Serhiy Demtchouk Ancien rédacteur en chef du journal The UKrainian Week/ Tyzhden, militaire

Les nouvelles recrues de l’armée ukrainienne

Guerre
15 juin 2026, 17:32

Serhiy Demtchouk, ancien rédacteur en chef de Tyzhden, est aujourd’hui militaire dans l’armée ukrainienne. Dans cet article, il raconte l’histoire d’Artem, qui occupait encore récemment un emploi civil et n’avait aucune expérience des drones, mais qui est aujourd’hui pilote de drones d’attaque au sein du 253e régiment d’assaut indépendant « Arey » et a reçu une distinction du ministère de la Défense pour avoir mené à bien des missions de combat.

La plupart des gens ont peur de la mobilisation. C’est compréhensible et ce n’est pas une nouveauté. Les réseaux sociaux diffusent des images montrant des militaires du Centre de recrutement et des futures recrues. Mais ce que l’on ne voit pas, c’est que la plupart des personnes mobilisées trouvent leur place dans l’armée et s’acquittent efficacement de leurs tâches.

Artem a été enrôlé dans l’armée alors qu’il faisait ses courses.

Quand il est arrivé au Centre de recrutement, il a eu une conversation à cœur ouvert avec les militaires présents. On lui a dit qu’il y avait un bon commandant dans un régiment renommé et qu’on allait l’y envoyer. C’est ainsi qu’Artem est devenu pilote de drones au sein du 253e régiment d’assaut indépendant« Arey ». Il n’avait jamais eu affaire à des drones auparavant. Je ne dirais pas que la formation a été facile. Il n’a même pas réussi l’examen du premier coup. Il n’arrivait pas à maîtriser le microcontrôle dans un espace restreint. Puis il a pris le coup de main et a même formé les nouveaux.

Dès sa première rotation au combat, il se souvient d’être sorti de son abri pour récupérer un colis largué à un endroit précis. L’ennemi les a repérés depuis les airs.

« On s’est précipité vers la zone d’atterrissage. Un drone russe nous guidait, se souvient-il. Les FPV ont commencé à nous tirer dessus. Les gars en ont compté entre huit et douze. Ils n’arrivaient pas à nous toucher. J’ai compris que les pilotes n’étaient pas très doués… Puis l’artillerie a commencé à mettre la zone d’atterrissage en pièces. C’était le soir. Il fallait se cacher quelque part dans une maison avant la nuit. Sinon, les caméras de nuit nous auraient repérés. On a attendu le bon moment et on s’est enfui. On a rejoint une unité voisine. Ils nous ont très bien accueillis, nous ont offert du thé. On a poussé un soupir de soulagement. Merci à la 260e brigade. Ce sont de très bons gars ».

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Le lendemain matin, en sortant, nous sommes tombés sur des drones-surveillants. Nous les avons mitraillés. Mais d’autres sont arrivés. Nous sommes retournés vers nos voisins. Nous avons attendu. Nous avons tracé un autre itinéraire et, dans la soirée, nous avons atteint notre point de rendez-vous.

« On avait vraiment envie de leur rendre la pareille. On a réussi dès notre première mission. On a repéré les ennemis : ils étaient cachés sous une couverture, mais leur présence a quand même été détectée. On s’est approché et on a vu un filet de pêche. Il n’avait pas pu se retrouver là par hasard. On a contourné le filet et on a frappé là où il fallait. On a aussi tiré sur les tourelles et les antennes de l’agresseur… »

Pour cette efficacité, Artem a reçu la « Croix des forces terrestres » décernée par le ministère de la Défense.

« Je suis fier de ces gars. Ils viennent d’arriver, ont suivi une formation et s’acquittent bien de leurs missions : ils acheminent de l’eau, des radios et d’autres fournitures à leurs camarades », déclare Dmytro Liouty, commandant de la section des drones d’attaque. « C’est effrayant de se retrouver en guerre. N’importe qui serait inquiet. Mais les gars se sont ressaisis, ils ont compris qu’on les traitait bien, que les conditions étaient bonnes. Il y a du travail et du repos. Et voilà qu’ils travaillent avec dévouement ».