Aline Le Bail-Kremer Journaliste à la revue La Règle du Jeu, Tyzhden, LCI et co-fondatrice du collectif européen Stand With Ukraine

Nathalie Loiseau : « Nous devons protéger le ciel ukrainien »

Politique
2 octobre 2026, 09:15

Nathalie Loiseau, Présidente de la commission Sécurité et Défense du Parlement européen et ancienne ministre des Affaires européennes, s’exprime dans son interview pour Tyzhden sur le danger extrémiste, des ingérences des puissances étrangères dans la campagne présidentielle en France et sur les perspectives de l’union des forces de « l’espace central » pour gagner les élections.

– L’Union européenne vient de sanctionner Xenia Fedorova, confirmant ainsi les sanctions françaises à son encontre. Pour vous, qui aviez initialement porté cette démarche, que dire de la Xenia Fedorova désormais en carton adoptée sur le plateau de Cnews ?

– Je me félicite que l’Union européenne ait inclus Xenia Fedorova dans la liste des personnes sanctionnées. Elle y avait toute sa place et elle aurait dû y figurer depuis longtemps. Que CNews en fasse une icône interroge. Quelle mouche a piqué cette chaîne pour laisser autant de place à la propagande mensongère du régime russe ?

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– On a vu le Rassemblement National dénoncer, dans un communiqué plutôt disruptif avec leur positionnement habituel sur le sujet, les ingérences étrangères à la suite de la réunion élyséenne alertant notamment sur l’enjeu fondamental que représente la menace russe. Docteur Jekyll et Mr Hyde ? Que dit ce communiqué de la stratégie du Rassemblement National pour 20027 ?

– Sur ce sujet comme sur tous les autres, le RN essaie de brouiller les pistes. Il ne dénonce des ingérences que lorsqu’il ne peut plus les nier. Mais le RN n’a jamais soutenu aucune sanction contre Moscou, s’est toujours opposé à la lutte contre les ingérences au niveau européen, encore très récemment, conserve dans ses rangs des élus qui soutiennent résolument la Russie et annonce qu’il interrompra le soutien à l’Ukraine s’il arrive au pouvoir. Ce n’est pas un maigre communiqué de presse qui va pouvoir cacher l’épaisseur de la complaisance du RN avec la Russie de Vladimir Poutine. Cela s’appelle vraiment prendre les Français pour des imbéciles.

– Que dire des déclarations de Fabien Roussel sur le même sujet : « Nos choix qui auraient prolongé la guerre » ?

– Je suis atterrée par ce que j’ai entendu. Le Parti communiste devrait pourtant avoir la mémoire longue : il a été le seul parti français à voter contre les accords de Munich en 1938 en dénonçant la capitulation face à Hitler, bravo, avant hélas de soutenir le pacte germano-soviétique qui a précipité la deuxième guerre mondiale. Il a aussi été un parti de grands résistants face à l’Allemagne nazie, avant de fermer les yeux sur les horreurs du stalinisme. Un peu de sérieux ! Se dire de gauche et n’avoir aucune considération pour l’agressé face à un agresseur, être journaliste, comme Fabien Roussel, et ressasser la propagande mensongère sur la responsabilité de l’OTAN dans le déclenchement de la guerre à grande échelle de 2022, cela me révolte profondément.

– Et de celles de Jean-Luc Mélenchon quant à la causalité des attaques russes, dues selon lui aux frappes en profondeur ukrainienne ?

– La jupe était trop courte ? Un pays agressé devrait renoncer à repousser son agresseur et n’aurait d’autre choix que de capituler ? Vladimir Poutine aurait été arrêté dans ses élans vers la paix par des frappes ukrainiennes ? Quel cynisme, quelle indignité ! Mais certainement pas quelle surprise, venant de Jean-Luc Mélenchon. On se souvient qu’il avait applaudi à l’annexion de la Crimée en 2014 et écrit des choses épouvantables sur l’Ukraine. Pour moi, sa position le disqualifie totalement.

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– Vous soutenez Edouard Philippe, qui a récemment déclaré qu’une « trop grande multiplicité des candidatures » à la fin de la campagne « conduira à une dispersion des voix et donc au risque d’avoir, au second tour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ». Espérez-vous une union des forces de « l’espace central » avant mai 2027 ?

