Caroline Fredon Journaliste française

New York, Ukraine, guide d’une ville inattendue par Niels Ackermann et Sébastien Gobert

14 juin 2026, 06:58

Le photographe Niels Ackermann et le journaliste Sébastien Gobert offrent aux lecteurs un voyage inédit en Ukraine qui n’est plus possible à réaliser. En octobre 2024 les forces d’occupation russes ont pris le contrôle total du New York ukrainien, situé près de la grande ville de Horlivka. Les auteurs publiaient New York, Ukraine, guide d’une ville inattendue en 2021, avant la grande invasion, mais en plein guerre dans l’est du pays déjà.

Quelle curiosité en effet, que cette ville de l’est de l’Ukraine, qui se nomme comme la mégalopole états-unienne. Une ville située dans le Donbass.

Les lecteurs découvrent cette ville de 10 000 habitants, située sur une vaste étendue de steppes, d’abord par une série de clichés : des rues, des bâtiments qui nous parlent d’une ville qui a manifestement connu des jours meilleurs, un passé soviétique, industriel. Il y a également des clichés d’objets exposés dans le musée : tuiles frappées des lettres Нью-Йорк (New-York en ukrainien), mais aussi des objets du quotidien. Ce qui inclut, malheureusement, des débris de missiles ou encore des éclats d’obus.

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Quand ils écrivent cet ouvrage, en 2021, Ackermann et Gobert sillonnent un territoire en guerre depuis 2014, et l’annexion illégale de la Crimée et de certaines zones du Donbass. La ville qui se nomme alors Novohordske est souvent la cible des missiles des soi-disant « séparatistes ».

New-York, comme nombre de villes de cette partie de l’Est de l’Ukraine a connu de nombreux bouleversements au cours de son histoire. Les migrations les Grecs, Polonais, Tatars ou Ottomans ; l’industrialisation au 19ème siècle grâce à des capitaux et des entrepreneurs européens et états-uniens qui fit de la région une vaste zone minière avec notamment l’apport majeur des allemands mennonoites qui importèrent le moulin à vapeur propulsant la région dans la modernité ; puis la Première guerre mondiale et la révolution de 1917, la guerre d’indépendance de l’Ukraine au tournant des années 1920, la soviétisation, l’Holodomor (famine artificielle initiée par Moscou et Staline dans les années 1930, qui fit des millions de morts).

Les auteurs retracent cette histoire mouvementée, parfois tragique, jusqu’à nos jours, avec le déclin industriel suite à l’effondrement de l’URSS et l’indépendance de l’Ukraine en 1991. La ville compte désormais sur l’usine de phenol qui lui donne une odeur particulière pour maintenir l’emploi. En l’espace de 20 ans elle a perdu la moitié de ses habitants, d’autant plus avec le début de la guerre en 2014. C’est à cette période que les habitants s’intéressent de nouveau à l’histoire de leur ville, et décident de revenir au nom de New York. Ce n’est qu’en 2021 que ce désir se concrétise enfin.

Comme tout guide, New York, Ukraine propose des lieux où se restaurer, où dormir, mais aussi les sites à voir aux alentours. Aux côtés des auteurs le lecteur découvre des lieux atypiques ou au contraire parfaitement banals ; des personnages qui manient l’humour comme remède au désenchantement. Interview d’une boulangère, ou encore du maire de l’époque détaillant ses plans pour la création d’un hub civique et culturel dans la « maison allemande » dans l’ancienne artère principale de la ville. Chaque lieu à visiter est l’occasion de rencontrer les habitants et d’évoquer le passé et l’avenir souhaité.

Servi par les photographies de Niels Ackermann, qui explore l’ordinaire, l’intime ou l’infime, ce guide qui a tout du documentaire, célèbre une ville en mouvement, qui ne désespère pas.

Et l’origine du nom de cette ville dans tout ça ? Il y a de nombreuses hypothèses, à vous de décider celle qui vous convaincra !

A l’heure où nous écrivons cet article, New York est illégalement occupée par l’armée russe.

«New York, Ukraine, Guide d’une ville inattendue» de Sébastien Gobert et Niels Ackermann, aux Editions Noir sur blanc, 204 pages.