Depuis la mi-juillet, plusieurs entrepôts de Wildberries ont été frappés par les drones ukrainiens et sont partis en fumée. Cette entreprise est le premier site de vente en ligne de Russie. Officiellement, il appartient à une femme, Tatiana Kim, et à son mari, Vladislav Bakalchouk. Mais l’entreprise fait aussi l’objet d’une grande attention de proches du Kremlin.
Le 31 juillet, Wildberries a confirmé avoir subi une nouvelle attaque. Cette fois-ci, un incendie s’est déclaré dans son centre logistique de Volgograd. Plus d’une vingtaine d’entrepôt de Wildberries sont déjà parties en fumée au cours des deux dernières semaines, grêce à l’action des drones ukrainiens. Moscou tente de présenter ces frappes contre la plus grande plateforme de vente en ligne russe, comme des attaques contre des cibles civiles.
Les responsables ukrainiens affirment au contraire que les entrepôts de Wildberries constituent une cible légitime. « L’Ukraine justifie ces frappes en affirmant que cette plateforme de vente en ligne est un « élément vital » de la logistique russe, utilisé par les volontaires russes pour acheter du matériel militaire. Par exemple, des talkies-walkies, des gilets pare-balles et des composants pour drones. Et c’est effectivement le cas », précise la BBC.
La plateforme disposait même d’un tag « Tout pour la défense », qui permettait de trouver les produits correspondants. Ce tag a été supprimé le week-end dernier, mais on peut encore trouver assez facilement des gilets pare-balles sur le site de vente en ligne.
Outre les arguments concernant la vente de biens à double usage et l’expédition de composants destinés aux drones de combat de l’armée russe, les Ukrainiens évoquent l’intérêt que porte à cette activité Ramzan Kadyrov, qui y cacherait une partie de ces investissement. La presse russe a beaucoup écrit à ce sujet, en 2024 et 2026.
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Selon le média russe Nastoyachtchee vremia, Ramzan Kadyrov a « protégé » Wildberries pendant de nombreuses années. « Le propriétaire de l’entreprise, Vladislav Bakalchouk, venait voir le dirigeant de la Tchetchenie pour régler des « problèmes spécifiques », » rapporte ce journal.
« Fin juillet 2024, Kadyrov a publié sur sa chaîne Telegram une vidéo montrant une rencontre avec le mari de Tatiana Kim (Bakalchouk), Vladislav Bakalchouk, qui serait venu se plaindre auprès de Kadyrov que « sa femme avait noué des liens avec une société douteuse qui cherchait à s’emparer de son entreprise ». Le chef de la Tchétchénie a promis de « ramener l’épouse au sein de sa famille » et de protéger l’entreprise. Tatiana Kim a répondu en demandant à Kadyrov de ne pas la « sauver » et de ne pas la considérer comme une « captive du Caucase », » raconte Nastoyachtchee vremia.
Il y a deux ans, Tatiana Bakalchuk a tenté de s’imposer comme leader sur le marché publicitaire russe. Comme l’avait rapporté Forbes, elle espérait organiser la fusion entre Wildberries et l’opérateur de publicité Russ, pour concurrencer Amazon et Alibaba, ainsi que créer « le plus grand réseau bancaire numérique et le plus grand système de paiement permettant d’effectuer des transactions en roubles dans le monde entier en contournant SWIFT ».
La radio allemande Deutsche Welle souligne également que Ramzan Kadyrov n’a pas seulement défendu les intérêts de l’ancien mari de Tatiana Kim, mais qu’il a également investi une partie de ses fonds dans cette entreprise.
En février 2026, Radio Svoboda a annoncé que la situation concernant le partage des actifs de Wildberries s’était stabilisée. Ramzan Kadyrov, qui a pris la défense de Vladislav Bakalchouk, a reçu une indemnité de la part du sénateur Souleiman Kerimov, qui défend les intérêts de Tatiana, l’ex-épouse de l’homme d’affaires. Selon le média américain, l’accord a été conclu « avec l’accord du président russe Vladimir Poutine ».
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Ces sources ne fournissent pas de preuve directe de l’implication des dirigeants russes dans les activités de la plus grande plateforme commerciale du pays. Mais de nombreux faits, mentionnés y compris par la presse russe soumise à la censure, indiquent que le chef de la Tchétchénie, s’intéressait aux activités de cette entreprise et a apporté un soutien à l’un de ses fondateurs, Vladislav Bakalchouk.
La BBC rappelle qu’en 2024, Ramzan Kadyrov a pris la défense de Bokalchouk, avant de perdre dans ce conflit. Il a même déclaré une vendetta contre le sénateur du Daghestan Souleiman Kerimov. Par la suite, Kadyrov a renoncé à sa « vengeance », affirmant avoir réglé ses différends avec Kerimov lors d’une « conversation entre hommes ».
Ainsi, il est possible de s’interroger sur les liens entre les propriétaires de l’entreprise et les dirigeants de la Fédération de Russie. Cette année, la banque publique VTB est devenue officiellement actionnaire de Wildberries.
« Le discours de Vladimir Poutine au Forum économique international de Saint-Pétersbourg en dit long sur l’importance de Wildberries pour le Kremlin. Il a consacré une grande partie de son intervention aux plateformes de vente en ligne et à leur importance pour l’économie russe. Cela signifie que lui-même et les responsables proches de lui suivent de près les places de marché russes », estime la BBC.


