estiment que la guerre avec la Russie se poursuivra encore en 2027. « La guerre ne prendra fin que lorsque la Russie n’aura plus assez d’argent ni d’autres ressources pour la poursuivre », estime le célèbre journaliste ukrainien Vitali Portnikov. « Il n’y a jamais eu d’autre moyen de mettre fin à la guerre russo-ukrainienne, il n’y en a pas aujourd’hui et, croyez-moi, il n’y en aura pas dans les années à venir », a-t-il déclaré dans un de ces directs à la TV Espresso.
Lire aussi: Mariés par intermittence
La plupart des historiens et des politologues ukrainiens partagent ce point de vue. « Il s’agit d’un conflit de valeurs et de civilisations qui rappelle, d’une certaine manière, la situation de 1917-1918 », explique l’historien Yaroslav Tynchenko. Dans la majorité des cas, ce type de guerre, selon lui, ne se termine pas par un accord de paix « classique ».
Aussi difficile que cela puisse être, la grande majorité des Ukrainiens n’est pas prête à renoncer à son État, à sa langue, à son identité et à son mode de vie en échange d’une chance illusoire de survivre comme un esclave des Russes. « La résistance est difficile, mais la capitulation sera suicidaire », résument tous ceux qui refusent de baisser les bras et les armes.


