Maksym Nesteléev Critique littéraire ukrainien, traducteur, journaliste culturel

La Russie détient illégalement au moins 26 journalistes ukrainiens

13 juin 2026, 05:20

Les journalistes paient un lourd tribut du fait de l’agression russe. Au moins 131 d’entre eux ont perdu la vie depuis 2022, soit dans l’exercice de leur travail, soit en tant que soldat enrôlé dans l’armée ukrainienne. Au moins 26 sont également détenus dans les prisons russes et souvent victimes de mauvais traitements.

La commission de la Verkhovna Rada d’Ukraine chargée d’enquêter sur les crimes commis par les forces armées de la Fédération de Russie à l’encontre de journalistes a récemment publié un rapport sur la situation entre le 4 décembre 2025 et le 4 juin 2026.

Le document s’intéresse à la détention illégale de journalistes ukrainiens sur le territoire russe et dans les territoires ukrainiens temporairement occupés, à la collecte de preuves des crimes commis contre les professionnels des médias et au travail mené au niveau international pour attirer l’attention sur ces violations.

Il y est indiqué que 26 journalistes et professionnels des médias seraient détenus illégalement en Russie. Dans le même temps, le Comité international de la Croix-Rouge n’a enregistré qu’une seule personne figurant sur cette liste. Cela signifie en réalité qu’il n’y a pratiquement aucun contrôle international sur la situation des professionnels des médias illégalement emprisonnés.

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Certains journalistes sont détenus illégalement depuis 2014. Certains, qui étaient détenues illégalement, ont toutefois été libérés :

– Dmytro Khilyuk ;

– Mark Kaliush ;

– Vladyslav Yesypenko.

Selon les estimations globales présentées dans le rapport, au moins 131 professionnels des médias ont perdu la vie à la suite de l’agression russe. Parmi eux :

– 15 journalistes ont été tués alors qu’ils exerçaient leurs fonctions ;

– 14 professionnels des médias ont été des victimes civiles des attaques russes ;

– 102 représentants des médias ont trouvé la mort alors qu’ils s’étaient enrôlés au sein des Forces de défense ukrainiennes, en défendant leur pays.

La Commission a également examiné les questions de l’emprisonnement illégal, des persécutions à motivation politique et du recours par la Russie à des mécanismes pseudo-juridiques pour exercer des pressions sur les journalistes. Au moins 35 cas ont été recensés. Ces méthodes sont utilisées aussi bien à l’encontre des journalistes ukrainiens que des correspondants étrangers (RAI, CNN, Deutsche Welle, ABC News, France 24).

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Le cas de Viktoria Roshchyna occupe une place à part dans cette étude, car il constitue l’un des exemples les plus révélateurs du caractère systématique des répressions russes à l’encontre des journalistes. Cette journaliste ukrainienne a été torturée à mort en détention en septembre 2024. Dans ce cas, plusieurs formes de persécution se sont combinées. C’est pourquoi la Commission considère cette affaire non seulement comme un crime isolé contre une personne en particulier, mais aussi comme un exemple d’une politique plus large de la Fédération de Russie visant à étouffer le journalisme indépendant et à dissimuler la vérité.

Les données de l’Union nationale des journalistes d’Ukraine (UNJU) sont légèrement différentes. Selon eux, au 20 mai 2026, au moins 28 civils, professionnels des médias, étaient détenus par la Russie ; par ailleurs, la Russie détient au moins un représentant des médias parmi ceux qui se sont mobilisés pour défendre l’Ukraine dans les rangs des Forces de défense ukrainiennes.

Le Centre des droits de l’homme ZMINA fait état de 27 journalistes ukrainiens détenus par la Russie. Victoria Nesterenko, responsable de projets au sein du Centre, a déclaré à l’antenne de Hromadske :

« Nous avons connaissance de 27 journalistes et de plusieurs autres correspondants de guerre qui sont détenus illégalement. Soit sur les territoires temporairement occupés, soit transférés vers des lieux de détention situés sur le territoire de la Fédération de Russie. Seuls quelques-uns sont détenus au secret, tandis que la majorité sont des journalistes originaires de la péninsule de Crimée, qui y ont été arrêtés il y a déjà plusieurs années. Des procédures pénales ont été ouvertes à leur encontre dès le début, et des procès ont commencé. Beaucoup ont déjà été condamnés. Les peines sont assez sévères, car ils ont été accusés de terrorisme et d’extrémisme, ce qui est passible de 7 à 15 ans d’emprisonnement ».

Elle a souligné que la Russie maintient les journalistes ukrainiens à l’isolement, coupés du monde extérieur. Certains qui ont été arrêtés dans les territoires occupés depuis 2022 sont également détenus au secret, c’est-à-dire sans accès à un avocat, à leurs proches ni à aucune communication avec le monde extérieur.

Anastasia Gloukhovska

La journaliste Anastasia Gloukhovska est dans ce cas. « La Fédération de Russie ne confirme pas où elle se trouve et ne porte aucune accusation officielle contre elle », indique la défenseuse des droits de l’homme. Elle souligne que la Russie ne se montre pas disposée à négocier la libération des journalistes ukrainiens détenus illégalement.

Dans les lieux de détention russes, les citoyens ukrainiens sont régulièrement victimes de tortures, de pressions psychologiques et de discrimination, et se voient privés de soins médicaux.