Anastasia Kroupka Correspondante du journal Tyzhden spécialisée dans la politique étrangère

Comment l’Ukraine pourrait-elle faire face à un potentiel Starlink russe ?

28 août 2026, 11:04

L’Ukraine tente d’empêcher ou, au moins, de retarder la mise en œuvre du réseau de satellites « Rassvet », une sorte d’analogue russe du Starlink.

Le système Starlink est devenu l’un des principaux atouts technologiques de l’Ukraine dans la guerre contre la Russie. Les communications par satellite garantissent aux militaires un accès stable à Internet, ce qui leur permet de maintenir la communication entre les unités, de coordonner leurs actions sur le champ de bataille, de transmettre des données de renseignement et, notamment, de piloter des drones.

Ces derniers jours, le président Volodymyr Zelensky a déclaré que l’Ukraine poursuivait les négociations avec Elon Musk concernant la possibilité d’utiliser le système satellitaire Starlink sur le territoire russe pour les besoins de la défense ukrainienne. Il a même décoré Elon Musk de l’Ordre de la Liberté. « En reconnaissance de ses mérites personnels exceptionnels dans la défense de la vie humaine et de la liberté, ainsi que dans le développement des relations entre les peuples d’Ukraine et des États-Unis d’Amérique, je décide de décerner l’Ordre de la Liberté à Elon Musk, entrepreneur, ingénieur, dirigeant des sociétés « SpaceX » et « Tesla » aux États-Unis d’Amérique », peut-on lire dans le décret n° 835/2026 publié sur le site web de la présidence ukrainienne.

Après que l’accès des troupes russes à Starlink a été restreint, Moscou a commencé à accélérer la mise en place de son propre réseau de satellites « Rassvet », l’équivalent russe du système d’Elon Musk. Son déploiement éventuel pourrait permettre à la Russie de réduire en partie sa dépendance vis-à-vis des technologies étrangères tout en offrant aux forces armées russes un outil supplémentaire pour le pilotage de drones et la transmission de données. L’Ukraine s’efforce d’empêcher la mise en œuvre de ces projets.

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En particulier, il y a une semaine, des missiles guidés ukrainiens ont touché pour la première fois le site d’une entreprise appartenant à l’agence spatiale russe « Roscosmos ». Le centre spatial « Progress », situé dans la région de Samara, est chargé de la production et de la maintenance des lanceurs de type « Soyouz » — il s’agit sans aucun doute du modèle le plus important du programme spatial russe, car c’est grâce à eux que les satellites nécessaires au système sont mis en orbite.

La frappe contre « Progress » vise potentiellement les infrastructures dont dépend le déploiement futur du réseau satellitaire russe. Plus Moscou parviendra à mettre en orbite de satellites, plus la couverture du réseau sera étendue et stable, et donc plus les possibilités d’utilisation militaire de ce dernier seront nombreuses.

La Russie a commencé à développer son propre réseau satellite à haut débit il y a déjà plusieurs années. La société privée Bureau 1440 joue un rôle de premier plan dans ce projet.

Contrairement à une agence publique, Bureau 1440 présente son système avant tout comme un service commercial, même si, depuis le début de l’invasion à grande échelle, l’entreprise bénéficie d’un soutien public important et que l’utilisation militaire de cette technologie est de plus en plus souvent considérée comme l’un des axes clés de son développement.

Les premiers résultats de ce travail sont déjà visibles. En mars de cette année, une fusée « Soyouz » a mis en orbite les 16 premiers satellites de Bureau 1440, et une deuxième série de lancements a eu lieu en juillet. À terme, la Russie prévoit d’augmenter considérablement la taille de cette constellation. En particulier, Bureau 1440 annonce son intention de mettre en orbite plus de 250 satellites supplémentaires dès l’année prochaine.

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Il est toutefois encore trop tôt pour parler d’un concurrent à part entière de Starlink. Le journal suisse Neue Zürcher Zeitung souligne que les 30 à 40 satellites de Bureau 1440 actuellement en orbite sont loin d’assurer une couverture complète. Selon les experts, au-dessus d’un point donné, une connexion fiable n’est actuellement disponible que deux à trois fois par jour et seulement pendant une courte période, alors que Starlink s’appuie sur plus de 10 000 satellites.

La question principale ne réside donc pas tant dans la capacité de la Russie à créer dès aujourd’hui un équivalent de Starlink, mais plutôt dans sa capacité à développer suffisamment rapidement sa constellation de satellites et à la doter des infrastructures terrestres et de lancement nécessaires. Même si Bureau 1440 met en œuvre son projet de lancement de plus de 250 satellites l’année prochaine, le système russe restera tout de même loin derrière Starlink en termes d’envergure. Pour l’Ukraine, cependant, le problème est ailleurs : même un réseau russe partiellement opérationnel pourrait progressivement réduire l’avantage technologique actuel de Kiyv sur le champ de bataille.

« Pour mettre en orbite 250 satellites, comme le prévoit Bureau 1440 pour l’année prochaine, il faudra au moins 15 lancements de fusées. Dès le mois de janvier, un représentant de « Roscosmos » s’était plaint que les besoins en fusées « Soyouz » dépasseraient de 50 % les capacités de production de l’usine « Progress » dans les années à venir. L’attaque ukrainienne contre l’usine a peut-être encore aggravé la situation », rapporte la Die Neue Zürcher Zeitung.

La Russie a besoin non seulement d’un nombre suffisant de satellites, mais aussi de la capacité de les mettre régulièrement en orbite. C’est précisément pour cette raison que l’Ukraine pourrait tenter d’empêcher de futurs lancements ou, à tout le moins, de les retarder.