Aline Le Bail-Kremer Journaliste à la revue La Règle du Jeu, Tyzhden, LCI et co-fondatrice du collectif européen Stand With Ukraine

Pour un bouclier allié au dessus de l’Ukraine, une simple signature peut faire la différence

Politique
3 septembre 2025, 18:53

Une pétition circule pour soutenir le projet « Bouclier du ciel », qui vise à protéger l’Ukraine des bombardements aériens. Ce projets est soutenu par d’anciens généraux. Il manque la volonté politique. Pour cela, il est utile de signer.

« Il faut fermer le ciel ». Ces mots sont parmi les premiers que l’on a reçu des gens qu’on aime en Ukraine, lorsque la Russie a déclenché sa guerre d’invasion à grande échelle le 24 février 2022. Une fois, deux fois, maintes fois. Et puis ces mêmes mots ont été repris partout, avec un # sur les réseaux sociaux, « Close The Sky ». Fermer le ciel, zone d’exclusion aérienne, No Fly zone. Plusieurs formules pour dire l’enfer et l’angoisse des Ukrainiens. Ils savaient bien pour beaucoup, que la Russie bombarderait sans foi ni loi, les civils, comme elle l’a toujours fait. Que de ce ciel qu’ils chérissent, tomberaient en nuées souffrances et dévastations.

Ils savaient que pour survivre, il faudrait résister, comme ils le font depuis tant d’années, mais à la plus grande échelle d’une violence que le continent n’avait pas vécue depuis la Seconde Guerre mondiale. Et puis l’enfer des drones. Et puis la succession sans fin d’exactions perpétrées par les Russes, les massacres, les tueries, les témoignages de ceux qui parviennent à en parler, les découvertes macabres, les marques de barbaries sur les corps et les esprits, parfois à rebours de l’actualité militaire immédiate, une fois une enquête précise terminée ou un état de choc surmonté.

Ce qui s’écrit en Europe en 2025 est infini. Un papier de tragédie toutes les 5 minutes à distance, un roman historique à écrire tous les 50 mètres au sol. Ce que la Russie fait au monde est incommensurable, responsable de millions de douleurs, chagrins, deuils, crimes, crimes de guerre, contre l’humanité, de génocide, sans que justice n’ait pu réparer quoi que ce soit depuis des décennies. Et la Russie n’arrêtera pas d’elle-même son entreprise de destruction et de soumission des peuples, pilotée par des salauds impérialistes et applaudie par les brutes et les imbéciles morgue rance aux lèvres, qu’elle appelle « crise » ou « opération spéciale ».

La Russie ne la terminera pas, tant que nous ne l’y contraindrons pas, tel un ogre, bel et bien, un monstre qui voudrait tout avaler « from Béring to the sea », tout détruire, russifier, tout effacer, torturer, abimer, blesser, humilier, pour enfin régurgiter une matière infecte faite de pulsion de mort et de malheurs, vendue ensuite à la face du monde et des chancelleries complices ou non, comme un ersatz de soi-disant « grande âme » et culture russe. Voyez Marioupol, et ses quelques constructions sorties de terre au milieu des ruines pour la galerie Potemkine, profanant les cimetières, les scènes de crimes, les mémoires, les morts et les vivants, pervertissant jusqu’aux mots des pauvres collaborateurs pathétiques du régime discutant rénovation et mobilier urbain pour quelques journalistes de télévisions en mal de reportages minables et indigents ou de propagande volontaire, idiots utiles de Thanatos, au-dessus des cadavres du siège qui a vu mourir de faim et de froid jusqu’aux rescapés de la Shoah.

« Fermer le ciel, c’est sauver des vies ». Depuis plus de 3 ans et demi, l’Ukraine demande des renforts en matière de défense aérienne. De divers ordres, aux appellations diverses, Patriot, Mamba, Iris, tombées dans le langage courant, jusqu’aux appels à l’aide pour financer les propres systèmes ukrainiens d’interception des drones Shahed, ces « martyrs » d’un type aussi fanatique que leurs concepteurs islamistes.

« Fermer le ciel d’Ukraine ». La formule s’est mue en différents scénarii, temporalités, différentes expressions mais toujours avec toute l’urgence vitale d’un peuple noyée au milieu de cette dystopie soviétique que sont devenus certains débats publics tournant en rond pour contourner les fondamentaux.

En Europe, en 2025, que faire pour que cesse d’être massacrés quotidiennement femmes et enfants par les bombes, drones, et missiles russes ?

Et non, que l’Ukraine se rende n’est pas une option : cela n’arrêterait en rien les crimes russes.
En Europe, en 2025, allons-nous accepter un nouveau mur et rideau de fer en sachant très bien ce qu’il se passe derrière (tortures, viols, assassinats, etc., déportations d’enfants, de mineurs, répertorié sur catalogue, y compris les très jeunes filles…) ?

Ce que la perversion de cette dystopie abime aussi ? Notre honneur, nos petites dignités, nos petites vies, vanités, réduites et condamnées à être aussi médiocres que des serpillères de bazar bon marché, car nous aurions laissé faire, tout en prétendant incarner valeurs, grandes idées et grandes gestes militaires.

