Aline Le Bail-Kremer Journaliste à la revue La Règle du Jeu, Tyzhden, LCI et co-fondatrice du collectif européen Stand With Ukraine

Claude Malhuret : « Les lignes rouges de Poutine sont du bluff »

Politique
6 novembre 2026, 13:26

Un débat en France, au Sénat, devait avoir lieu ce 5 novembre autour de la protection du ciel ukrainien et d’une résolution du sénateur Claude Malhuret. La discussion a porté finalement sur les enjeux et les dangers qui subsistent, à l’issue de ces élections outre-Atlantique : « L’Ukraine, au lendemain des midterms, quelle stratégie pour la France et l’Europe ? »

Aux États-Unis, les démocrates ont repris le contrôle du Congrès, et c’est un basculement politique majeur. La vague bleue fut massive, y compris dans des États historiquement républicains. Soulagement démocratique pour beaucoup, ce scrutin ne doit cependant pas minimiser les pouvoirs qui restent conférés à l’administration Trump, qui devra, certes, tenir compte de cette nouvelle donne des rapports de forces institutionnels en sa défaveur, mais qui ne modifiera pas forcément radicalement, et à court terme, sa politique étrangère erratique.

« Il y a bientôt deux ans, ici même, je comparais la présidence de Trump à la cour de Néron. Je m’étonnais de la résignation des Américains et j’annonçais qu’ils se ressaisiraient un jour. Ce jour est arrivé. Mais ne faisons pas l’erreur de croire que la déroute des MAGA règle tout », a déclaré en introduction de cette séance, Claude Malhuret, grand défenseur de l’Ukraine, à la tribune du Sénat, martelant également que « nous devons, de ce côté comme de l’autre de l’océan, nous engager pour l’Ukraine au-delà, bien au-delà de ce qui a été fait jusqu’ici, et comprendre qu’une aide très supérieure à celle que nous avons apportée serait infiniment moins coûteuse qu’une victoire de Poutine ». L’erreur sera bien de croire que ces élections américaines nous dispensent de construire notre autonomie stratégique, dit-il.

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« Ici et aux États-Unis, ceux qui veulent faire gagner l’Ukraine, réformer l’alliance atlantique et protéger l’Europe des assauts de Poutine vont livrer un combat difficile pour vaincre ses alliés, l’extrême droite et l’extrême gauche », a alerté Claude Malhuret en conclusion.

Photo : Aline Le Bail Kreamer

Il a également accepté de répondre à quelques-unes des questions de Tyzhden à l’issue du débat.

– Aujourd’hui, il était annoncé au Sénat une discussion autour de votre résolution sur la sécurisation du ciel ukrainien. Le débat s’est finalement déplacé sur la question de l’ Ukraine au lendemain des midterms et des stratégies de la France et de l’ Europe. Pourquoi ? L’extrême gauche, et droite, ont invoqué un refus du « bellicisme » de la résolution, et de toute « entrée définitive en co-belligérance ». Mais quelle est votre explication ?

– Je pense que la situation politique créée par les midterms américaines ont une importance stratégique. Bien entendu, tout ne va pas changer à 180°. Mais la situation politique aux États-Unis a quand même désormais beaucoup changé, et elle est tout à fait favorable à l’Ukraine, bien entendu. En tout cas, c’est ce que j’espère. Et par conséquent, cela m’a paru être un élément important, qui était celui qu’il fallait discuter aujourd’hui, parce que c’est celui qui conditionne l’avenir.

La deuxième raison est que nous avons déjà voté une proposition pour soutenir SkyShield il y a un certain nombre de mois. Et quand j’ai fait cette dernière proposition de résolution, on m’a fait remarquer qu’une autre avait été déjà votée, avec des termes différents, mais voisine. Donc je me suis dit que dans ces conditions, il était peut-être préférable de parler du débat politique actuel aux États-Unis, et en Europe, puisqu’ils sont liés.

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– Est-ce qu’il y a un espoir selon vous que cette résolution se transforme en essai sur le terrain?

– L’autre raison, c’est effectivement que j’ai pensé qu’il valait mieux introduire un premier débat sur cette nouvelle situation géostratégique. Lorsque j’ai présenté ma proposition de résolution, je ne savais pas du tout ce que donneraient les élections américaines. Et par conséquent, cette proposition risquait d’avoir des considérants ne correspondant plus à la situation politique actuelle. J’ai pensé qu’il valait mieux en tenir compte, qu’il valait mieux faire un débat. Bien entendu, moi j’y suis tout à fait favorable, d’autres groupes le seront d’ailleurs, favorables à ce qu’il y ait une proposition de résolution peut-être plus d’actualité, par rapport au mois qui viennent. Les choses évoluent à mon avis assez vite sur le plan militaire et diplomatique.

– Quels sont les contacts entre les sénateurs français et américains ? Est-ce que cette question est abordée ?

– Il y a des contacts en permanence, il y a des groupes d’amitié qui se rencontrent fréquemment, des réunions de parlementaires de l’Union internationale des parlementaires. Il y a beaucoup de réunions institutionnelles, beaucoup de Français de l’étranger sont aux États-Unis, des sénateurs et des députés français de l’étranger. Par conséquent, les contacts sont bien entendu fréquents et permanents. Il y a aussi des contacts dans le cadre des institutions parlementaires de l’OTAN. Les contacts sont donc bien permanents. Ils étaient sans doute un peu moins chaleureux depuis deux ans… Je pense qu’ils vont le redevenir.

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– Il y a les États-Unis, mais il y a aussi les autres puissances européennes. Au niveau européen, que pouvez-vous nous dire de l’accueil de l’idée de protection, de sécurisation du ciel ukrainien ? Certains disent que c’est impossible, que cela ne se fera jamais parce que personne n’en veut, etc., mais n’ y a-t-il pas des endroits sur ce continent où cette idée est accueillie positivement ?

– Je ne suis pas capable de vous répondre. Aujourd’hui. majoritairement, les Européens sont frileux. Et de mon point de vue, ils le sont depuis le début. Ils pensent toujours qu’il faut respecter des « lignes rouges », etc. Mais chaque fois que les Ukrainiens franchissent ces dernières, on s’aperçoit que Poutine ne fait rien du tout. Parce qu’il ne peut pas faire plus que ce qu’il fait, et que ces lignes rouges russes sont du bluff. Mais je ne suis pas Président de la République française, en charge du bouton nucléaire.

Je comprends qu’il puisse y avoir des opinions, des estimations différentes. Je pense pour ma part que toutes ces lignes rouges ne sont rien, ne valent rien, que la menace nucléaire ne vaut rien, parce que les Chinois ont interdit aux Russes, leur ont dit, qu’ils ne les suivraient pas sur une telle option, et par conséquent, il s’agit d’une fois de plus, d’un bluff. Mais je ne suis pas dans l’exécutif. Beaucoup de parlementaires pensent comme moi, mais au niveau des gouvernements, des administrations militaires… Je trouve les Européens frileux, et en même temps, le sujet est complexe.

– Mais il y a aussi des opinions publiques. À certains endroits, elles ne hurleront probablement pas ?

– Non, et il y a aussi des opinions différentes entre l’Est et l’Ouest de l’Europe. Il se trouve que la France aujourd’hui, par rapport à l’Espagne, l’Italie ou les pays plus loin du théâtre de la guerre, conserve une opinion publique qui est très favorable à l’Ukraine. Je n’étais pas sûr de cela il y a encore 2, 3 ans.