Hanna Volska vit en France et se rend régulièrement à Kharkiv, la ville dont elle est originaire. Elle raconte ses différents séjour dans un livre (1) Repartir en Ukraine qui nous plonge dans la vie ordinaire des Ukrainiens en temps de guerre.
Alors que la grande invasion de l’Ukraine dure depuis plus de 4 ans, il s’est passé tant de choses. Nous avons presque oublié comment tout a commencé, la sidération des premiers jours, les hésitations: faut-il partir ou rester? Le livre d’Hanna Volska se lit comme un journal qui permet de se souvenir. Ukrainienne vivant en France, elle retourne régulièrement à Kharkiv, sa ville natale. Et elle raconte ses voyages où elle retrouve à chaque fois sa belle-sœur, ses amis d’université, et des rues familières.
Elle retourne pour la première fois sur place en décembre 2022, soit huit mois après le déclenchement de la grande invasion russe. Puis elle y revient chaque année, parfois au seuil de l’été, parfois en hiver, la dernière fois en janvier 2025.

Ici, pas d’analyse géopolitique, pas de récit de combats sur les lignes de front, et très peu de politique. Mais juste la vie: celle de familles ordinaires éprouvées par la guerre et qui tentent de continuer à vivre. Leurs préoccupations sont simples: comment garder le moral? Prendre soin de ses proches? Comment vivre l’absence d’un mari parti au front? Comment éviter de céder à la peur et en même temps ne pas trop s’exposer?
Hanna est invitée chez des amis ou les rencontre dans un des cafés de la ville, elle prend des nouvelles et partage avec nous les évènements très concrets de leur vie. Parfois aussi, elle s’interroge, se retourne sur son passé, mais sans chercher à donner un sens à des évènements qui ne peuvent pas en avoir un.
Kharkiv est une ville universitaire et industrielle qui se trouve près de la frontière russe. Elle fait partie des endroits les plus bombardés. Certains missiles qui partent de la Russie ne mettent que quelques minutes pour arriver, si bien qu’il est souvent impossible de s’abriter. Cette situation crée une pression particulière sur les habitants.
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Malgré tout, ils s’efforcent de continuer à vivre. Au lendemain d’un bombardement nocturne, alors qu’Hanna demande à sa belle-sœur comment elle va, celle-ci répond: « On se lève, on se dépoussière les genoux et on va travailler ».

A chacun de ses voyages, Hanna trouve davantage de bâtiments détruits par les bombes russes, davantage aussi de librairies et de peintures murales d’Hamlet, un artiste local très apprécié des habitants. Elle partage quelques photos et poèmes trouvés sur les murs.
A chaque voyage aussi, on retrouve certains personnages et on mesure le temps qui passe, ce qu’il fait sur la vie des habitants. Tout le livre est nimbé d’une atmosphère douce-amère. Il y a la cruauté des événements en cours, mais aussi la prise de conscience des Ukrainiens qui redécouvrent leur histoire, leur identité, et dont le regard porté sur leur voisin russe change de façon irrémédiable. On est au plus près de la vie quotidienne des Ukrainiens de Kharkiv, dans ce journal de voyage écrit avec délicatesse et sensibilité.
(1) Hanna Volska, Repartir en Ukraine, 7,90 euros, 130 p., à commander sur Amazon