En attendant, l’Ukraine résiste. Encore. Toujours. ELLE N’A PAS LE CHOIX.

Elle veut vivre, maintenant, et surtout pour ses enfants. Alors, elle se bat, s’engueule, parfois, épuisée, souvent, par le combat, bien sûr, mais aussi par certaines lâchetés plus à l’ouest et incapacité chronique de certains à ne pas comprendre le logiciel russe après avoir assisté à tout ça.

Heureusement, une partie non négligeable des Européens refuse cette atonie : aide humanitaire, levée de fonds, messages de soutien dans lesquels on peut lire, non plus la peur, mais la colère d’assister en direct au meurtre quotidien de civils ukrainiens et à cette agression russe alors que s’éteignent, se rallument et tournent en rond, les crépusculaires discussions sur les « lignes rouge », la « cobelligérance » et autres marronniers autour de la terreur nucléaire, instrumentalisés par Moscou très exactement pour ralentir et enrayer tous les mécanismes d’aide à l’Ukraine depuis maintenant plus de 11 ans.

Parmi les initiatives citoyenne de soutien à l’Ukraine, une pétition lancée par un collectif français, a relancé via les réseaux sociaux, un plan européen de défense aérienne élaboré dès 2022 par d’anciens planificateurs militaires de pays européens et expert en sécurité européennes, présenté au grand public sous le nom SkyShield, le bouclier du ciel, en mars 2024, soutenu par plusieurs dizaines de parlementaires, diplomates, et généraux, dont le général Philip M. Breedlove, ancien commandant suprême des forces alliées en Europe et général quatre étoiles à la retraite de l’US Air Force, Richard Shirreff, ancien général de l’armée britannique et commandant suprême adjoint des forces alliées de l’OTAN, l’ancien président polonais Aleksander Kwaśniewski, Jukka Kopra Président du Comité de défense de Finlande, ou encore, côté français, le général Vincent Desportes, et le député Frédéric Petit.

Selon ce projet, 120 avions de chasse suffiraient à sécuriser l’espace aérien de la moitié du territoire ukrainien, en aidant la défense aérienne ukrainienne à abattre les missiles et drones russes qui visent les villes et les civils, les infrastructures énergétiques et critiques de l’Ukraine. Et ainsi peut-être même forcer enfin la Russie à un « cessez-le feu dans les airs », selon la formule de Volodymyr Zelensky, si le projet était lancé sans attendre ? Ce bouclier du ciel nécessiterait la création d’une flotte de coalition, de 120 avions de combat donc, dont des F-16 ou leurs équivalents opérationnels, tels que les F-35, les Mirage, les Eurofighter Typhoon ou encore les JAS 39 Gripen, opérant à partir de bases aériennes européennes.

Pour maintenir son efficacité opérationnelle, l’initiative impliquerait également des avions de détection radar à longue portée, des avions ravitailleurs, de reconnaissance et de guerre électronique spécialisés, soit des capacités déjà disponibles dans les pays de l’UE et au Royaume-Uni.

Selon les promoteurs de l’initiative, le risque pour les pilotes impliqués dans l’opération SkyShield serait minime et il ne s’agirait aucunement d’affronter des soldats russes en direct, mais de neutraliser des objets sans pilote. Les avions de la coalition, indépendante de l’OTAN, opéreraient exclusivement au-dessus de territoires alliés, en étroite coordination avec les forces armées ukrainiennes, allégeant par ailleurs la charge dantesque de ces dernières et de ses unités de défense anti-aérienne, qui pourraient alors se concentrer sur d’autres tâches toute aussi impératives pour elles plus à l’est et au nord du pays.

La Russie sera furieuse, a- t-on déjà entendu, affligée. Peu importe en réalité, la Russie ne donnera ni ne respectera aucun accord qui puisse sécuriser l’Ukraine libre et indépendante. Jamais. Encore un faux débat absurde qui tourne rond. Personne n’a demandé d’autorisation à Staline avant de créer la plus grande alliance de sécurité du monde libre en 1949.

Depuis quelques jours, en France, un collectif de soutiens à ce projet de défense aérienne de l’Ukraine mobilise autour d’une pétition reprenant et détaillant les éléments de ce bouclier, avec une estimation du nombre d’avion nécessaire à l’opération, finalement beaucoup moindre.

« Le Royaume-Uni, la France et une douzaine d’autres pays seraient prêts à soutenir le projet de diverses manières : certains en fournissant des avions, d’autres en finançant ou en apportant un soutien politique », indiquait déjà à Tyzhden en juillet dernier Lesia Orobets, figure de la société civile ukrainienne, ancienne députée à la Verkhovna Rada, et partisane du projet, « la planification est déjà en cours, et une stratégie militaire est à l’étude », confiait-elle alors.

Un projet de bouclier d’un ciel porteur d’espoir et non de mort, surtout s’il était mis en place au plus vite.