La Russie proteste contre la décision de confisquer un de ses navires, le Professeur Molchanov, utilisé pour des croisières dans l’arctique. La Norvège a saisi ce navire à la demande de Naftogaz Ukraine, en exécution d’une décision de justice. Le navire est immobilisé dans l’archipel du Svalbard.
Le Professeur Molchanov va rester à quai. Ce navire russe a été immobilisé en application d’une décision de la justice norvégienne, rendue le 31 août par le tribunal de district de Nord-Troms et Senja. Le navire russe faisait route vers l’archipel norvégien du Svalbard, où il est désormais immobilisé. La presse russe qualifie ce verdict de « provocation géopolitique ».
La saisie du navire fait suite à une décision rendue en 2023 par le tribunal arbitral de La Haye. À l’époque, le tribunal avait condamné la Fédération de Russie à verser 4,22 milliards de dollars à « Naftogaz » à titre d’indemnisation pour les actifs perdus par la société à la suite de l’occupation de la péninsule de Crimée, mais Moscou ne s’est pas exécutée.
« Conformément à la décision du tribunal, le navire n’est pas autorisé à quitter son lieu de stationnement, à savoir le port de Barentsburg, au Spitzberg », précise radio Svoboda.
Moscou a convoqué l’ambassadeur de Norvège. Les Russes avancent le fait que « le navire effectuait une traversée entre Mourmansk et Barentsburg afin de transporter des employés d’« Arktikugol » et des scientifiques et qu’il avait à bord des marchandises nécessaires à l’approvisionnement des chercheurs ».
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L’administration du gouverneur du Svalbard a publié un communiqué dans lequel elle a confirmé que le navire a été intercepté et sera retenu sur l’île, ajoutant : « Le gouverneur veillera au bien-être de l’équipage et des passagers à bord du navire, en collaboration avec la société « Trust Arktikugol », note la BBC.
Le Svalbard, situé à mi-chemin entre le pôle Nord et le continent européen, fait partie du territoire norvégien depuis 1925 et est régi par un accord de 1920 qui autorise les Russes à s’installer sur l’archipel sans visa. De fait, Barentsbourg est l’une des deux localités dites « russes » du Spitzberg, tout comme Pyramida. Selon les données de l’Office norvégien des statistiques, elles comptent 392 habitants sur une population totale de 2 914 personnes.
La région est placée sous l’égide du Conseil de l’Arctique, un forum intergouvernemental qui traite des questions relatives aux pays de l’Arctique et aux peuples autochtones de la région. Le Conseil compte huit membres, parmi lesquels figurent, outre la Russie, sept pays de l’OTAN — le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège, la Suède et les États-Unis — ainsi qu’un certain nombre de pays observateurs.
« Naftogaz » est en procès contre la Russie depuis 2016. Les intérêts de la société ukrainienne sont représentés par le cabinet d’avocats américain Covington. Selon les informations fournies par « Naftogaz », en vertu de la Convention de New York de 1958 pour la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères, l’Ukraine est en droit d’exiger l’exécution forcée de la sentence sur le territoire des États où se trouvent les actifs de la Fédération de Russie.
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Outre le respect des principes du droit international, selon les experts ukrainiens, Oslo agit au nom de ses propres intérêts dans l’Arctique, compte tenu de la forte activité russe dans la région. « Dans l’Arctique, la Russie vise à étendre sa zone économique maritime, notamment en raison de l’abondance des ressources minérales, et construit à cette fin une puissante flotte de brise-glaces », déclare Andriy Ryzhenko , capitaine de 1er rang de réserve de la Marine des Forces armées ukrainiennes, chef d’état-major adjoint de la Marine (2004-2020) et directeur de la transformation de la société « Sonata ».
« Il y a quelques années, la Russie a créé un district militaire arctique. Il y a actuellement un nombre assez important d’unités militaires dans cette région », a-t-il indiqué. Selon M Ryzhenko, sur l’île de la Terre-de-François-Joseph, les Russes ont considérablement développé leurs systèmes de défense aérienne et de guerre électronique, et renforcent considérablement leur présence militaire. Les ambitions russes concernant l’Arctique sont liées aux ressources minérales – pétrole, gaz, métaux non ferreux, etc. –, qui y sont très abondantes.
La décision du tribunal norvégien a connu un précédent. Auparavant, début juin 2026, le tribunal de district de la ville suédoise d’Estad avait décidé que le cargo Caffa, immobilisé par les autorités suédoises en mars dans la mer Baltique car soupçonné d’appartenir à la « flotte fantôme » russe, serait remis à l’Ukraine. À l’époque, le procureur général d’Ukraine, Ruslan Kravchenko, avait qualifié cette décision de premier cas où un tribunal étranger, à la demande de la partie ukrainienne, « avait validé l’arrestation d’un navire impliqué dans l’exportation de produits ukrainiens » depuis les territoires occupés. « Les autorités ukrainiennes estiment que le navire Caffa transportait, durant l’été 2025, du blé depuis Sébastopol, ville occupée, vers le port syrien de Tartous. Selon M. Kravtchenko, un stratagème reposant sur un enregistrement fictif aurait été utilisé pour dissimuler cette activité », précise DW.
« C’est une nouvelle étape importante vers le rétablissement de la justice. Nous continuerons à rechercher les actifs russes partout dans le monde jusqu’à ce que l’indemnisation accordée à « Naftogaz » et aux autres sociétés du groupe soit versée », a déclaré Serhiy Fedorenko, président par intérim du conseil d’administration de la société ukrainienne.