– Il est hors de question que notre pays tombe dans les mains d’un parti extrémiste qui le condamnera à la division et au déclin. Le risque est élevé mais il n’est pas inéluctable. A nous de convaincre les Français, d’abord par nos propositions et par la personnalité d’Edouard Philippe, dont l’expérience de l’Etat et le caractère à la fois rassurant et rassembleur répondent aux besoins de notre pays. Il est parfaitement normal que nombre de candidats souhaitent se présenter. C’est la beauté de notre démocratie et c’est une chance dont beaucoup de peuples opprimés aimeraient disposer. Mais à un moment, il faudra être sérieux et responsable. Le risque existe d’un deuxième tour qui opposerait deux candidats extrémistes, dont les partis abritent un antisémitisme ravageur et qui sont complaisants avec la Russie. Ce risque est trop grand pour permettre l’éparpillement des voix des Français raisonnables. Semaine après semaine, les enquêtes d’opinion démontrent qu’Edouard Philippe est le seul candidat modéré à pouvoir accéder au deuxième tour. Il appelle au rassemblement. Je pense qu’il est sage de l’écouter.

– Quelles sont les grandes lignes du programme d’Edouard Philippe ?

– Edouard Philippe croit profondément que la France a tout pour réussir mais qu’elle traverse un moment qui exige des transformations fortes. Nos déficits, notre dette ne sont plus soutenables et exigent que l’on agisse pour remettre de l’ordre dans nos comptes. Sans cela, nous risquons une crise financière qui frappera d’abord les plus pauvres. Nous devons accepter de travailler un peu plus pour que notre système social résiste. Nous voulons aussi retrouver une école d’excellence, en payant mieux les enseignants, en responsabilisant les parents, en laissant plus de liberté aux établissements. Nous voulons continuer à renforcer notre effort de défense, pour dissuader tout adversaire de nous menacer. Nous voulons une action résolue pour atténuer le changement climatique et pour nous y adapter. Nous sommes aussi résolument Européens, car nous avons besoin de l’Europe pour faire face aux grands défis de notre temps. Si je devais résumer le programme d’Edouard Philippe en une phrase, je dirais qu’il est tourné vers l’avenir de nos enfants et la France que nous leur léguerons.

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– Parmi ses pistes pour financer ces aides ciblées aux Français dans le contexte d’urgence actuel, il préconise 450 millions d’économie à réaliser avec le non renouvellement de 7000 fonctionnaires sur les 130 000 annoncés sur la ligne de départ à la retraite l’année prochaine. Qui sont ces fonctionnaires ?

– La crise du prix des carburants est d’abord due à une situation géopolitique sur laquelle il faut agir en priorité. De ce point de vue, Emmanuel Macron a raison de vouloir protéger le terminal saoudien de Yambou et de proposer qu’une flotte de pays volontaires se déploie dans le détroit d’Ormuz dans le cadre d’un processus négocié. Le deuxième axe, à plus long terme, est de développer l’électrification de nos usages, pour être moins dépendants des hydrocarbures. Mais cela ne répond pas à l’urgence de l’infirmière qui voit le prix de son plein d’essence s’envoler ou du pêcheur qui hésite à sortir en mer. Il faut donc faire des choix pour financer l’augmentation des aides ciblées sans aggraver le déficit, alors que Marine Le Pen propose de baisser la taxe sur les carburants pour tous, même les plus riches, sans dire comment elle compense sa démagogie. Il y a 130 000 fonctionnaires qui partent en retraite l’an prochain. Ne pas en remplacer 7000 pour aider les Français qui dépendent le plus du prix des carburants est tout à fait accessible. On parle de 5% des départs en retraite.

– Avoirs russes gelés, protection du ciel ukrainien, quels seront les piliers de sa politique de soutien à l’Ukraine ?

– Edouard Philippe est résolu non seulement à poursuivre mais à accroître le soutien de la France à l’Ukraine. Il est favorable à l’utilisation des avoirs russes gelés pour aider l’Ukraine à repousser l’agression russe, l’Ukraine est fondée à recevoir le moment venu des dommages de guerre de la Russie. Nous, Européens, sommes fondés à lui en avancer une partie, puisque 210 Milliards d’avoirs russes sont immobilisés sur notre sol. C’est maintenant que l’Ukraine en a besoin, pas dans 5 ou 10 ans. De même, il est flagrant que, parce que l’armée russe piétine sur le front à l’Est de l’Ukraine, elle s’en prend à l’arrière. Nous devons protéger le ciel ukrainien dans les régions où résident des civils. Nous l’avons fait dans les pays du Golfe, en Israël et cela n’a pas fait de nous des co-belligérants. Enfin, quand la paix sera en vue, nous devons apporter des garanties de sécurité suffisantes à l’Ukraine. Parmi ces garanties, l’entrée dans l’OTAN ne doit plus être rejetée, au contraire.